Bruno Retailleau avance sur la route de la présidentielle

«Je veux rendre à la politique son authenticité, car elle se meurt de la communication, des faux-semblants»

Pas encore candidat, mais déjà en campagne, le sénateur LR envoie un courrier à ses soutiens.

Terrorisme, immigration, Covid, commerces de proximité… Bruno Retailleau est sur tous les dossiers. Face au gouvernement, le président du groupe LR au Sénat ne laisse rien passer, pas mécontent de se placer au centre du jeu. Apostrophant les uns, répondant aux autres, Bruno Retailleau agace. Il le sait ; il l’a remarqué quand Gérald Darmanin l’a attaqué sur la liberté d’expression, la semaine dernière, au Sénat. «Je suis devenu une cible», estime Bruno Retailleau.

Dans une lettre envoyée à près de 250.000 soutiens, membres de Force Républicaine, et que Le Figaro s’est procurée, Bruno Retailleau fait un pas de plus vers l’élection présidentielle. À mi-chemin entre une déclaration de candidature et un programme, ses mots laissent peu de doute quant à son ambition. «Je crois au sursaut français », insiste-t-il dans son courrier, en reprenant le titre d’un livre de Jean-François Copé. «Si je veux défendre mes idées dans un moment où la France est frappée par de multiples crises, ce n’est ni pour déplorer ni pour témoigner», appuie Bruno Retailleau. Mais pour «servir la France». Le message est clair. S’il assure ne s’être jamais «rêvé en président de la République», il a visiblement en tête la manière dont il gouvernerait s’il était au pouvoir. «Je veux rendre à la politique son authenticité, car elle se meurt de la communication, des faux-semblants. Je veux rompre avec la politique du papier glacé, rétablir cette hauteur qu’on appelle la pudeur. Une politique de l’altitude plutôt que de l’attitude», détaille-t-il.

Alors que les sondages annoncent un duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen en 2022, Bruno Retailleau veut croire que tout est possible. Dans cette perspective, le sénateur avance plusieurs fils rouges pour une future campagne: «le devoir de vérité», «l’humilité», «le travail» et «l’ordre» à remettre «dans les esprits», de la société à l’école, de la politique migratoire à l’organisation de l’État, des finances aux comptes publics. «Le “quoi qu’il en coûte” d’Emmanuel Macron est un poison. Un poison que devront boire les futures générations. Car en faisant des chèques en bois, nous leur faisons les poches», s’inquiète-t-il.

«Nous pouvons remettre la France en ordre», martèle Bruno Retailleau, y compris sur le plan écologique. «Face aux catastrophistes, aux gauchistes, aux durs dingues qui du sapin de Noël au Tour de France voudraient éteindre les joies françaises», l’élu plaide pour «une écologie des petites patries» et «un patriotisme écologique».

Alors qu’une partie de la majorité présidentielle, et même de la droite, dénonce le positionnement «étriqué» d’une «droite catholique filloniste»dont il serait le représentant, Retailleau compte faire campagne en articulant la question sociale et les thématiques identitaires. Quitte à surprendre. «Je veux garantir l’équivalent d’un 13e mois pour les salariés les plus modestes, avance-t-il par exemple. Nous avons une dette à l’égard de cette France de la production, du travail, de l’effort partagé. Payer cette dette, c’est lui garantir un travail qui paie.» Face à la crise économique et sociale, le sénateur se montre convaincu de la nécessité d’inventer de nouvelles réponses et préserver ainsi l’espérance des classes moyennes dans la démocratie.

«Homme de droite»

De la même manière, si Bruno Retailleau se définit comme «un homme de droite», la droite, expose-t-il, «n’est qu’un moyen au service d’une fin: la France». «La France, elle est autant à gauche qu’à droite, assure ainsi l’élu LR. Combien de fois me suis-je senti plus proche d’un Jean-Pierre Chevènement sur la souveraineté ou d’une Zineb El Rhazoui sur la laïcité?», affirme le président de Force républicaine en renvoyant aux «causes qui nous dépassent, (aux) luttes qui nous rassemblent pourvu que nous refusions un “en même temps” émollient et trompeur». Pas encore candidat, mais déjà en campagne, Bruno Retailleau annonce vouloir «rassembler les bonnes volontés» et «fédérer les esprits clairs et les cœurs sincères». «En démocratie, le pouvoir s’exerce en se partageant ; il se déploie en s’équilibrant», plaide-t-il en tendant la main au-delà de ses soutiens…

Aux critiques et aux sceptiques, Bruno Retailleau, qui revendique la cohérence de ses prises de position passées, oppose «la force de la volonté» et «le courage de faire et d’assumer». Un message qu’il adresse au chef de l’État comme à sa famille politique. «J’ai vu ma famille politique renoncer comme je la vois parfois hésiter à assumer ses convictions, au risque de jeter dans les bras des démagogues un électorat désabusé. Non, la droite n’a pas toujours été à la hauteur , juge-t-il. Oui, la droite a trop souvent désespéré les électeurs. J’ai vu les volontés s’émousser et les facilités s’imposer.» Face à la «tentation du renoncement» d’une partie de l’électorat et la défiance croissante à l’égard de la classe politique, Retailleau s’engage – s’il était élu – à gouverner différemment, promettant pour les grandes réformes sur l’État, l’immigration ou les retraites de «les soumettre au jugement direct des Français, par référendum». Comme un rendez-vous donné pour 2022.

D’ici là, Bruno Retailleau a décidé de faire évoluer sa stratégie en mettant l’accent sur le digital, en développant une série de podcasts sur les grands sujets d’actualité et une nouvelle application gratuite sur smartphone: La Ruche. Autant de projets qui ont un coût. Comme l’avait annoncé L’Opinion, mi-octobre, l’ex-soutien de François Fillon Arnaud de Montlaur, chargé de lever des fonds pendant la primaire de 2016, a désormais la même tâche au service de Bruno Retailleau. Avec l’objectif de récolter 500.000 euros dans les 6 à 8 prochains mois. «La perception sur Bruno Retailleau a changé ces derniers mois, confie Arnaud de Montlaur. Ça évolue vite et bien. C’est maintenant que tout commence!»