L'écologie est devenue en France le prête-nom de tous les délires gauchistes.

Dans le cadre de la sortie de son livre Aurons-nous encore de la lumière en hiver ? Pour une écologie du réel, aux éditions de l'Observatoire, Bruno Retailleau répondait aux questions de Marion Mourgue dans le Figaro du 19 octobre 2021.

 

LE FIGARO.- Vous ne vous êtes plus exprimé depuis votre retrait de la campagne présidentielle. Quel regard portez-vous sur la droite aujourd'hui ? Êtes-vous inquiet ou rasséréné ?

Bruno RETAILLEAU. Je n'ai jamais caché que pour moi, le calendrier était trop long et que je souhaitais un système de départage qui soit une vraie primaire ouverte pour donner une large légitimité et plus d'élan à notre candidat. Je n'ai pas changé de conviction mais je suis loyal à ma famille politique. Les militants ont choisi un congrès et à l'issue, nous aurons un seul candidat. C'était la première condition pour envisager la victoire. Mais il y a une autre condition, essentielle pour convaincre les Français : il faut une vision. Les Français aujourd'hui sont en mode survie, parce qu'ils se sentent doublement dépossédés, de leur niveau de vie et de leur mode de vie. Ils voient leur pouvoir d'achat s'éroder à mesure que les factures augmentent et leur identité s'effacer sous les coups de boutoir de l'islamisme et du gauchisme culturel. La grande question de la présidentielle, c'est donc la question de la dépossession, matérielle et culturelle. Il faut rendre aux Français ce qu'il leur a été enlevé : un État digne de ce nom, qui protège plus et prélève moins, et la nation, c'est-à-dire une souveraineté et une identité nationale. L'État et la nation, c'est ce qui nous a fondés, ce sont les deux piliers de la civilisation française. Cette politique de civilisation passe, non pas par des mesurettes, mais par des décisions puissantes sur le travail, la justice, l'immigration et l'école.

Savez-vous pour qui vous voterez au congrès ?

Non, j'avoue que je ne le sais pas encore pour le moment. Nous avons commencé à recevoir les candidats, chaque mardi, dans le cadre du groupe LR au Sénat, pour leur permettre d'exposer leur projet et leur vision. Je les écoute attentivement, ensuite je me déciderai. Je n'ai pas souhaité me ranger dans une écurie; j'ai pris la décision de ne pas être candidat moi-même, ce n'est pas pour l'être par procuration.

Vous insistez sur la peur du déclassement. Est-ce qu'aujourd'hui ce sont les Républicains qui en parlent le mieux ou Eric Zemmour ?

Je partage beaucoup des constats d'Eric Zemmour, mais je ne me retrouve pas dans ses excès de langage. Eric Zemmour, c'est un esprit brillant et percutant mais c'est aussi un esprit de système. Avec lui, tout doit rentrer dans des cases. Or gouverner un pays, ce n'est pas gouverner un système c'est gouverner des gens, des êtres, avec leur complexité et leur humanité. Cela suppose une expérience qui ne s'acquiert pas sur les plateaux de télévision ni même dans les livres, mais dans un engagement quotidien sur le terrain, sur le long terme, au contact des Français. C'est cette expérience qui nous prémunit contre les facilités ou les dangers d'une pensée mécanique, qui peut blesser. On l'a vu avec les propos d'Eric Zemmour relatifs aux jeunes victimes de Mohamed Merah. Et puis, il faut aussi porter une espérance. Je comprends qu'Eric Zemmour veuille « refaire des Français » et il a raison. J'ai été l'un des premiers à droite à dénoncer la dérive totalitaire d'un certain Islam, qui progresse dans notre pays. Mais établir une stricte équivalence entre Islam et islamisme nous condamne au fatalisme. Si tous les musulmans français sont des islamistes en devenir, alors il n'y a plus rien à faire, plus rien à tenter ! Je ne me résoudrai jamais à cela : nous pouvons refaire des Français si nous faisons aimer la France à cette jeunesse travaillée par l'islamisme.

Mais quand vous voyez qu'il est en nette progression dans les sondages et que 25% des électeurs de François Fillon pourraient voter pour lui, est-ce que vous vous dites qu'Eric Zemmour pourrait être le candidat de la droite ?

Son discours parle aux électeurs de droite mais je ne crois pas un seul instant qu'on puisse s'improviser chef de l'État. Cela se construit, et on a vu avec Emmanuel Macron les limites des météorites médiatiques. Par ailleurs, Eric Zemmour ne fait que prendre la place que la droite lui a laissée. C'est à nous, les Républicains et notre famille politique, d'assumer ce discours, sans excès mais sans concession. Aujourd'hui, dans toutes les démocraties occidentales, les peuples sont taraudés par les questions existentielles. Quel peuple voulons-nous être demain ? Dans quelle France voulons-nous vivre demain ? Si on veut réformer la France, il faut d'abord redonner forme à la nation française. Les efforts collectifs qui sont aujourd'hui nécessaires seront impossibles sans la force du sentiment d'appartenance commune qui s'est étiolé dans notre pays.

Vous revenez aujourd'hui dans le débat en publiant un livre sur « l'écologie du réel », (Aurons nous encore de la lumière en hiver, éd. de L'Observatoire). Pourquoi ce thème ?

Je pense que la droite s'est laissé déposséder de ce thème, pourtant il renvoie aux exigences de la droite sur la transmission, la permanence et donc la question des limites. L'écologie a été historiquement portée par notre famille politique, du premier ministère de l'Écologie sous Georges Pompidou au Grenelle de l'Environnement sous Nicolas Sarkozy, de la création de l'ONF à la première loi de protection de la nature. On ne peut plus laisser les questions environnementales aux adeptes d'une écologie dogmatique. L'écologie est devenue en France le prête-nom de tous les délires gauchistes. Quand les dingues de l'écologisme veulent interdire le sapin de Noël, le Tour de France, dégenrer les cours d'école ou quand Mme Rousseau rêve hommes déconstruits, ils ne font pas de l'écologie, mais de l'idéologie. C'est une nouvelle religion. L'écologisme est aussi devenu une idéologie de classe. Pour les 20% de Français les plus modestes, les dépenses d'énergie représentent 15% de leurs revenus. Pour les 20% de Français les plus riches, c'est 6%. On n'a pas le droit de faire payer aux plus pauvres la transition énergétique. On ne convaincra pas les Français avec ce gauchisme culturel et en leur donnant, comme perspective, l'appauvrissement et la décroissance. Il n'y a pas de décroissance heureuse.

Face aux « bobards, illusions naïves » des écologistes, dites-vous, vous voulez porter un discours optimiste et non culpabilisant. Le défi écologique peut être une opportunité pour l'homme selon vous ?

Il faut sortir de ce discours apocalyptique et catastrophique. C'est la meilleure façon, sinon, de culpabiliser les Français. Or quand on se sent coupable, on n'a pas la force de rebondir. Je veux au contraire promouvoir une écologie du réel, une écologie qui apporte des solutions, une écologie humaine qui tient compte des données et du savoir des scientifiques, des chercheurs mais aussi des réalités du terrain. En Vendée, nous n'avons pas attendu le discours écologiste pour économiser l'eau potable, mieux trier les déchets, favoriser l'économie circulaire, créer une première unité d'hydrogène vert. La France peut devenir une puissance verte. Sortir des énergies fossiles, c'est reconquérir notre souveraineté mais avec un bénéfice économique, sanitaire et environnemental.

Pour vous l'écologie est l'expression d'un projet de société. Mais lequel ?

Oui c'est un projet de société car l'écologie touche tous les domaines. Il faut donc avoir une vision globale de l'écologie, mais dont le fil rouge doit être l'humain. Ce que je reproche aux écologistes, c'est de faire de l'homme une espèce parmi d'autres. Or écologiser c'est d'abord protéger le vivant et la vie, c'est la charge qu'il nous revient d'assumer. Car c'est à la seule espèce humaine que la nature a donné la faculté d'être la gardienne vigilante de l'ensemble des autres espèces animales et végétales, et c'est pourquoi la montée de l'animalisme porte les germes d'un antihumanisme. Donner l'impression qu'on pourrait sauver la planète sans sauver les hommes est une idée dangereuse.

Mais vous insistez néanmoins sur l'urgence. «Le compte à rebours écologique est lancé » , écrivez-vous. Quels sont les principaux défis à mettre en œuvre pour y parvenir ?

J'essaie de sortir d'un double discours, celui des écologistes comme celui des climato-sceptiques. Les défis sont nombreux. Mais on ne peut pas partir dans tous les sens. On ne réussira la transition écologique non pas à partir de slogans ou de mesures punitives mais en concentrant nos efforts sur un objectif : la décarbonation de notre économie pour lutter contre le réchauffement climatique. Pour y arriver, il faut des mesures puissantes. Quatre sont essentielles à mes yeux. D'abord, je veux faire basculer les aides publiques actuelles sur les renouvelables électriques comme l'éolien, dont le prix s'est abaissé, vers le renouvelable thermique. C'est pourquoi je propose, sur dix ans, un grand plan national d'installation de pompes à chaleur pour les ménages français. Aujourd'hui, il y a 7 millions de logements qui sont de véritables passoires thermiques.

Deuxième proposition : je souhaite qu'on relance un programme ambitieux de recherche et de renouveau de notre parc nucléaire. Abandonner le nucléaire est une erreur grave, une décision idéologique. On l'a vu en Allemagne. Aujourd'hui, il faut prolonger la durée de vie des centrales dès lors que la sécurité n'est pas en cause. Il faut aussi un vote du Parlement avant toute fermeture d'une centrale, ainsi qu'un programme de constructions de réacteurs en misant sur la quatrième génération, car cette génération transformera nos déchets en nouveaux combustibles.

Troisième proposition : la taxe carbone aux frontières de l'Union européenne. Ce ne sont pas aux Français de payer mais aux Chinois et aux Américains. Sinon notre compétitivité se dégradera. Il faut taxer les produits des pays qui ne jouent pas le jeu car ils n'ont pas les mêmes exigences environnementales que nous.

Enfin la quatrième proposition, c'est une nouvelle politique d'aménagement du territoire. La France a fait le choix de l'hypermétropolisation, d'un modèle économique de découplage entre le lieu de la production et celui de la consommation. Cela crée des pollutions, des nouvelles solitudes, des fractures et une fatigue démocratique. C'est un modèle antiécologique : il faut mettre fin à cette concentration en répartissant mieux les activités pour réinsuffler de la vie dans certains territoires isolés. L'écologie, c'est la science du lieu. On doit penser la place de l'homme pas seulement dans la nature, mais dans son milieu. En France, on a cédé au gigantisme, avec des régions et des intercommunalités toujours plus grandes. Cela pose des problèmes écologiques et économiques, mais aussi civiques : en augmentant la distance entre les citoyens et les lieux de décisions, on a réduit la confiance. C'est aussi ce que nous ont dit les Gilets jaunes.

La question des déchets est avancée par les écologistes pour dénoncer l'utilisation du nucléaire. Vous n'y croyez pas ?

C'est un faux débat. Aujourd'hui les déchets nucléaires dangereux, c'est à peu près 200 tonnes. Cela tient dans une salle de sport. C'est un risque, mais que nous savons gérer. Grâce aux scientifiques à qui nous devons faire confiance, on maîtrise de plus en plus parfaitement les conditions de conservation des déchets. Des déchets que, du reste, le programme Astrid visait à réduire et qu'Emmanuel Macron a interrompu ! J'accuse le président de la République d'avoir une politique de gribouille. On ne peut pas d'un côté fermer Fessenheim et de l'autre faire l'éloge de la filière en promettant des mini réacteurs, tout en interrompant des programmes de recherche essentiels. Cela n'a pas de sens. En matière écologique, Emmanuel Macron c'est Tartuffe, avec 4 ministres de l'écologie en 4 ans alors que nous avons besoin d'une stratégie de long terme. Les revirements permanents d'Emmanuel Macron ont découragé les meilleurs représentants d'une filière technologique qui était un fleuron national, et nous sommes à cause de cela en train de perdre un savoir-faire que le monde entier nous enviait ! Sur cette question, comme sur tant d'autres, le président semble faire, mais il fait semblant. Le bilan écologique d'Emmanuel Macron, c'est la grande illusion.

Pour vous l'éolien ne permet pas de réduire les importations de pétrole. Faut-il le rejeter en bloc ?

Je ne suis pas de ceux qui disent qu'on doit tout faire avec le nucléaire. On a le vent, le soleil, la biomasse, l'hydroélectricité. Utilisons-les. Mais l'éolien qui aura du sens désormais, ce sera l'éolien flottant en mer. Il est moins coûteux, moins impactant pour nos paysages et plus performant puisque le vent du large est plus présent et plus régulier. C'est pourquoi je prône aussi un moratoire sur l'installation de nouvelles éoliennes terrestres.

«Aurons-nous encore de la lumière en hiver? Pour une écologie du réel», éditions de L'Observatoire.


Bruno Retailleau : « Trop de temps a été perdu à droite. »

Le président des Républicains au Sénat pense que Marine Le Pen peut gagner face à Emmanuel Macron en 2022. Pas contre une droite unie. Il plaide pour des primaires juste après les régionales.

 

Vous ne progressez pas dans les sondages, renoncerez-vous à vous présenter à la présidentielle ?

A droite, les sondages ne sont bons pour personne puisque personne n’est au second tour. Nous sommes dans la brume parce que nous n’avons pas désigné de leader ni tranché la ligne. Tant que nous ne l’aurons pas fait, Emmanuel Macron pourra continuer à galoper librement dans le champ de l’espace politique.

Vous continuez à défendre l’idée d’une primaire ouverte à droite ?

Une primaire ouverte aux militants et aux sympathisants de droite, oui. Basée sur un système de vote préférentiel à un tour, pour éviter les déchirements d’entre deux tours. Ce système nous permettrait de rassembler autour du vainqueur une équipe de France, car les Français ne croient plus à la femme ou à l’homme providentiel. C’est mon premier combat. Si on ne se met pas en ordre de bataille très vite, dès le lendemain des régionales, nous perdrons l’élection présidentielle. Trop de temps a déjà été perdu.

Pourquoi vous présentez-vous également aux élections régionales en Pays de Loire ?

Je suis 3e de liste en Vendée et à 100% derrière Christelle Morançais. Elle a été et elle sera la femme de la situation. Elle a redressé les finances publiques, relancé l’apprentissage, agi en faveur des petites villes et la ruralité, fait redécoller le plan d’infrastructures routières dans chaque département tout en portant une écologie positive, décelé très tôt les questions de sécurité, majeures à Nantes mais aussi en zones rurales… Elle rassemble la droite et le centre, face à des gauches éclatées : la gauche socialiste de G. Garrot, la gauche macroniste de F. de Rugy, la gauche pastèque - verte à l’extérieur et rouge à l’intérieur - de M. Orphelin allié aux Insoumis, et même la gauche lepéniste d’H.Juvin qui défendait des « convergences » avec François Ruffin.

Les Républicains auront-ils de bons résultats au niveau national ?

Je pense que nos positions seront confortées aux départementales comme aux régionales, à condition que nous soyons clairs sur nos valeurs : la fusion, c’est la confusion.

Et en Provence Alpes-Côtes d’Azur ?

L’alliance annoncée entre LREM et LR n’a pas été montée pour faire barrage au RN mais pour affaiblir la droite. Elle risque de se transformer en marche pied pour Thierry Mariani parce que nos électeurs ne supportent plus les magouilles politiques. Emmanuel Macron, le président du désordre et de la discorde, utilise ces élections pour imposer son duel avec Marine Le Pen. C’est un petit jeu dangereux.

Vous pensez que Marine Le Pen peut l’emporter en 2022 ?

Oui, si elle est opposée à Emmanuel Macron car le lien entre Emmanuel Macron et les Français est très abîmé. La droite a de meilleures chances de contrer le RN, mais à une condition : que nous portions un projet de courage et de convictions, pour garantir la sécurité et la prospérité des Français. La France doit être le pays de la liberté et de la fierté retrouvées.

 


« Dupond-Moretti est une erreur de casting. »

Interview au Figaro le 30 mai 2021 : Il y a un sentiment d’impunité quand le ministre de la Justice affirme qu’il est le ministre des détenus, estime le sénateur LR de Vendée.

 

LE FIGARO. - Doit-on comprendre les agressions contre les forces de l’ordre comme un phénomène irrémédiable?

Bruno RETAILLEAU. - C’est la chronique tragiquement banale d’une violence devenue ordinaire. On a le sentiment, partout, dans les villes mais aussi de plus en plus en zone rurale, qu’un tsunami de violence déferle sur la France. Même si les causes sont multiples, il y a un dénominateur commun: les hors-la-loi n’ont plus peur de la loi. Ils savent que pour l’immense majorité d’entre eux ils n’iront pas ou très peu en prison: seulement 2 % des peines sont intégralement effectuées. Non, contrairement à ce que dit Éric Dupond-Moretti, il n’y a pas un sentiment d’insécurité ; il y a au contraire un sentiment d'impunité renforcé quand le ministre de la Justice affirme qu’il est le ministre des détenus. Je crois profondément qu’Éric Dupond-Moretti est une erreur de casting.

Quelles sont les questions posées par le drame de la Chapelle-sur-Erdre?

En vérité, cette affaire pose une seule question: comment Ndiaga Dieye, multirécidiviste, condamné à 19 reprises, réputé ultraviolent, qui s’était radicalisé en prison et qui était schizophrène, a-t-il pu se retrouver en liberté ? Éric Dupond-Moretti nous dit que tout va bien parce qu’il n’y a pas eu de «faille» dans le système. Le ministre de la Justice est satisfait car tous les formulaires ont été tamponnés au bon endroit ! C’est la morgue bureaucratique dans ce qu’elle peut avoir de plus glaçant : dormez tranquilles, braves gens, les loups sont dans vos rues mais les procédures sont respectées. C’est terrifiant. Mais, s’il n’y a pas eu de failles dans ce système qui a échoué, alors il faut changer de système! Cet individu aurait dû être interné pour être soigné à sa sortie de prison. Mais la psychiatrie est le parent pauvre de la médecine française. Il faut créer des unités fermées pour malades dangereux.

La France compte une vingtaine de lois antiterroristes depuis 1986, et les réformes pénales se succèdent. N’est-ce pas la preuve d’une recherche des solutions?

Légiférer ne nous rendra pas plus forts si nos lois et leur application sont faibles. Entre la protection des libertés individuelles, toujours plus garanties, et la protection de nos concitoyens, l’équilibre a été rompu. Pour rétablir l’ordre, il faut changer radicalement de logique et mettre la victime au centre de la décision pénale. Aujourd’hui, on passe plus de temps à étudier les circonstances atténuantes du coupable qu’à punir le crime. C’est pourquoi l’atteinte à l’intégrité physique d’une personne doit entraîner une sanction proportionnelle à sa gravité, avec des peines planchers. Rien ne changera si on ne commence pas par abroger la loi et les circulaires Belloubet qui interdisent les peines de prison de moins d’un mois et découragent celles allant de six mois à un an. Mais il faut aussi bloquer la spirale de l’ensauvagement des jeunes, qui débute de plus en plus tôt. Je plaide pour des peines de prison courtes dans des centres de rétention adaptés et la suspension des aides sociales aux familles qui n’assument pas leurs responsabilités. Il n’y a que la certitude de la sanction qui peut enrayer le mécanisme de décivilisation chez un jeune violent. Cela a marché aux Pays-Bas: leurs prisons sont vides parce qu’ils ont décidé de les remplir à la première faute grave.

Est-il possible de mieux protéger les représentants de l’autorité publique?

Près de 30 policiers et gendarmes sont blessés chaque jour. La loi prévoit déjà une aggravation des peines pour leurs agresseurs. Le problème, c’est que les peines ne sont pas exécutées, ou trop timidement. Le maillon faible de la réponse pénale, c’est l’exécution des peines. Il n’y a pas assez de places de prison. Emmanuel Macron en avait promis 15.000 mais il n’en aura ouvert que 2 000 à la fin de son mandat… Résultat, on ajuste la réponse pénale à la pénurie carcérale.

Vous exigez un changement radical au sommet de l’État. Qu’attendez-vous?

Emmanuel Macron aura été le président du désordre. J’attends d’abord qu’il cesse de «mollassonner» en assumant une révolution pénale et migratoire. Nous ne manquons pas de lois pour le faire. Ce qui manque, c’est le courage et la volonté, et ce gouvernement n’en a pas, qui passe son temps à courir les campagnes électorales et les cérémonies d’hommage, sans agir vraiment. Mais j’attends surtout d’Emmanuel Macron une révolution mentale. L’«en même temps» ne marche pas. Soit c’est la fermeté, soit c’est le laxisme. Soit c’est le multiculturalisme, soit c’est la République. Quand la ministre des Sports soutient le chanteur Youssoupha, qui insulte la France, quand Emmanuel Macron affirme que l’immigration africaine est une chance pour la France, c’est un message de faiblesse qu’entendent ces populations qui ne respectent que la force. Toute marque de faiblesse est aujourd’hui vécue par nos adversaires comme une marque de soumission. La France ne doit plus se soumettre.


Plutôt que de lancer une chasse aux sorcières contre nos militaires, le Gouvernement ferait mieux de lancer la chasse aux incendiaires.

Pour la seconde fois, en quelques jours, des militaires prennent la plume. Et pour la seconde fois, le débat prend un tour polémique et ne se situe pas, me semble-t-il, à la bonne hauteur.

Disons les choses : le devoir de réserve est assurément une exigence essentielle. Elle mériterait d’ailleurs de s’appliquer dans d’autres institutions. Car il est étrange que ceux qui exigent aujourd’hui des sanctions exemplaires à l’égard de ces militaires ne trouvaient rien à redire, hier, quand des juges épinglaient des visages sur le fameux « mur des cons ». Mais passons…

Cependant le débat n’est pas là. Tout simplement parce que le danger n’est pas là. Plutôt que d’agiter le fantasme du pronunciamiento militaire, le Gouvernement ferait mieux d’admettre ce que tout le monde voit. Oui, face à l’ensauvagement dans les quartiers, face au communautarisme, face à l’islamisme, face à cette haine anti France qui monte, notre pays risque de basculer, effectivement, dans une situation de guerre civile. Ce message, certains militaires l’envoient aujourd’hui, mais les policiers, les gendarmes, les pompiers, l’envoient depuis des mois déjà ! Du reste, l’ancien Ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, avait lui-même lancé cet avertissement en parlant du risque de « face à face ».

Autrement dit, plutôt que de lancer une chasse aux sorcières contre nos militaires, qui ont risqué et risquent encore leurs vies pour la Nation, le Gouvernement ferait mieux de lancer la chasse aux incendiaires, à tous ceux qui sont en train de mettre le feu à la maison France. Car si nous ne voulons pas qu’un jour la force armée soit le dernier recours d’un Gouvernement qui serait dépassé, il nous faut redonner force à nos lois civiles, mais également à ce qui fait la force de notre civilisation.

Tout cela, le Chef de l’Etat et le Gouvernement le savent : ils disposent de toutes les remontées d’informations, de tous les capteurs sur le terrain. Ils savent que la réalité est dramatique. Mais cette réalité, ils préfèrent la dissimuler, tout simplement parce qu’elle engage leur responsabilité, parce qu’elle souligne leur déficit de volonté. La volonté, c’est bien ce qui fait défaut aujourd’hui. La crise sanitaire le démontre car dans la lutte contre le virus, l’Etat avait décrété la « guerre », déployant des moyens inédits et sortant du cadre juridique ordinaire, pour protéger les Français. Pourquoi ne fait-il pas de même, avec la même force, pour neutraliser ceux qui font, pour le coup, une vraie guerre à la France ?

Voilà où se trouve le vrai scandale. Voilà où doit se situer, je le crois, le vrai débat.

Bruno Retailleau
Président du groupe LR au Sénat


Bruno Retailleau : le laxisme migratoire est une bombe.

ENTRETIEN dans le Point du 25 avril 2021. Propos recueillis par Jacques Paugam.

Au lendemain de l’attaque qui a coûté la vie à une fonctionnaire de police à Rambouillet, le sénateur LR fustige l’incurie du gouvernement. Après la mort d'une fonctionnaire de police, tuée vendredi par un homme armé d'un couteau à Rambouillet (Yvelines), le président du groupe Les Républicains au Sénat, Bruno Retailleau, en déplacement en Arménie aux côtés de Gérard Larcher, ne mâche pas ses mots. L'auteur des faits, abattu par un autre agent, est un homme de nationalité tunisienne de 36 ans, en situation régulière, inconnu des services de police et de renseignements. Une enquête a été ouverte par le Parquet national antiterroriste (Pnat). Bruno Retailleau somme l'État, jusqu'ici d'une « impuissance coupable », de contre-attaquer : « En période de guerre, le "en même temps", c'est la défaite assurée », affirme-t-il.

Le Point : Que vous inspire ce nouveau drame ?

Bruno Retailleau : Une détermination implacable à vaincre le totalitarisme islamique. Tous les Français doivent s'en persuader : nous devons et nous pouvons vaincre la barbarie à condition que nous nous en donnions enfin les moyens. La France ne doit plus céder un millimètre de terrain aux islamistes. Combien de morts allons-nous encore devoir supporter avant que nos gouvernants ne se décident à mener une guerre totale contre l'ennemi ? Aujourd'hui, l'État est d'une impuissance coupable : l'auteur de l'assassinat a été régularisé après dix ans de clandestinité ! Si cet individu avait été expulsé comme il se devait, la policière serait encore vivante. Le laxisme migratoire est une bombe placée au cœur de notre pays.

Une fois de plus, si l'hypothèse terroriste devait se confirmer, c'est la République qui est visée à travers ses représentants…

Aujourd'hui une policière, hier un professeur, avant-hier un officier de gendarmerie. C'est évidemment la République qui est touchée au cœur quand on s'attaque à ses représentants. Mais les victimes, ce furent aussi un prêtre, des journalistes, des Français dans une salle de spectacle ou en terrasse. Au-delà de la République, c'est donc la France qui est visée. Il faut être très clair : c'est une guerre de civilisation qui est livrée à la France par la barbarie islamiste et c'est donc aussi sur le terrain de la défense de notre identité, de nos coutumes, de nos valeurs, de notre mode de vie que nous devons nous battre. C'est ce que le macronisme n'a toujours pas compris : le gouvernement a refusé de traiter, dans sa loi sur le séparatisme les deux questions pourtant essentielles de l'immigration et de l'assimilation. Rien, par exemple, sur le voile des accompagnantes scolaires et même des petites filles. Et pourtant, si toutes les femmes voilées ne sont évidemment pas des djihadistes, tous les djihadistes exigent que les femmes portent le voile. Il faut combattre le terrorisme, mais il faut aussi combattre le terreau du terrorisme : les provocations communautaristes ne sont plus acceptables car elles alimentent le « djihadisme d'atmosphère » dont parle Gilles Kepel . C'est aussi la raison pour laquelle Emmanuel Macron a tort de pratiquer la repentance, car il souffle sur les braises d'un sentiment anti-français dans les quartiers. À cultiver la honte de soi, on ne récolte que la haine des autres.

Il y a une semaine, le président de la République rappelait dans Le Figaro qu'il se battait pour « le droit à la vie paisible » . Ce nouveau drame illustre-t-il, selon vous, l'échec de sa politique ?

Au-delà d'Emmanuel Macron, les Français paient au prix du sang des années de laxisme migratoire et judiciaire. Mais force est de constater qu'Emmanuel Macron ne l'a pas compris. La loi Collomb a permis de faciliter l'immigration familiale, les prisons promises n'ont toujours pas été construites et nous avons un ministre de la Justice qui parle de « sentiment d'insécurité ». Aujourd'hui, Emmanuel Macron s'est lancé dans une opération de communication, mais le logiciel reste le même. En période de guerre, le « en même temps », c'est la défaite assurée. Ne nous y trompons pas : ce qui se joue dans les années qui viennent, c’est la survie de la France en tant que nation.

Quelles mesures d'urgence préconisez-vous pour lutter contre le terrorisme ?

La première chose à faire, c'est de modifier notre droit pour expulser tous les étrangers qui séjournent illégalement sur notre territoire. Quant aux binationaux délinquants, il faut qu'ils soient déchus de leur nationalité française puis expulsés. Si les pays d'origine ne veulent pas reprendre leurs ressortissants, la France doit en tirer les conséquences, sur les visas comme sur les aides au développement. L'angélisme, ça suffit. Ce qui me révolte, c'est que nos services de renseignements, nos policiers, nos militaires font un travail remarquable pour traquer et neutraliser l'ennemi, mais, parce que nos frontières ne sont pas tenues et que notre droit est trop laxiste, nos lignes sont régulièrement enfoncées. Il nous reste très peu de temps désormais, car l'ennemi n'est pas seulement à nos portes, il est déjà parmi nous. Ne nous y trompons pas : ce qui se joue dans les années qui viennent, c'est la survie de la France en tant que nation et celle de l'Europe en tant que civilisation.


Ne plus jamais laisser personne mourir seul : le meilleur moyen de rendre hommage à tous les morts du COVID.

Bruno Retailleau veut déposer une proposition de loi pour garantir aux personnes âgées et malades un droit de visite.
Le Parisien du 18 avril 2021.

Ne plus jamais laisser personne mourir seul, loin de ses proches. La crise sanitaire inédite dans laquelle est embourbée la France a accouché d'un drame sourd : l'incapacité pour des milliers de Français d'accompagner un parent dans ses derniers jours. Afin d'y remédier, la droite sénatoriale doit déposer cette semaine une proposition de loi « tendant à créer un droit de visite pour les malades, les personnes âgées et handicapées qui séjournent en établissements ». « On a laissé mourir des gens, coupés de la tendresse de leurs proches. C'est un manquement au devoir d'humanité », déplore le président du groupe (LR) au Sénat, Bruno Retailleau, qui va présenter la proposition de loi. S'il salue « le dévouement et l'abnégation des soignants », il dénonce « des manquements » auquel il veut s'attaquer.

Car si le droit de visite existe déjà, c'est le chef de l'établissement de santé qui conserve le pouvoir décisionnaire en la matière. Mais pour le sénateur, et les associations qui se mobilisent sur le sujet, la crise sanitaire ne peut plus justifier le refus de dernières visites. « Un établissement de santé ne peut s'opposer à une visite à laquelle consent un patient », sauf en cas de menace sur l'ordre public ou pour la santé du patient, prévoit le projet de texte que nous avons pu consulter. Le refus de ces visites devrait être également motivé et très encadré. Concernant les patients en phase terminale, il est prévu de leur garantir un droit de visite quotidien, que l'établissement dans lequel ils sont pris en charge se doit d'organiser.

« Mon père est décédé en novembre dernier. Pendant les 17 jours de son hospitalisation, on n'a pas pu lui rendre visite. Ni eu la possibilité de voir sa dépouille », raconte Laurent Frémont, qui dénonce la « violence » de la situation. Ce doctorant en droit public a cofondé une association, « Tenir ta main», le 17 mars dernier, pour sensibiliser les pouvoirs publics à la nécessité de légiférer afin que ces circonstances ne puissent pas se reproduire. Laurent Frémont assure que son association a reçu quelque 8000 témoignages de proches de défunts « partis seuls ».

Le 9 avril, c'est une tribune parue dans Libération, soutenue par l'association, qui a aussi tenté d'alerter le grand public. « Nous l'affirmons avec force, l'abandon de tant de nos patients, de nos mourants et de nos défunts depuis le début de cette pandémie constitue un recul de civilisation considérable dont nous commençons tout juste à mesurer les effets », écrivent les cosignataires, parmi lesquels le directeur de l'Espace de réflexion éthique d'Ile-de-France, Emmanuel Hirsch, l'urgentiste Patrick Pelloux ou la psychologue de renom Marie de Hennezel.

Inscrire ce droit dans la loi, cette dernière l'appelait déjà de ses voeux dans nos colonnes, jeudi dernier. « Oui, oui, oui, il le faut, maintient encore cette spécialiste de la fin de vie. Nous ne savons pas de quoi demain sera fait, avec leCovidou avec un autre virus. Le droit de visite doit être un acquis, et non une variable d'ajustement des établissements. Seule une inscription dans la loi peut le protéger. Je le redis, mourir dans la dignité, c'est avant tout mourir avec ses proches à côté. »

Interrogé le 16 février dernier à l'Assemblée nationale, le ministre de la Santé Olivier Véran avait redit « l'engagement du gouvernement » à défendre ce droit de visite. L'association « Tenir ta main » l'a sollicité mais n'a pas obtenu de réponse. Elle a pu rencontrer la conseillère santé d'Emmanuel Macron, et doit voir Marlène Schiappa, ministre déléguée à l'Intérieur, ce jeudi. Bruno Retailleau estime, lui, que sa proposition de loi « doit dépasser tous les clivages partisans », « c'est le meilleur moyen de rendre hommage à tous les morts du Covid».

 


3 questions à... Jean-Louis Thiériot sur la réforme de l'État

1. Comment et pourquoi la crise a-t-elle agit comme un révélateur de l’urgence à réformer notre État ?

La crise de la Covid révèle ce que nous disons depuis des années, que la France est paralysée par un Etat obèse et impotent, c’est-à-dire un état qui pèche doublement, par son inefficacité et par son coût.

L’inefficacité est patente : sans être cruel, il suffit de se rappeler le fiasco des masques, le fiasco des tests qui a empêché de mettre en œuvre le « dépister, tracer, isoler », le fiasco de la politique vaccinale qui nous laisse confinés quand la Grande Bretagne ou Israël reprennent une vie quasi normale et le fiasco, enfin, de la remontée en puissance des lits de réanimation. Ces échecs résultent de la perte de l’esprit de mission de notre exercice politique et de la dilution des responsabilités. Sans être exhaustif, les décisions de santé relèvent du ministre, de la haute autorité de santé, de Santé Publique France, de l’ANSM et au niveau régional des ARS sur lesquels les préfets de département ou de région n’ont pas directement autorité. Si l’on y ajoute le juridisme, le principe de précaution poussé à l’extrême, la suradministration (24% d’administratif dans les hôpitaux allemands / 34% en France), l’absence de culture de crise, c’est une véritable polysynodie qui paralyse l’Etat, l’empêche d’agir vite et fort et multiplie les injonctions contradictoires. Il faut revenir à une maxime simple « un chef, une mission, des moyens » en ayant en tête l’effet majeur souhaité et en mettant de côté les détails. De ce point de vue, les protocoles sanitaires de plusieurs dizaines de pages ont été des chefs d’œuvre de complexité bureaucratique. Je suis d’accord avec Bruno Retailleau quand il souligne que l’administration n’est pas le problème : le vrai responsable c’est le politique qui a sous-traité et dilué son pouvoir !

Outre son inefficacité, cette multiplication des échelons décisionnels est extrêmement coûteuse. Avant le Covid, la part des dépenses publiques (fiscales et sociales) dépasse 58% du PIB contre une moyenne européenne à 48%, l’Allemagne ou la Grande Bretagne étant à 44%. En soi, ce ne serait pas très grave si nous étions plus efficaces. Hélas, les faits prouvent le contraire. Depuis 1980, la population a augmenté de 22%, le nombre de fonctionnaires de 44%. Et il y a moins de services de proximité. L’importance démesurée de la dépense publique accroît la charge fiscale et donc réduit la compétitivité de nos entreprises et la croissance du pays qui depuis les années Jospin est constamment plus faible que celle de l’Allemagne, alors qu’elle était équivalente durant les décennies précédentes. Le chômage, la désindustrialisation, la perte de souveraineté économique sont les enfants dramatiques du surpoids de l’Etat. Pour rétablir notre compétitivité, il faut fixer une trajectoire : rejoindre la moyenne européenne à 48% en 5 ans ou 10 ans avant de fixer le principe d’une règle d’or, sauf situation de crise exceptionnelle. La croissance et la stabilisation de la dépense devraient permettre d’y parvenir tout en restaurant un Etat mince et agile.

 

2. De nombreux discours et propositions sont faites en matière de réforme de l’Etat. Pourtant la dépense publique française est toujours plus importante pour une efficacité qui laisse à désirer : l’Etat en France est-il réformable ?

Il n’y a aucune fatalité. Dans les années 70, on parlait de la Grande Bretagne, paralysée par l’étatisme comme l’homme malade de l’Europe. Dans les années 90, l’Allemagne s’interrogeait sur l’avenir du Standortsdeustchland. Le déclinisme de ces deux pays a été vaincu par les réformes énergiques de Margaret Thatcher et de Gerhard Schröder. Et le Royaume-Uni était encore plus bloqué par des syndicats marxistes que la France aujourd’hui. Le drame est que la plupart des pays européens ont mis un terme au glissement de leurs dépenses, dans les dernières décennies. La France a laissé filer ses déficits depuis 1974, dernière année un notre budget a été en équilibre. A nous de le faire aujourd’hui.

Pour y parvenir, il faudra une vision, une méthode, une espérance.

  • La vision, c’est une réforme cohérente pilotée par un chef d’orchestre qui propose un plan global sur le modèle du rapport Pinay-Rueff qui, sans aucun tabou, réexamine toutes les missions de l’Etat en en mesurant l’utilité et la nécessité. Il faudra au préalable mener une analyse mission par mission à partir du terrain, en évaluant chaque politique, chaque norme, chaque agence, chaque administration.
  • La mise en œuvre devra être rapide, probablement par ordonnances. Le temps politique est court. L’état de grâce qui cumule nouveauté et légitimité démocratique impose d’agir vite en se limitant à quelques réformes vitales. La distinction faite par le général de Gaulle entre service extraordinaire et service ordinaire est toujours opérative. Le service ordinaire peut être mené dans la durée. Le service extraordinaire dans les six mois ou dans l’année qui suit notre retour aux affaires, en évitant les réformettes.
  • L’espérance, c’est mettre en œuvre la réforme au nom de ce qui dépasse la stricte orthodoxie budgétaire qui n’est qu’un moyen, et pas une fin pour retrouver la grandeur française et la maîtrise de notre destin dans la mondialisation. Il s’agit de poser les bases du retour de la production française, de la souveraineté française, de la puissance française qui ne peuvent être redressées qu’à condition de redresser l’attractivité nationale. Concrètement, il ne s’agit surtout pas de promettre seulement du sang, de la sueur et des larmes et de jouer les Cassandre, mais de mener le redressement productif en améliorant rapidement le pouvoir d’achat du travail quitte à retarder de quelques années le retour à l’équilibre. Bref, une France puissante où il fait bon vivre.

Réformer le pays est un ardent impératif. Le fatalisme n’est pas une option. Nous pensons comme Julien Gracq que « lorsqu’on gouverne, rien n’est pire que le lâcher prise. »

 

3. Quelles seraient les 2 ou 3 priorités pour engager une réforme efficace ?

  • En termes constitutionnel, instauration d’une règle d’or à terme et interdiction de sur-transposer les normes européennes au-delà de la moyenne des transpositions pour rétablir une concurrence loyale.
  • En termes d’organisation de l’Etat, suppression de la plupart des agences indépendantes pour rendre à l’Etat, politiquement responsable, la plénitude de son autorité et restaurer le pouvoir des préfets départementaux avec autorité sur tous les services exerçant dans le département.
  • En termes budgétaire, avoir le courage politique de porter l’âge de la retraite à la moyenne européenne. Une année de cotisation en plus représente au moins 20 milliards par an. Cette réforme est la mère de toutes les réformes car c’est celle qui permet le plus de gains financiers et qui est parfaitement légitime avec l’allongement de l’espérance de vie. Elle redonnerait des marges de manœuvre.

Aujourd’hui le politique administre le peuple et gouverne les choses. Il est temps de faire l’inverse : gouverner le peuple avec autorité et administrer sagement les choses, en ayant à l’esprit, toujours, la boutade de Pompidou « Arrêtez d’emm… les Français » !

 

Jean-Louis THIÉRIOT
Député LR de la Seine-et-Marne
Avocat et essayiste, auteur de De Gaulle, le dernier réformateur (2018)


À SON AVIS... "Une aide active à mourir entraînerait un bouleversement majeur dans la relation au soin."

A MON AVIS, on ne peut oublier que depuis un an, personnel de santé et pompiers se battent et s’exposent pour sauver des vies. Depuis un an, nos concitoyens acceptent de voir leurs libertés mises entre parenthèses. Depuis un an, pour sortir au plus vite de cette ambiance mortifère, nous avons sacrifié nos activités économiques, sociales et culturelles. Nous déplorons la perte quotidienne de 250 personnes. C’est pourtant le moment qu'ont choisi des députés pour revendiquer la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté. Initiative étrange, incongrue, provocatrice et méprisante pour tous ceux qui se battent chaque jour pour sauver des vies et s’engager au service des plus vulnérables d’entre nous. Cette initiative copie la législation belge avec des règles qui, sur de nombreux points, vont même au-delà de la législation d’Outre-Quiévrain.

Ce texte, en recourant à l’expression d’« assistance médicalisée à mourir », se refuse à employer les mots d’euthanasie et de suicide assisté. Il est d’une grande imprécision sur les modalités de la procédure, alors que celles-ci sont les garanties constitutionnelles d’une liberté personnelle, le droit à la vie. Nous avons la chance d’avoir un modèle de protection sociale de la santé en France qui met le patient au centre de son projet. L’euthanasie casserait tout cet édifice. Au-delà des dérives observées en Belgique, la légalisation de l’euthanasie ne répond nullement au sentiment d’abandon des patients en fin de vie, ni à leur isolement. Une aide active à mourir entraînerait un bouleversement majeur dans la relation au soin.

Les partisans de l’euthanasie et du suicide assisté partent du postulat que la solution à la souffrance est la mort. Ils ont la vision théorique d’un être abstrait, maître de son destin, alors que la pandémie nous invite à l’humilité et que le patient par nature est vulnérable, ambivalent et influençable. Par ailleurs, les défenseurs de l’euthanasie avancent que les Etats n’ayant pas légalisé l’euthanasie seraient en retard par rapport à une avant-garde européenne incarnée par le Benelux. Le raisonnement est spécieux, chaque pays agissant avec ses convictions, sa culture et ses valeurs. Pour autant, il faut admettre la réalité du mal mourir dans notre société et offrir des réponses à ceux qui appréhendent une fin de vie dans la souffrance. S’il faut se réjouir de l’annonce d’un nouveau plan de soins palliatifs par le ministre de la santé, celle-ci survient après deux ans d’inaction. Les lois de 2005 et 2016 ont accru les droits des malades en fin de vie mais tout reste à faire pour mieux diffuser la culture palliative par un gros effort de formation afin d’adapter la culture médicale aux enjeux de la fin de vie. Par rapport à la médecine qui guérit, la médecine palliative est moins bien considérée, aussi faut-il revoir notre système de financement de la santé, en privilégiant la prise en charge globale du malade plutôt que le seul traitement de sa maladie. Assurer une égale répartition entre les structures hospitalières et les soins à domicile sur tout le territoire constitue enfin une priorité. C’est dans ces trois directions exigeantes qu’il faut s’engager, de préférence à une voie hasardeuse dont on connaît désormais tous les risques, aboutissant à 12 000 euthanasies par an, si on transpose à la France les pratiques suivies en Flandre. Pour toutes ces raisons, j'ai voté contre l'article 1 de ce texte qui propose de légaliser l’euthanasie.

Patrick HETZEL
Député du Bas-Rhin, secrétaire général de Force Républicaine


A son avis... L'agilité et l'imagination nous permettront de ne plus subir.

Pendant l'épidémie du COVID, la rigueur et le sérieux des professionnels de santé ont permis au système de soins de s'adapter et de tenir, même si les coûts humains ont été énormes.

Car l'épidémie a mis en évidence nos faiblesses. Parmi elles, l'hyperbureaucratisation et la centralisation auxquelles il faudra mettre un terme. C’est d'ailleurs ce que propose aussi Bruno Retailleau. Les solutions existent pour réformer véritablement l’hôpital et notre système de soin et il nous faudra collectivement relever les nombreux défis auxquels nous faisons face.

A MON AVIS, il faut d’abord régionaliser le système hospitalier et cibler les financements vers les soins plus que vers les administrations. Nous devons aussi former plus de médecins et de paramédicaux, et réfléchir à de nouveaux métiers ainsi qu'à des passerelles réelles entre professions pour mettre fin aux déserts médicaux et aux lits fermés par défaut de personnel.

Faire collaborer la médecine de ville, l'hôpital et les structures médico-sociales grâce à des "parcours patients" est aussi essentiel : à la médecine de ville, le suivi des pathologies chroniques ; à l'hôpital, la prise en charge des diagnostics complexes et des complications aiguës. Les informations médicales devraient être partagées entre la médecine de ville, l'hôpital et les EHPAD. Nous devons aussi profiter de la digitalisation de la médecine et des objets de santé connectés pour améliorer la qualité des soins. Le contexte l’a montré, nous manquons cruellement de lits de réanimation en temps de crise comme celle que nous traversons : augmentons nos capacités d'urgence et de réanimation pour que l'âge des patients ne soit plus une variable d'ajustement quand le système craque. La publication des résultats des hôpitaux pourrait à la fois guider les patients et inciter à améliorer la qualité des soins.

Enfin, la prévention est restée le parent pauvre du système : l'exercice, la santé environnementale et la qualité de l'alimentation doivent être des priorités nationales. Le recours en routine à l'intelligence artificielle et à des outils tels que la métagénomique doivent nous aider à bâtir les outils de surveillance épidémiologiques qui nous ont manqué. Enfin, la France a raté les avancées scientifiques de cette crise : les vaccins à ARN messagers et le séquençage. Nous devons rebâtir une recherche innovante et attractive. Au-delà, l'apprentissage de la démarche scientifique à l'école, salutaire pour notre recherche, aidera à former des citoyens à l'esprit critique éclairé et à l'intelligence ouverte.

Il faut que nous tirions collectivement les leçons de cette crise, que nous fassions preuve d'agilité et d'imagination pour ne plus subir.

Philippe Juvin, chef des urgences de l'hôpital européen Georges Pompidou à Paris et Maire LR de La Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine)


Il faut aller au-delà de l’attachement à la République, qui n’est qu’un régime de gouvernement.

Valeurs actuelles. Interview de Bruno Retailleau du 26 mars 2021.

 

Le projet de loi du gouvernement sur le séparatisme arrive au Sénat. Comment faut-il le comprendre ?

Bruno Retailleau. On attend le dernier moment pour se pencher sur un problème crucial. Emmanuel Macron n’a pas pu ne pas s’apercevoir de l’urgence à combattre l’islamisme : les attentats ont commencé avec Mohammed Merah en 2012, puis se sont accélérés avec Charlie Hebdo et le Bataclan en 2015 ! À l’époque, il est à l’Élysée, proche de François Hollande, puis ministre avant d’arriver à la tête de l’Élysée… et il attend la dernière année de son quinquennat !

C’est d’autant plus grave que cette loi manque sa cible, puisqu’elle n’ose pas nommer les choses. On voit bien la protestation des autres cultes qui ne posent aucun problème à la République. Mais puisque cette loi ne nomme pas ce qu’elle prétend combattre, qu’elle ne cible pas ce fléau qu’est l’islamisme, tout le monde en prend pour son grade de manière injuste.

Il y a enfin un manque évident dans ce texte : la question de l’immigration.

Pourquoi devrait-elle selon vous y figurer ?

Parce que nous avons renoncé à l’assimilation, parce que nous ne régulons pas les flux migratoires, parce que le pouvoir – avant même Emmanuel Macron – s’est refusé à contrôler l’immigration qui dans bien des quartiers, sur bien des territoires, s’est constituée en contre-société.

Les flux migratoires échappent désormais à tout contrôle. Emmanuel Macron est d’ailleurs le seul chef d’État, en Europe, qui semble ne pas avoir pris la mesure du problème. Les flux sont désormais supérieurs à toutes nos capacités d’accueil. Résultat, nous avons beaucoup trop de personnes qui arrivent avec leurs cultures et qui refusent toute assimilation. Je parle d’assimilation et non d’intégration, car les deux ne sont pas sur le même plan. S’intégrer relève de la vie économique et sociale ; s’assimiler s’inscrit dans une dimension civilisationnelle. La liberté de conscience, l’égalité des sexes, la fraternité française : ces exigences sont des éléments de civilisation.

Disons les choses : c’est parce que notre machine à assimiler est grippée et que les flux migratoires sont ininterrompus que l’islamisme a pu se développer. L’immigration incontrôlée a servi de terreau au djihadisme d’atmosphère. Comment s’étonner qu’aujourd’hui des territoires entiers échappent à la République ?

Que devrait faire Emmanuel Macron ?

Quasiment tous les pays d’Europe ont durci leurs conditions d’accueil. La France a fait l’inverse. En Allemagne, par exemple, il existe un accord depuis le 1er août 2018 qui limite le regroupement familial. Il me semble pourtant que nous vivons sous le même empire de la même Cour européenne des droits de l’homme ! Au contraire, nous avons permis, par la loi asile et immigration de MM. Macron et Collomb, d’étendre le regroupement familial aux frères et sœurs des mineurs isolés. Nous permettons par ailleurs le regroupement familial pour un conjoint sans délai, sans condition de ressources, sans condition de logement. Beaucoup de pays freinent : nous accélérons. Résultat : la France est le pays le plus accueillant d’Europe et les filières mafieuses de passeurs l’ont parfaitement compris.

Vous avez évoqué la CEDH. Nous pourrions aussi relever l’inefficacité de notre politique d’expulsion ou le canal d’immigration creusé par les mineurs étrangers…Par quoi commenceriez-vous pour mettre un terme à ces dysfonctionnements ?

Au Sénat, Gérard Collomb, alors ministre de l’Intérieur, avait reconnu que « les migrants font un peu de benchmarking pour regarder les législations les plus fragiles ». Aujourd’hui, la France est le pays d’Europe le plus généreux pour le droit d’asile, l’accès gratuit aux soins, le regroupement familial ou encore la naturalisation. La priorité, c’est de renverser la table pour adresser le signal aux passeurs qu’en France, ce n’est plus “open bar” !

Le Rassemblement national parle depuis longtemps du concept de préférence nationale. Le terme est devenu explosif, mais, dans l’esprit, faut-il favoriser les Français en ce qui concerne l’accès à l’emploi, les allocations, les aides… ?

Il faut assumer que ce soit la cotisation qui déclenche la prestation. À partir du moment où quelqu’un est intégré, en situation régulière, respecte la loi et participe à la richesse nationale en cotisant, il peut évidemment bénéficier des aides de l’État. Mais le modèle social français, particulièrement généreux, ne peut être en accès libre. C’est la condition de sa survie. Il faut par ailleurs réduire les naturalisations en réactivant la disposition qui permettait avant 1993 de s’opposer par décret à la naturalisation pour défaut d’assimilation.

Est-ce que vous diriez, d’un point de vue statistique, qu’Emmanuel Macron est un président immigrationniste ?

Bien sûr. Sous sa présidence, la France a battu des records : Emmanuel Macron, c’est 2 millions de personnes immigrées en plus.

Si le lien entre immigration et terrorisme semble compris, celui entre immigration et insécurité peine encore à être admis. Faites-vous ce lien ?

Évidemment. Regardez l’exemple des mineurs isolés : le parquet de Paris lui-même a relevé que 75 % des mineurs jugés l’an dernier étaient des mineurs étrangers. Le lien est évident. Du reste, nous savons qu’une partie d’entre eux sont des faux mineurs. Je propose que le refus de se prêter à un test osseux constitue une présomption de majorité, afin d’expulser les faux mineurs isolés. Prenez encore l’agression d’un photographe reimois par un Algérien en situation irrégulière, huit fois condamné. Souvenez-vous des rixes entre bandes maghrébines et tchétchènes à Dijon l’été dernier. Allons plus loin : qui s’est chargé de faire appliquer la loi dans cette affaire ? En l’occurrence, les juges de paix ont été deux imams, venus de chaque communauté. Ce ne fut ni la mairie ni le commissariat. Et combien d’expulsions ont été effectives à la suite de ces violences ? Il faut réécrire le droit des étrangers, pour faciliter les expulsions. La Cour des comptes elle-même avait indiqué que « le nombre d’éloignements se heurte à des impasses de procédure ». On devait déjà beaucoup à François Hollande et Manuel Valls, mais tout s’est aggravé avec Emmanuel Macron sur ces sujets.

Il y a une question sans doute plus délicate que celle des nouveaux flux : celle des personnes d’origine étrangère qui tiennent un discours, adoptent un comportement ou professent des valeurs très différentes de celles de la France… Est-ce soluble ?

En France, on a longtemps refusé de transmettre des valeurs, à commencer par l’amour de la France. Jean-Pierre Chevènement le dit parfaitement d’ailleurs : il faut aller au-delà de l’attachement à la République, qui n’est qu’un régime de gouvernement. Comme la laïcité, la République ne peut pas à elle seule créer un attachement suffisant. Je cite Chevènement à dessein, parce qu’il est issu de cette gauche républicaine que je respecte.

Comment des jeunes nés de l’immigration peuvent-ils s’identifier à un pays qui bat sa coulpe en permanence et criminalise son histoire ? Lorsque vous désignez la France comme éternellement coupable, comme un anti-modèle, comment s’étonner ensuite que cette jeunesse la juge peu attirante ? Ce discours victimaire la pousse à se percevoir comme un peuple à part. Et Emmanuel Macron souffle sur ces braises. Il avait commencé pendant sa campagne en accusant la France de crime contre l’humanité lors de la colonisation. Et il persiste en désignant l’historien Pascal Blanchard à la tête du comité chargé de proposer des noms issus de la diversité afin de nommer des rues ou des places. Or Pascal Blanchard est un marchand de mémoire, un militant du décolonialisme et lors des polémiques récentes, il a fait le parallèle douteux entre « l’islamo- gauchisme » et le « judéo-maçonisme » utilisé dans les années 1930. En oubliant au passage que la source principale de l’antisémitisme aujourd’hui, c’est l’islamisme ! Cette disposition des élites à l’autoflagellation, à la “disqualification radicale”, pour reprendre les mots de Pierre Nora, est terrible.

En voulez-vous à Gérald Darmanin d’avoir déposé une gerbe à Alger sur un monument célébrant les soldats du FLN ?

Ce n’est pas ce que les Français demandent à un ministre du gouvernement de la République. C’est aussi cautionner la stratégie d’un régime algérien qui depuis des années a appauvri son peuple et qui nourrit une haine mémorielle contre la France, pour masquer ses propres échecs.

Est-ce que Gérald Darmanin est un bon ministre de l’Intérieur ?

Non, parce que les résultats sont mauvais. Aujourd’hui, tous les voyants sont au rouge : les rixes entre les bandes ont augmenté de 24 %, les homicides et tentatives d’homicide de 15 % et la délinquance s’impose désormais en milieu rural. Chaque jour, nous assistons impuissants à la chronique ordinaire d’une barbarie quotidienne. Pour y mettre fin, il faudra faire une révolution pénale. Cela ne servira à rien d’avoir un peu plus de policiers si les juges remettent en liberté les délinquants ! Pour que la peur change de camp, il faudra changer la loi. Je propose un principe simple : une infraction doit être sanctionnée par une peine et la peine exécutée.

Pour les mineurs, il faut pouvoir proposer de courtes peines de prison dans des établissements spécialisés pour leur faire prendre conscience de leurs actes. Je suis par ailleurs pour la responsabilité des magistrats et contre leur syndicalisation. L’angle mort du macronisme, c’est le régalien. Sa présidence aura été marquée par le désordre parce que le progressisme est un angélisme, bon pour un monde de Bisounours. Il perd le sens du tragique. En matière d’insécurité, d’immigration ou d’islamisme, le bilan d’Emmanuel Macron sera mauvais. Ces thèmes seront au cœur de la prochaine élection présidentielle, et c’est pour cela qu’Emmanuel Macron aura du mal à franchir le premier tour.

Quelle est selon vous sa faute première ?

Sa faute originelle, c’est Notre-Dame-des-Landes. Quand il donne raison aux opposants, contre 180 décisions de justice et contre le résultat d’une consultation populaire, il enclenche une mécanique destructrice. À partir de là, il ruine toute possibilité d’autorité.

Pour 2022, tous les candidats de droite auront-ils les mêmes préoccupations que vous sur ce sujet ?

S’adresser à la France populaire, c’est d’abord répondre à son angoisse identitaire. Bien sûr, la question du pouvoir d’achat est essentielle et nous devons y apporter des réponses fortes et crédibles. Mais ma conviction, c’est que la seule promesse d’amélioration des conditions matérielles de nos existences ne peut suffire. La France est devenue un archipel fragmenté. Pour faire d’une population archipellisée à nouveau un peuple, une nation, il faudra parler des conditions immatérielles sans lesquelles il n’y aura pas de relèvement. Les Français sont attachés à leur niveau de vie, mais plus encore à leur mode de vie. Ils ne veulent pas se sentir étrangers chez eux. Ils veulent qu’on leur reparle de la France qu’ils aiment. Deux mille vingt-deux n’échappera pas à cette question de l’identité qui taraude nos démocraties.

L’identité, c’était déjà le thème de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Pourquoi faire confiance à votre famille politique ?

Je comprends les doutes de nos électeurs : la droite n’a pas tout mal fait, mais c’est vrai qu’elle n’a pas été au bout de ce qu’elle avait promis, qu’il s’agisse de la dépense publique, de l’immigration ou du travail. Simplement, je ne me sens comptable de rien. Je n’ai fait partie d’aucun gouvernement. Nous devons, nous aussi, faire un inventaire. Ma famille politique doit sortir des demi-mesures. J’assume dans mon projet une certaine radicalité car la France est radicalement en danger.