Bruno Retailleau : « Trop de temps a été perdu à droite. »

Le président des Républicains au Sénat pense que Marine Le Pen peut gagner face à Emmanuel Macron en 2022. Pas contre une droite unie. Il plaide pour des primaires juste après les régionales.

 

Vous ne progressez pas dans les sondages, renoncerez-vous à vous présenter à la présidentielle ?

A droite, les sondages ne sont bons pour personne puisque personne n’est au second tour. Nous sommes dans la brume parce que nous n’avons pas désigné de leader ni tranché la ligne. Tant que nous ne l’aurons pas fait, Emmanuel Macron pourra continuer à galoper librement dans le champ de l’espace politique.

Vous continuez à défendre l’idée d’une primaire ouverte à droite ?

Une primaire ouverte aux militants et aux sympathisants de droite, oui. Basée sur un système de vote préférentiel à un tour, pour éviter les déchirements d’entre deux tours. Ce système nous permettrait de rassembler autour du vainqueur une équipe de France, car les Français ne croient plus à la femme ou à l’homme providentiel. C’est mon premier combat. Si on ne se met pas en ordre de bataille très vite, dès le lendemain des régionales, nous perdrons l’élection présidentielle. Trop de temps a déjà été perdu.

Pourquoi vous présentez-vous également aux élections régionales en Pays de Loire ?

Je suis 3e de liste en Vendée et à 100% derrière Christelle Morançais. Elle a été et elle sera la femme de la situation. Elle a redressé les finances publiques, relancé l’apprentissage, agi en faveur des petites villes et la ruralité, fait redécoller le plan d’infrastructures routières dans chaque département tout en portant une écologie positive, décelé très tôt les questions de sécurité, majeures à Nantes mais aussi en zones rurales… Elle rassemble la droite et le centre, face à des gauches éclatées : la gauche socialiste de G. Garrot, la gauche macroniste de F. de Rugy, la gauche pastèque - verte à l’extérieur et rouge à l’intérieur - de M. Orphelin allié aux Insoumis, et même la gauche lepéniste d’H.Juvin qui défendait des « convergences » avec François Ruffin.

Les Républicains auront-ils de bons résultats au niveau national ?

Je pense que nos positions seront confortées aux départementales comme aux régionales, à condition que nous soyons clairs sur nos valeurs : la fusion, c’est la confusion.

Et en Provence Alpes-Côtes d’Azur ?

L’alliance annoncée entre LREM et LR n’a pas été montée pour faire barrage au RN mais pour affaiblir la droite. Elle risque de se transformer en marche pied pour Thierry Mariani parce que nos électeurs ne supportent plus les magouilles politiques. Emmanuel Macron, le président du désordre et de la discorde, utilise ces élections pour imposer son duel avec Marine Le Pen. C’est un petit jeu dangereux.

Vous pensez que Marine Le Pen peut l’emporter en 2022 ?

Oui, si elle est opposée à Emmanuel Macron car le lien entre Emmanuel Macron et les Français est très abîmé. La droite a de meilleures chances de contrer le RN, mais à une condition : que nous portions un projet de courage et de convictions, pour garantir la sécurité et la prospérité des Français. La France doit être le pays de la liberté et de la fierté retrouvées.

 


« Dupond-Moretti est une erreur de casting. »

Interview au Figaro le 30 mai 2021 : Il y a un sentiment d’impunité quand le ministre de la Justice affirme qu’il est le ministre des détenus, estime le sénateur LR de Vendée.

 

LE FIGARO. - Doit-on comprendre les agressions contre les forces de l’ordre comme un phénomène irrémédiable?

Bruno RETAILLEAU. - C’est la chronique tragiquement banale d’une violence devenue ordinaire. On a le sentiment, partout, dans les villes mais aussi de plus en plus en zone rurale, qu’un tsunami de violence déferle sur la France. Même si les causes sont multiples, il y a un dénominateur commun: les hors-la-loi n’ont plus peur de la loi. Ils savent que pour l’immense majorité d’entre eux ils n’iront pas ou très peu en prison: seulement 2 % des peines sont intégralement effectuées. Non, contrairement à ce que dit Éric Dupond-Moretti, il n’y a pas un sentiment d’insécurité ; il y a au contraire un sentiment d'impunité renforcé quand le ministre de la Justice affirme qu’il est le ministre des détenus. Je crois profondément qu’Éric Dupond-Moretti est une erreur de casting.

Quelles sont les questions posées par le drame de la Chapelle-sur-Erdre?

En vérité, cette affaire pose une seule question: comment Ndiaga Dieye, multirécidiviste, condamné à 19 reprises, réputé ultraviolent, qui s’était radicalisé en prison et qui était schizophrène, a-t-il pu se retrouver en liberté ? Éric Dupond-Moretti nous dit que tout va bien parce qu’il n’y a pas eu de «faille» dans le système. Le ministre de la Justice est satisfait car tous les formulaires ont été tamponnés au bon endroit ! C’est la morgue bureaucratique dans ce qu’elle peut avoir de plus glaçant : dormez tranquilles, braves gens, les loups sont dans vos rues mais les procédures sont respectées. C’est terrifiant. Mais, s’il n’y a pas eu de failles dans ce système qui a échoué, alors il faut changer de système! Cet individu aurait dû être interné pour être soigné à sa sortie de prison. Mais la psychiatrie est le parent pauvre de la médecine française. Il faut créer des unités fermées pour malades dangereux.

La France compte une vingtaine de lois antiterroristes depuis 1986, et les réformes pénales se succèdent. N’est-ce pas la preuve d’une recherche des solutions?

Légiférer ne nous rendra pas plus forts si nos lois et leur application sont faibles. Entre la protection des libertés individuelles, toujours plus garanties, et la protection de nos concitoyens, l’équilibre a été rompu. Pour rétablir l’ordre, il faut changer radicalement de logique et mettre la victime au centre de la décision pénale. Aujourd’hui, on passe plus de temps à étudier les circonstances atténuantes du coupable qu’à punir le crime. C’est pourquoi l’atteinte à l’intégrité physique d’une personne doit entraîner une sanction proportionnelle à sa gravité, avec des peines planchers. Rien ne changera si on ne commence pas par abroger la loi et les circulaires Belloubet qui interdisent les peines de prison de moins d’un mois et découragent celles allant de six mois à un an. Mais il faut aussi bloquer la spirale de l’ensauvagement des jeunes, qui débute de plus en plus tôt. Je plaide pour des peines de prison courtes dans des centres de rétention adaptés et la suspension des aides sociales aux familles qui n’assument pas leurs responsabilités. Il n’y a que la certitude de la sanction qui peut enrayer le mécanisme de décivilisation chez un jeune violent. Cela a marché aux Pays-Bas: leurs prisons sont vides parce qu’ils ont décidé de les remplir à la première faute grave.

Est-il possible de mieux protéger les représentants de l’autorité publique?

Près de 30 policiers et gendarmes sont blessés chaque jour. La loi prévoit déjà une aggravation des peines pour leurs agresseurs. Le problème, c’est que les peines ne sont pas exécutées, ou trop timidement. Le maillon faible de la réponse pénale, c’est l’exécution des peines. Il n’y a pas assez de places de prison. Emmanuel Macron en avait promis 15.000 mais il n’en aura ouvert que 2 000 à la fin de son mandat… Résultat, on ajuste la réponse pénale à la pénurie carcérale.

Vous exigez un changement radical au sommet de l’État. Qu’attendez-vous?

Emmanuel Macron aura été le président du désordre. J’attends d’abord qu’il cesse de «mollassonner» en assumant une révolution pénale et migratoire. Nous ne manquons pas de lois pour le faire. Ce qui manque, c’est le courage et la volonté, et ce gouvernement n’en a pas, qui passe son temps à courir les campagnes électorales et les cérémonies d’hommage, sans agir vraiment. Mais j’attends surtout d’Emmanuel Macron une révolution mentale. L’«en même temps» ne marche pas. Soit c’est la fermeté, soit c’est le laxisme. Soit c’est le multiculturalisme, soit c’est la République. Quand la ministre des Sports soutient le chanteur Youssoupha, qui insulte la France, quand Emmanuel Macron affirme que l’immigration africaine est une chance pour la France, c’est un message de faiblesse qu’entendent ces populations qui ne respectent que la force. Toute marque de faiblesse est aujourd’hui vécue par nos adversaires comme une marque de soumission. La France ne doit plus se soumettre.


Plutôt que de lancer une chasse aux sorcières contre nos militaires, le Gouvernement ferait mieux de lancer la chasse aux incendiaires.

Pour la seconde fois, en quelques jours, des militaires prennent la plume. Et pour la seconde fois, le débat prend un tour polémique et ne se situe pas, me semble-t-il, à la bonne hauteur.

Disons les choses : le devoir de réserve est assurément une exigence essentielle. Elle mériterait d’ailleurs de s’appliquer dans d’autres institutions. Car il est étrange que ceux qui exigent aujourd’hui des sanctions exemplaires à l’égard de ces militaires ne trouvaient rien à redire, hier, quand des juges épinglaient des visages sur le fameux « mur des cons ». Mais passons…

Cependant le débat n’est pas là. Tout simplement parce que le danger n’est pas là. Plutôt que d’agiter le fantasme du pronunciamiento militaire, le Gouvernement ferait mieux d’admettre ce que tout le monde voit. Oui, face à l’ensauvagement dans les quartiers, face au communautarisme, face à l’islamisme, face à cette haine anti France qui monte, notre pays risque de basculer, effectivement, dans une situation de guerre civile. Ce message, certains militaires l’envoient aujourd’hui, mais les policiers, les gendarmes, les pompiers, l’envoient depuis des mois déjà ! Du reste, l’ancien Ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, avait lui-même lancé cet avertissement en parlant du risque de « face à face ».

Autrement dit, plutôt que de lancer une chasse aux sorcières contre nos militaires, qui ont risqué et risquent encore leurs vies pour la Nation, le Gouvernement ferait mieux de lancer la chasse aux incendiaires, à tous ceux qui sont en train de mettre le feu à la maison France. Car si nous ne voulons pas qu’un jour la force armée soit le dernier recours d’un Gouvernement qui serait dépassé, il nous faut redonner force à nos lois civiles, mais également à ce qui fait la force de notre civilisation.

Tout cela, le Chef de l’Etat et le Gouvernement le savent : ils disposent de toutes les remontées d’informations, de tous les capteurs sur le terrain. Ils savent que la réalité est dramatique. Mais cette réalité, ils préfèrent la dissimuler, tout simplement parce qu’elle engage leur responsabilité, parce qu’elle souligne leur déficit de volonté. La volonté, c’est bien ce qui fait défaut aujourd’hui. La crise sanitaire le démontre car dans la lutte contre le virus, l’Etat avait décrété la « guerre », déployant des moyens inédits et sortant du cadre juridique ordinaire, pour protéger les Français. Pourquoi ne fait-il pas de même, avec la même force, pour neutraliser ceux qui font, pour le coup, une vraie guerre à la France ?

Voilà où se trouve le vrai scandale. Voilà où doit se situer, je le crois, le vrai débat.

Bruno Retailleau
Président du groupe LR au Sénat


Bruno Retailleau : le laxisme migratoire est une bombe.

ENTRETIEN dans le Point du 25 avril 2021. Propos recueillis par Jacques Paugam.

Au lendemain de l’attaque qui a coûté la vie à une fonctionnaire de police à Rambouillet, le sénateur LR fustige l’incurie du gouvernement. Après la mort d'une fonctionnaire de police, tuée vendredi par un homme armé d'un couteau à Rambouillet (Yvelines), le président du groupe Les Républicains au Sénat, Bruno Retailleau, en déplacement en Arménie aux côtés de Gérard Larcher, ne mâche pas ses mots. L'auteur des faits, abattu par un autre agent, est un homme de nationalité tunisienne de 36 ans, en situation régulière, inconnu des services de police et de renseignements. Une enquête a été ouverte par le Parquet national antiterroriste (Pnat). Bruno Retailleau somme l'État, jusqu'ici d'une « impuissance coupable », de contre-attaquer : « En période de guerre, le "en même temps", c'est la défaite assurée », affirme-t-il.

Le Point : Que vous inspire ce nouveau drame ?

Bruno Retailleau : Une détermination implacable à vaincre le totalitarisme islamique. Tous les Français doivent s'en persuader : nous devons et nous pouvons vaincre la barbarie à condition que nous nous en donnions enfin les moyens. La France ne doit plus céder un millimètre de terrain aux islamistes. Combien de morts allons-nous encore devoir supporter avant que nos gouvernants ne se décident à mener une guerre totale contre l'ennemi ? Aujourd'hui, l'État est d'une impuissance coupable : l'auteur de l'assassinat a été régularisé après dix ans de clandestinité ! Si cet individu avait été expulsé comme il se devait, la policière serait encore vivante. Le laxisme migratoire est une bombe placée au cœur de notre pays.

Une fois de plus, si l'hypothèse terroriste devait se confirmer, c'est la République qui est visée à travers ses représentants…

Aujourd'hui une policière, hier un professeur, avant-hier un officier de gendarmerie. C'est évidemment la République qui est touchée au cœur quand on s'attaque à ses représentants. Mais les victimes, ce furent aussi un prêtre, des journalistes, des Français dans une salle de spectacle ou en terrasse. Au-delà de la République, c'est donc la France qui est visée. Il faut être très clair : c'est une guerre de civilisation qui est livrée à la France par la barbarie islamiste et c'est donc aussi sur le terrain de la défense de notre identité, de nos coutumes, de nos valeurs, de notre mode de vie que nous devons nous battre. C'est ce que le macronisme n'a toujours pas compris : le gouvernement a refusé de traiter, dans sa loi sur le séparatisme les deux questions pourtant essentielles de l'immigration et de l'assimilation. Rien, par exemple, sur le voile des accompagnantes scolaires et même des petites filles. Et pourtant, si toutes les femmes voilées ne sont évidemment pas des djihadistes, tous les djihadistes exigent que les femmes portent le voile. Il faut combattre le terrorisme, mais il faut aussi combattre le terreau du terrorisme : les provocations communautaristes ne sont plus acceptables car elles alimentent le « djihadisme d'atmosphère » dont parle Gilles Kepel . C'est aussi la raison pour laquelle Emmanuel Macron a tort de pratiquer la repentance, car il souffle sur les braises d'un sentiment anti-français dans les quartiers. À cultiver la honte de soi, on ne récolte que la haine des autres.

Il y a une semaine, le président de la République rappelait dans Le Figaro qu'il se battait pour « le droit à la vie paisible » . Ce nouveau drame illustre-t-il, selon vous, l'échec de sa politique ?

Au-delà d'Emmanuel Macron, les Français paient au prix du sang des années de laxisme migratoire et judiciaire. Mais force est de constater qu'Emmanuel Macron ne l'a pas compris. La loi Collomb a permis de faciliter l'immigration familiale, les prisons promises n'ont toujours pas été construites et nous avons un ministre de la Justice qui parle de « sentiment d'insécurité ». Aujourd'hui, Emmanuel Macron s'est lancé dans une opération de communication, mais le logiciel reste le même. En période de guerre, le « en même temps », c'est la défaite assurée. Ne nous y trompons pas : ce qui se joue dans les années qui viennent, c’est la survie de la France en tant que nation.

Quelles mesures d'urgence préconisez-vous pour lutter contre le terrorisme ?

La première chose à faire, c'est de modifier notre droit pour expulser tous les étrangers qui séjournent illégalement sur notre territoire. Quant aux binationaux délinquants, il faut qu'ils soient déchus de leur nationalité française puis expulsés. Si les pays d'origine ne veulent pas reprendre leurs ressortissants, la France doit en tirer les conséquences, sur les visas comme sur les aides au développement. L'angélisme, ça suffit. Ce qui me révolte, c'est que nos services de renseignements, nos policiers, nos militaires font un travail remarquable pour traquer et neutraliser l'ennemi, mais, parce que nos frontières ne sont pas tenues et que notre droit est trop laxiste, nos lignes sont régulièrement enfoncées. Il nous reste très peu de temps désormais, car l'ennemi n'est pas seulement à nos portes, il est déjà parmi nous. Ne nous y trompons pas : ce qui se joue dans les années qui viennent, c'est la survie de la France en tant que nation et celle de l'Europe en tant que civilisation.


Ne plus jamais laisser personne mourir seul : le meilleur moyen de rendre hommage à tous les morts du COVID.

Bruno Retailleau veut déposer une proposition de loi pour garantir aux personnes âgées et malades un droit de visite.
Le Parisien du 18 avril 2021.

Ne plus jamais laisser personne mourir seul, loin de ses proches. La crise sanitaire inédite dans laquelle est embourbée la France a accouché d'un drame sourd : l'incapacité pour des milliers de Français d'accompagner un parent dans ses derniers jours. Afin d'y remédier, la droite sénatoriale doit déposer cette semaine une proposition de loi « tendant à créer un droit de visite pour les malades, les personnes âgées et handicapées qui séjournent en établissements ». « On a laissé mourir des gens, coupés de la tendresse de leurs proches. C'est un manquement au devoir d'humanité », déplore le président du groupe (LR) au Sénat, Bruno Retailleau, qui va présenter la proposition de loi. S'il salue « le dévouement et l'abnégation des soignants », il dénonce « des manquements » auquel il veut s'attaquer.

Car si le droit de visite existe déjà, c'est le chef de l'établissement de santé qui conserve le pouvoir décisionnaire en la matière. Mais pour le sénateur, et les associations qui se mobilisent sur le sujet, la crise sanitaire ne peut plus justifier le refus de dernières visites. « Un établissement de santé ne peut s'opposer à une visite à laquelle consent un patient », sauf en cas de menace sur l'ordre public ou pour la santé du patient, prévoit le projet de texte que nous avons pu consulter. Le refus de ces visites devrait être également motivé et très encadré. Concernant les patients en phase terminale, il est prévu de leur garantir un droit de visite quotidien, que l'établissement dans lequel ils sont pris en charge se doit d'organiser.

« Mon père est décédé en novembre dernier. Pendant les 17 jours de son hospitalisation, on n'a pas pu lui rendre visite. Ni eu la possibilité de voir sa dépouille », raconte Laurent Frémont, qui dénonce la « violence » de la situation. Ce doctorant en droit public a cofondé une association, « Tenir ta main», le 17 mars dernier, pour sensibiliser les pouvoirs publics à la nécessité de légiférer afin que ces circonstances ne puissent pas se reproduire. Laurent Frémont assure que son association a reçu quelque 8000 témoignages de proches de défunts « partis seuls ».

Le 9 avril, c'est une tribune parue dans Libération, soutenue par l'association, qui a aussi tenté d'alerter le grand public. « Nous l'affirmons avec force, l'abandon de tant de nos patients, de nos mourants et de nos défunts depuis le début de cette pandémie constitue un recul de civilisation considérable dont nous commençons tout juste à mesurer les effets », écrivent les cosignataires, parmi lesquels le directeur de l'Espace de réflexion éthique d'Ile-de-France, Emmanuel Hirsch, l'urgentiste Patrick Pelloux ou la psychologue de renom Marie de Hennezel.

Inscrire ce droit dans la loi, cette dernière l'appelait déjà de ses voeux dans nos colonnes, jeudi dernier. « Oui, oui, oui, il le faut, maintient encore cette spécialiste de la fin de vie. Nous ne savons pas de quoi demain sera fait, avec leCovidou avec un autre virus. Le droit de visite doit être un acquis, et non une variable d'ajustement des établissements. Seule une inscription dans la loi peut le protéger. Je le redis, mourir dans la dignité, c'est avant tout mourir avec ses proches à côté. »

Interrogé le 16 février dernier à l'Assemblée nationale, le ministre de la Santé Olivier Véran avait redit « l'engagement du gouvernement » à défendre ce droit de visite. L'association « Tenir ta main » l'a sollicité mais n'a pas obtenu de réponse. Elle a pu rencontrer la conseillère santé d'Emmanuel Macron, et doit voir Marlène Schiappa, ministre déléguée à l'Intérieur, ce jeudi. Bruno Retailleau estime, lui, que sa proposition de loi « doit dépasser tous les clivages partisans », « c'est le meilleur moyen de rendre hommage à tous les morts du Covid».

 


3 questions à... Jean-Louis Thiériot sur la réforme de l'État

1. Comment et pourquoi la crise a-t-elle agit comme un révélateur de l’urgence à réformer notre État ?

La crise de la Covid révèle ce que nous disons depuis des années, que la France est paralysée par un Etat obèse et impotent, c’est-à-dire un état qui pèche doublement, par son inefficacité et par son coût.

L’inefficacité est patente : sans être cruel, il suffit de se rappeler le fiasco des masques, le fiasco des tests qui a empêché de mettre en œuvre le « dépister, tracer, isoler », le fiasco de la politique vaccinale qui nous laisse confinés quand la Grande Bretagne ou Israël reprennent une vie quasi normale et le fiasco, enfin, de la remontée en puissance des lits de réanimation. Ces échecs résultent de la perte de l’esprit de mission de notre exercice politique et de la dilution des responsabilités. Sans être exhaustif, les décisions de santé relèvent du ministre, de la haute autorité de santé, de Santé Publique France, de l’ANSM et au niveau régional des ARS sur lesquels les préfets de département ou de région n’ont pas directement autorité. Si l’on y ajoute le juridisme, le principe de précaution poussé à l’extrême, la suradministration (24% d’administratif dans les hôpitaux allemands / 34% en France), l’absence de culture de crise, c’est une véritable polysynodie qui paralyse l’Etat, l’empêche d’agir vite et fort et multiplie les injonctions contradictoires. Il faut revenir à une maxime simple « un chef, une mission, des moyens » en ayant en tête l’effet majeur souhaité et en mettant de côté les détails. De ce point de vue, les protocoles sanitaires de plusieurs dizaines de pages ont été des chefs d’œuvre de complexité bureaucratique. Je suis d’accord avec Bruno Retailleau quand il souligne que l’administration n’est pas le problème : le vrai responsable c’est le politique qui a sous-traité et dilué son pouvoir !

Outre son inefficacité, cette multiplication des échelons décisionnels est extrêmement coûteuse. Avant le Covid, la part des dépenses publiques (fiscales et sociales) dépasse 58% du PIB contre une moyenne européenne à 48%, l’Allemagne ou la Grande Bretagne étant à 44%. En soi, ce ne serait pas très grave si nous étions plus efficaces. Hélas, les faits prouvent le contraire. Depuis 1980, la population a augmenté de 22%, le nombre de fonctionnaires de 44%. Et il y a moins de services de proximité. L’importance démesurée de la dépense publique accroît la charge fiscale et donc réduit la compétitivité de nos entreprises et la croissance du pays qui depuis les années Jospin est constamment plus faible que celle de l’Allemagne, alors qu’elle était équivalente durant les décennies précédentes. Le chômage, la désindustrialisation, la perte de souveraineté économique sont les enfants dramatiques du surpoids de l’Etat. Pour rétablir notre compétitivité, il faut fixer une trajectoire : rejoindre la moyenne européenne à 48% en 5 ans ou 10 ans avant de fixer le principe d’une règle d’or, sauf situation de crise exceptionnelle. La croissance et la stabilisation de la dépense devraient permettre d’y parvenir tout en restaurant un Etat mince et agile.

 

2. De nombreux discours et propositions sont faites en matière de réforme de l’Etat. Pourtant la dépense publique française est toujours plus importante pour une efficacité qui laisse à désirer : l’Etat en France est-il réformable ?

Il n’y a aucune fatalité. Dans les années 70, on parlait de la Grande Bretagne, paralysée par l’étatisme comme l’homme malade de l’Europe. Dans les années 90, l’Allemagne s’interrogeait sur l’avenir du Standortsdeustchland. Le déclinisme de ces deux pays a été vaincu par les réformes énergiques de Margaret Thatcher et de Gerhard Schröder. Et le Royaume-Uni était encore plus bloqué par des syndicats marxistes que la France aujourd’hui. Le drame est que la plupart des pays européens ont mis un terme au glissement de leurs dépenses, dans les dernières décennies. La France a laissé filer ses déficits depuis 1974, dernière année un notre budget a été en équilibre. A nous de le faire aujourd’hui.

Pour y parvenir, il faudra une vision, une méthode, une espérance.

  • La vision, c’est une réforme cohérente pilotée par un chef d’orchestre qui propose un plan global sur le modèle du rapport Pinay-Rueff qui, sans aucun tabou, réexamine toutes les missions de l’Etat en en mesurant l’utilité et la nécessité. Il faudra au préalable mener une analyse mission par mission à partir du terrain, en évaluant chaque politique, chaque norme, chaque agence, chaque administration.
  • La mise en œuvre devra être rapide, probablement par ordonnances. Le temps politique est court. L’état de grâce qui cumule nouveauté et légitimité démocratique impose d’agir vite en se limitant à quelques réformes vitales. La distinction faite par le général de Gaulle entre service extraordinaire et service ordinaire est toujours opérative. Le service ordinaire peut être mené dans la durée. Le service extraordinaire dans les six mois ou dans l’année qui suit notre retour aux affaires, en évitant les réformettes.
  • L’espérance, c’est mettre en œuvre la réforme au nom de ce qui dépasse la stricte orthodoxie budgétaire qui n’est qu’un moyen, et pas une fin pour retrouver la grandeur française et la maîtrise de notre destin dans la mondialisation. Il s’agit de poser les bases du retour de la production française, de la souveraineté française, de la puissance française qui ne peuvent être redressées qu’à condition de redresser l’attractivité nationale. Concrètement, il ne s’agit surtout pas de promettre seulement du sang, de la sueur et des larmes et de jouer les Cassandre, mais de mener le redressement productif en améliorant rapidement le pouvoir d’achat du travail quitte à retarder de quelques années le retour à l’équilibre. Bref, une France puissante où il fait bon vivre.

Réformer le pays est un ardent impératif. Le fatalisme n’est pas une option. Nous pensons comme Julien Gracq que « lorsqu’on gouverne, rien n’est pire que le lâcher prise. »

 

3. Quelles seraient les 2 ou 3 priorités pour engager une réforme efficace ?

  • En termes constitutionnel, instauration d’une règle d’or à terme et interdiction de sur-transposer les normes européennes au-delà de la moyenne des transpositions pour rétablir une concurrence loyale.
  • En termes d’organisation de l’Etat, suppression de la plupart des agences indépendantes pour rendre à l’Etat, politiquement responsable, la plénitude de son autorité et restaurer le pouvoir des préfets départementaux avec autorité sur tous les services exerçant dans le département.
  • En termes budgétaire, avoir le courage politique de porter l’âge de la retraite à la moyenne européenne. Une année de cotisation en plus représente au moins 20 milliards par an. Cette réforme est la mère de toutes les réformes car c’est celle qui permet le plus de gains financiers et qui est parfaitement légitime avec l’allongement de l’espérance de vie. Elle redonnerait des marges de manœuvre.

Aujourd’hui le politique administre le peuple et gouverne les choses. Il est temps de faire l’inverse : gouverner le peuple avec autorité et administrer sagement les choses, en ayant à l’esprit, toujours, la boutade de Pompidou « Arrêtez d’emm… les Français » !

 

Jean-Louis THIÉRIOT
Député LR de la Seine-et-Marne
Avocat et essayiste, auteur de De Gaulle, le dernier réformateur (2018)


À SON AVIS... "Une aide active à mourir entraînerait un bouleversement majeur dans la relation au soin."

A MON AVIS, on ne peut oublier que depuis un an, personnel de santé et pompiers se battent et s’exposent pour sauver des vies. Depuis un an, nos concitoyens acceptent de voir leurs libertés mises entre parenthèses. Depuis un an, pour sortir au plus vite de cette ambiance mortifère, nous avons sacrifié nos activités économiques, sociales et culturelles. Nous déplorons la perte quotidienne de 250 personnes. C’est pourtant le moment qu'ont choisi des députés pour revendiquer la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté. Initiative étrange, incongrue, provocatrice et méprisante pour tous ceux qui se battent chaque jour pour sauver des vies et s’engager au service des plus vulnérables d’entre nous. Cette initiative copie la législation belge avec des règles qui, sur de nombreux points, vont même au-delà de la législation d’Outre-Quiévrain.

Ce texte, en recourant à l’expression d’« assistance médicalisée à mourir », se refuse à employer les mots d’euthanasie et de suicide assisté. Il est d’une grande imprécision sur les modalités de la procédure, alors que celles-ci sont les garanties constitutionnelles d’une liberté personnelle, le droit à la vie. Nous avons la chance d’avoir un modèle de protection sociale de la santé en France qui met le patient au centre de son projet. L’euthanasie casserait tout cet édifice. Au-delà des dérives observées en Belgique, la légalisation de l’euthanasie ne répond nullement au sentiment d’abandon des patients en fin de vie, ni à leur isolement. Une aide active à mourir entraînerait un bouleversement majeur dans la relation au soin.

Les partisans de l’euthanasie et du suicide assisté partent du postulat que la solution à la souffrance est la mort. Ils ont la vision théorique d’un être abstrait, maître de son destin, alors que la pandémie nous invite à l’humilité et que le patient par nature est vulnérable, ambivalent et influençable. Par ailleurs, les défenseurs de l’euthanasie avancent que les Etats n’ayant pas légalisé l’euthanasie seraient en retard par rapport à une avant-garde européenne incarnée par le Benelux. Le raisonnement est spécieux, chaque pays agissant avec ses convictions, sa culture et ses valeurs. Pour autant, il faut admettre la réalité du mal mourir dans notre société et offrir des réponses à ceux qui appréhendent une fin de vie dans la souffrance. S’il faut se réjouir de l’annonce d’un nouveau plan de soins palliatifs par le ministre de la santé, celle-ci survient après deux ans d’inaction. Les lois de 2005 et 2016 ont accru les droits des malades en fin de vie mais tout reste à faire pour mieux diffuser la culture palliative par un gros effort de formation afin d’adapter la culture médicale aux enjeux de la fin de vie. Par rapport à la médecine qui guérit, la médecine palliative est moins bien considérée, aussi faut-il revoir notre système de financement de la santé, en privilégiant la prise en charge globale du malade plutôt que le seul traitement de sa maladie. Assurer une égale répartition entre les structures hospitalières et les soins à domicile sur tout le territoire constitue enfin une priorité. C’est dans ces trois directions exigeantes qu’il faut s’engager, de préférence à une voie hasardeuse dont on connaît désormais tous les risques, aboutissant à 12 000 euthanasies par an, si on transpose à la France les pratiques suivies en Flandre. Pour toutes ces raisons, j'ai voté contre l'article 1 de ce texte qui propose de légaliser l’euthanasie.

Patrick HETZEL
Député du Bas-Rhin, secrétaire général de Force Républicaine


A son avis... L'agilité et l'imagination nous permettront de ne plus subir.

Pendant l'épidémie du COVID, la rigueur et le sérieux des professionnels de santé ont permis au système de soins de s'adapter et de tenir, même si les coûts humains ont été énormes.

Car l'épidémie a mis en évidence nos faiblesses. Parmi elles, l'hyperbureaucratisation et la centralisation auxquelles il faudra mettre un terme. C’est d'ailleurs ce que propose aussi Bruno Retailleau. Les solutions existent pour réformer véritablement l’hôpital et notre système de soin et il nous faudra collectivement relever les nombreux défis auxquels nous faisons face.

A MON AVIS, il faut d’abord régionaliser le système hospitalier et cibler les financements vers les soins plus que vers les administrations. Nous devons aussi former plus de médecins et de paramédicaux, et réfléchir à de nouveaux métiers ainsi qu'à des passerelles réelles entre professions pour mettre fin aux déserts médicaux et aux lits fermés par défaut de personnel.

Faire collaborer la médecine de ville, l'hôpital et les structures médico-sociales grâce à des "parcours patients" est aussi essentiel : à la médecine de ville, le suivi des pathologies chroniques ; à l'hôpital, la prise en charge des diagnostics complexes et des complications aiguës. Les informations médicales devraient être partagées entre la médecine de ville, l'hôpital et les EHPAD. Nous devons aussi profiter de la digitalisation de la médecine et des objets de santé connectés pour améliorer la qualité des soins. Le contexte l’a montré, nous manquons cruellement de lits de réanimation en temps de crise comme celle que nous traversons : augmentons nos capacités d'urgence et de réanimation pour que l'âge des patients ne soit plus une variable d'ajustement quand le système craque. La publication des résultats des hôpitaux pourrait à la fois guider les patients et inciter à améliorer la qualité des soins.

Enfin, la prévention est restée le parent pauvre du système : l'exercice, la santé environnementale et la qualité de l'alimentation doivent être des priorités nationales. Le recours en routine à l'intelligence artificielle et à des outils tels que la métagénomique doivent nous aider à bâtir les outils de surveillance épidémiologiques qui nous ont manqué. Enfin, la France a raté les avancées scientifiques de cette crise : les vaccins à ARN messagers et le séquençage. Nous devons rebâtir une recherche innovante et attractive. Au-delà, l'apprentissage de la démarche scientifique à l'école, salutaire pour notre recherche, aidera à former des citoyens à l'esprit critique éclairé et à l'intelligence ouverte.

Il faut que nous tirions collectivement les leçons de cette crise, que nous fassions preuve d'agilité et d'imagination pour ne plus subir.

Philippe Juvin, chef des urgences de l'hôpital européen Georges Pompidou à Paris et Maire LR de La Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine)


Il faut aller au-delà de l’attachement à la République, qui n’est qu’un régime de gouvernement.

Valeurs actuelles. Interview de Bruno Retailleau du 26 mars 2021.

 

Le projet de loi du gouvernement sur le séparatisme arrive au Sénat. Comment faut-il le comprendre ?

Bruno Retailleau. On attend le dernier moment pour se pencher sur un problème crucial. Emmanuel Macron n’a pas pu ne pas s’apercevoir de l’urgence à combattre l’islamisme : les attentats ont commencé avec Mohammed Merah en 2012, puis se sont accélérés avec Charlie Hebdo et le Bataclan en 2015 ! À l’époque, il est à l’Élysée, proche de François Hollande, puis ministre avant d’arriver à la tête de l’Élysée… et il attend la dernière année de son quinquennat !

C’est d’autant plus grave que cette loi manque sa cible, puisqu’elle n’ose pas nommer les choses. On voit bien la protestation des autres cultes qui ne posent aucun problème à la République. Mais puisque cette loi ne nomme pas ce qu’elle prétend combattre, qu’elle ne cible pas ce fléau qu’est l’islamisme, tout le monde en prend pour son grade de manière injuste.

Il y a enfin un manque évident dans ce texte : la question de l’immigration.

Pourquoi devrait-elle selon vous y figurer ?

Parce que nous avons renoncé à l’assimilation, parce que nous ne régulons pas les flux migratoires, parce que le pouvoir – avant même Emmanuel Macron – s’est refusé à contrôler l’immigration qui dans bien des quartiers, sur bien des territoires, s’est constituée en contre-société.

Les flux migratoires échappent désormais à tout contrôle. Emmanuel Macron est d’ailleurs le seul chef d’État, en Europe, qui semble ne pas avoir pris la mesure du problème. Les flux sont désormais supérieurs à toutes nos capacités d’accueil. Résultat, nous avons beaucoup trop de personnes qui arrivent avec leurs cultures et qui refusent toute assimilation. Je parle d’assimilation et non d’intégration, car les deux ne sont pas sur le même plan. S’intégrer relève de la vie économique et sociale ; s’assimiler s’inscrit dans une dimension civilisationnelle. La liberté de conscience, l’égalité des sexes, la fraternité française : ces exigences sont des éléments de civilisation.

Disons les choses : c’est parce que notre machine à assimiler est grippée et que les flux migratoires sont ininterrompus que l’islamisme a pu se développer. L’immigration incontrôlée a servi de terreau au djihadisme d’atmosphère. Comment s’étonner qu’aujourd’hui des territoires entiers échappent à la République ?

Que devrait faire Emmanuel Macron ?

Quasiment tous les pays d’Europe ont durci leurs conditions d’accueil. La France a fait l’inverse. En Allemagne, par exemple, il existe un accord depuis le 1er août 2018 qui limite le regroupement familial. Il me semble pourtant que nous vivons sous le même empire de la même Cour européenne des droits de l’homme ! Au contraire, nous avons permis, par la loi asile et immigration de MM. Macron et Collomb, d’étendre le regroupement familial aux frères et sœurs des mineurs isolés. Nous permettons par ailleurs le regroupement familial pour un conjoint sans délai, sans condition de ressources, sans condition de logement. Beaucoup de pays freinent : nous accélérons. Résultat : la France est le pays le plus accueillant d’Europe et les filières mafieuses de passeurs l’ont parfaitement compris.

Vous avez évoqué la CEDH. Nous pourrions aussi relever l’inefficacité de notre politique d’expulsion ou le canal d’immigration creusé par les mineurs étrangers…Par quoi commenceriez-vous pour mettre un terme à ces dysfonctionnements ?

Au Sénat, Gérard Collomb, alors ministre de l’Intérieur, avait reconnu que « les migrants font un peu de benchmarking pour regarder les législations les plus fragiles ». Aujourd’hui, la France est le pays d’Europe le plus généreux pour le droit d’asile, l’accès gratuit aux soins, le regroupement familial ou encore la naturalisation. La priorité, c’est de renverser la table pour adresser le signal aux passeurs qu’en France, ce n’est plus “open bar” !

Le Rassemblement national parle depuis longtemps du concept de préférence nationale. Le terme est devenu explosif, mais, dans l’esprit, faut-il favoriser les Français en ce qui concerne l’accès à l’emploi, les allocations, les aides… ?

Il faut assumer que ce soit la cotisation qui déclenche la prestation. À partir du moment où quelqu’un est intégré, en situation régulière, respecte la loi et participe à la richesse nationale en cotisant, il peut évidemment bénéficier des aides de l’État. Mais le modèle social français, particulièrement généreux, ne peut être en accès libre. C’est la condition de sa survie. Il faut par ailleurs réduire les naturalisations en réactivant la disposition qui permettait avant 1993 de s’opposer par décret à la naturalisation pour défaut d’assimilation.

Est-ce que vous diriez, d’un point de vue statistique, qu’Emmanuel Macron est un président immigrationniste ?

Bien sûr. Sous sa présidence, la France a battu des records : Emmanuel Macron, c’est 2 millions de personnes immigrées en plus.

Si le lien entre immigration et terrorisme semble compris, celui entre immigration et insécurité peine encore à être admis. Faites-vous ce lien ?

Évidemment. Regardez l’exemple des mineurs isolés : le parquet de Paris lui-même a relevé que 75 % des mineurs jugés l’an dernier étaient des mineurs étrangers. Le lien est évident. Du reste, nous savons qu’une partie d’entre eux sont des faux mineurs. Je propose que le refus de se prêter à un test osseux constitue une présomption de majorité, afin d’expulser les faux mineurs isolés. Prenez encore l’agression d’un photographe reimois par un Algérien en situation irrégulière, huit fois condamné. Souvenez-vous des rixes entre bandes maghrébines et tchétchènes à Dijon l’été dernier. Allons plus loin : qui s’est chargé de faire appliquer la loi dans cette affaire ? En l’occurrence, les juges de paix ont été deux imams, venus de chaque communauté. Ce ne fut ni la mairie ni le commissariat. Et combien d’expulsions ont été effectives à la suite de ces violences ? Il faut réécrire le droit des étrangers, pour faciliter les expulsions. La Cour des comptes elle-même avait indiqué que « le nombre d’éloignements se heurte à des impasses de procédure ». On devait déjà beaucoup à François Hollande et Manuel Valls, mais tout s’est aggravé avec Emmanuel Macron sur ces sujets.

Il y a une question sans doute plus délicate que celle des nouveaux flux : celle des personnes d’origine étrangère qui tiennent un discours, adoptent un comportement ou professent des valeurs très différentes de celles de la France… Est-ce soluble ?

En France, on a longtemps refusé de transmettre des valeurs, à commencer par l’amour de la France. Jean-Pierre Chevènement le dit parfaitement d’ailleurs : il faut aller au-delà de l’attachement à la République, qui n’est qu’un régime de gouvernement. Comme la laïcité, la République ne peut pas à elle seule créer un attachement suffisant. Je cite Chevènement à dessein, parce qu’il est issu de cette gauche républicaine que je respecte.

Comment des jeunes nés de l’immigration peuvent-ils s’identifier à un pays qui bat sa coulpe en permanence et criminalise son histoire ? Lorsque vous désignez la France comme éternellement coupable, comme un anti-modèle, comment s’étonner ensuite que cette jeunesse la juge peu attirante ? Ce discours victimaire la pousse à se percevoir comme un peuple à part. Et Emmanuel Macron souffle sur ces braises. Il avait commencé pendant sa campagne en accusant la France de crime contre l’humanité lors de la colonisation. Et il persiste en désignant l’historien Pascal Blanchard à la tête du comité chargé de proposer des noms issus de la diversité afin de nommer des rues ou des places. Or Pascal Blanchard est un marchand de mémoire, un militant du décolonialisme et lors des polémiques récentes, il a fait le parallèle douteux entre « l’islamo- gauchisme » et le « judéo-maçonisme » utilisé dans les années 1930. En oubliant au passage que la source principale de l’antisémitisme aujourd’hui, c’est l’islamisme ! Cette disposition des élites à l’autoflagellation, à la “disqualification radicale”, pour reprendre les mots de Pierre Nora, est terrible.

En voulez-vous à Gérald Darmanin d’avoir déposé une gerbe à Alger sur un monument célébrant les soldats du FLN ?

Ce n’est pas ce que les Français demandent à un ministre du gouvernement de la République. C’est aussi cautionner la stratégie d’un régime algérien qui depuis des années a appauvri son peuple et qui nourrit une haine mémorielle contre la France, pour masquer ses propres échecs.

Est-ce que Gérald Darmanin est un bon ministre de l’Intérieur ?

Non, parce que les résultats sont mauvais. Aujourd’hui, tous les voyants sont au rouge : les rixes entre les bandes ont augmenté de 24 %, les homicides et tentatives d’homicide de 15 % et la délinquance s’impose désormais en milieu rural. Chaque jour, nous assistons impuissants à la chronique ordinaire d’une barbarie quotidienne. Pour y mettre fin, il faudra faire une révolution pénale. Cela ne servira à rien d’avoir un peu plus de policiers si les juges remettent en liberté les délinquants ! Pour que la peur change de camp, il faudra changer la loi. Je propose un principe simple : une infraction doit être sanctionnée par une peine et la peine exécutée.

Pour les mineurs, il faut pouvoir proposer de courtes peines de prison dans des établissements spécialisés pour leur faire prendre conscience de leurs actes. Je suis par ailleurs pour la responsabilité des magistrats et contre leur syndicalisation. L’angle mort du macronisme, c’est le régalien. Sa présidence aura été marquée par le désordre parce que le progressisme est un angélisme, bon pour un monde de Bisounours. Il perd le sens du tragique. En matière d’insécurité, d’immigration ou d’islamisme, le bilan d’Emmanuel Macron sera mauvais. Ces thèmes seront au cœur de la prochaine élection présidentielle, et c’est pour cela qu’Emmanuel Macron aura du mal à franchir le premier tour.

Quelle est selon vous sa faute première ?

Sa faute originelle, c’est Notre-Dame-des-Landes. Quand il donne raison aux opposants, contre 180 décisions de justice et contre le résultat d’une consultation populaire, il enclenche une mécanique destructrice. À partir de là, il ruine toute possibilité d’autorité.

Pour 2022, tous les candidats de droite auront-ils les mêmes préoccupations que vous sur ce sujet ?

S’adresser à la France populaire, c’est d’abord répondre à son angoisse identitaire. Bien sûr, la question du pouvoir d’achat est essentielle et nous devons y apporter des réponses fortes et crédibles. Mais ma conviction, c’est que la seule promesse d’amélioration des conditions matérielles de nos existences ne peut suffire. La France est devenue un archipel fragmenté. Pour faire d’une population archipellisée à nouveau un peuple, une nation, il faudra parler des conditions immatérielles sans lesquelles il n’y aura pas de relèvement. Les Français sont attachés à leur niveau de vie, mais plus encore à leur mode de vie. Ils ne veulent pas se sentir étrangers chez eux. Ils veulent qu’on leur reparle de la France qu’ils aiment. Deux mille vingt-deux n’échappera pas à cette question de l’identité qui taraude nos démocraties.

L’identité, c’était déjà le thème de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Pourquoi faire confiance à votre famille politique ?

Je comprends les doutes de nos électeurs : la droite n’a pas tout mal fait, mais c’est vrai qu’elle n’a pas été au bout de ce qu’elle avait promis, qu’il s’agisse de la dépense publique, de l’immigration ou du travail. Simplement, je ne me sens comptable de rien. Je n’ai fait partie d’aucun gouvernement. Nous devons, nous aussi, faire un inventaire. Ma famille politique doit sortir des demi-mesures. J’assume dans mon projet une certaine radicalité car la France est radicalement en danger.


UN REGARD SUR... le nucléaire et la politique énergétique de la France

Il y a entre le discours d’Emmanuel Macron au Creusot sur l’excellence de notre filière nucléaire et le projet de loi climat examiné en ce moment à l’Assemblée un gouffre. Cette industrie qui fournit à la France plus de 70% de son électricité apparaît comme une des grandes absentes de l’agenda politique du gouvernement alors qu’Emmanuel Macron en tressait les louanges dans son discours du 8 décembre 2020.

Dans le contexte de transition énergétique et d’augmentation de la consommation d’électricité que nous connaissons, la France, avec le nucléaire, peut être le leader européen de la production énergétique décarbonée : les italiens qui ont refusé le nucléaire par référendum nous achètent notre électricité et nous construisons les centrales nucléaires anglaises. Les espagnols ont détruit leurs paysages et leurs sols avec d’immenses champs d’éoliennes ; et les allemands après avoir abandonné le nucléaire au profit de l’éolien et du solaire, rouvrent des centrales à charbon, faute d’une production d’électricité suffisante !

L’industrie nucléaire fait vivre aujourd’hui 220 000 personnes et près de 3 000 entreprises sur notre territoire. Nous devrions en être fiers : cinquante ans de travail et de recherche de nos meilleurs ingénieurs et techniciens permettent aujourd’hui de produire avec 7 grammes d’uranium autant d’énergie qu’une tonne de charbon, sans émettre la moindre particule de dioxyde de carbone ! Au lieu de cela, depuis près de dix ans, nous complexons sur l’une de nos plus grandes forces.

Quand nos gouvernants accepteront-ils de voir enfin cette industrie du nucléaire comme le moyen d’avoir une avance considérable dans la transition énergétique ? Alors que les autres pays doivent décarboner leur électricité à coups d’énormes investissements, nous avons atteint cet objectif depuis déjà quarante ans. Nous pourrions être leaders dans l’étape de décarbonisation de nos transports et notre industrie grâce à l’hydrogène que nous pouvons obtenir sans polluer grâce à l’électricité produite par le nucléaire.

Pour éviter que le nucléaire français ne meure, le temps est compté.

  • En premier lieu, le Président doit initier le remplacement des réacteurs nucléaires actuels par ceux de la troisième génération, les réacteurs EPR. Les ingénieurs français sont prêts mais nous avons déjà été doublés par la Chine qui en a deux en fonctionnement depuis plus d’un an. Si rien n’est fait nous risquons de perdre définitivement notre maîtrise et notre savoir-faire.
  • En parallèle, il faut lancer le projet Cigéo qui règlera la question des déchets nucléaires. Ce projet d’enfouissement ultra-sécurisé n’attend plus que l’aval du gouvernement qui se laisse intimidé par des organismes anti-nucléaires.

Ces deux décisions courageuses et nécessaires verront-elle le jour ? Oui veut-on répondre en écoutant Emmanuel Macron au Creusot. Sans doute jamais quand on connaît la position de la Ministre en charge de l’énergie sur le nucléaire.

Mais que pense et que veut vraiment Emmanuel Macron en matière de politique énergétique ?

Une transition énergétique efficace et intelligente impose de refuser l’écologie politique, idéologie responsable de la fermeture de Fessenheim. Alors que cette centrale pouvait fonctionner jusqu’en 2041, la France doit maintenant acheter à l’Allemagne de l’électricité produite au charbon pour compenser les pertes ! L’écologie n’appartient à aucun camp, la préservation de notre environnement est une réalité qui demande du pragmatisme et non des croyances.

Enfin, le nucléaire est aussi le seul choix qui permettrait notre souveraineté énergétique. Un modèle énergétique reposant sur le solaire et l’éolien présente des limites pour notre environnement et notre biodiversité mais il est aussi contraire à nos intérêts économiques : les panneaux solaires sont aujourd’hui produits en Chine et les fabricants d’éoliennes sont danois, espagnols ou allemands. Rester à la pointe de la modernité dans le domaine du nucléaire doit donc être une priorité pour les dirigeants français. Cela commence par le rachat des turbines présentes dans les centrales vendues au géant américain General Electric sous l’autorité de… Emmanuel Macron, alors ministre des finances de François Hollande.

Relancer la filière nucléaire française est aujourd’hui indispensable pour protéger l’environnement et conserver notre indépendance énergétique. La France a les cartes en main, mais pour combien de temps encore ?

 

Caroline, 25 ans.