“La droite reste encore trop faible” B. RETAILLEAU dans Valeurs Actuelles

Il a été le premier et le dernier des lieutenants de François Fillon et, aujourd'hui, le président du groupe Les Républicains au Sénat avance parfois seul face au gouvernement, se démarquant de la prudence de son parti. Réputé pour sa technicité et son fond, l'homme s'épanche rarement sur la politique en tant que telle. Exception est faite ici.

Valeurs actuelles. De la polémique sur le manque de masques à la préservation de la responsabilité pénale des élus en passant par l'obtention des tests pour les laboratoires départementaux, on vous a personnellement vu en première ligne, durant cette crise. Comment définiriez-vous votre stratégie ?
Bruno Retailleau. La politique relève pour moi, non pas d'une mystique, comme dirait Charles Péguy, mais à tout le moins d'un engagement total. Je ne veux pas qu'habiter le ciel des idées, je souhaite avoir prise sur le réel. Le décalage entre les déclarations d'autosatisfaction de l'exécutif et la réalité m'a souvent fait bouillir.

En période de crise, comment dissocier la notion d'opposition et celle de récupération ?
J'estime que, dans les crises, le devoir des responsables publics de tout bord, c'est d'être aux avant-postes. C'est notre job de prendre des risques pour le bien des Français. On s'expose. Cependant, le temps de crise provoque mécaniquement une surcommunication de l'exécutif. L'espace médiatique pour l'opposition se rétracte, quand celui de l'exécutif se dilate. Cela se vérifie d'autant plus avec Emmanuel Macron, puisqu'il adore l'exercice oratoire, les mots détachés de leurs conséquences. Que signifie la souveraineté nationale quand on refuse de fermer les frontières et qu'on dilapide nos fleurons industriels ?

Que signifie la souveraineté nationale quand on refuse de fermer les frontières et qu'on dilapide nos fleurons industriels ?

Êtes-vous tenté, par légitimisme, de retenir vos coups ?
Non. La ligne que je me suis fixée depuis le début de la crise n'a pas dévié : bienveillance et exigence. Bienveillance, car notre rôle de parlementaire n'est pas de mettre des bâtons dans les roues du gouvernement en faisant de l'obstruction un réflexe pavlovien. Je vote sans état d'âme les collectifs budgétaires pour lutter contre le désastre économique. Mais l'exigence demeure notre mission première. Celle qu'on doit aux Français. Cette crise a été très mal gérée. De manière à la fois chaotique et cacophonique. Je ne vois pas pourquoi il ne faudrait pas le dire. La démocratie, ce n'est pas : “Silence dans les rangs !”

Cela étant posé, quelle méthode vous fixez-vous ?
(Silence.) Je n'émets jamais de critiques sans avoir vérifié mes sources. Je n'émets jamais de critiques qui relèvent de l'agression personnelle. Je m'efforce d'être sans concession sans tomber dans la facilité : je ne me réveille pas chaque matin en réclamant la démission d'un ministre.

Sortez-vous du printemps plus adversaire d'Emmanuel Macron que vous n'y étiez entré ?
Cette crise a révélé deux faillites. Celle du progressisme et celle de l'étatisme. La première avec l'effondrement de la croyance dans un progrès perpétuel, l'émancipation individuelle et la mondialisation heureuse. Rappelez-vous : le 10 mars encore, Emmanuel Macron morigénait le chancelier autrichien pour avoir osé fermer les frontières de son pays avec l'Italie. Pour l'étatisme : la sclérose bureaucratique nous a privés de masques et de tests malgré un endettement et un taux de prélèvements obligatoires records.

Voyez-vous en Emmanuel Macron un personnage dogmatique plutôt que pragmatique ?
Je vois surtout en lui quelqu'un qui n'a pas su renouer le fil brisé avec le peuple français. Il n'y est pas parvenu au cours de ses interventions, souvent trop longues, où sa parole relevait plus de l'interprétation que de l'incarnation. On sentait un manque d'authenticité. Je dirais presque une forme de distance, comme s'il était spectateur de lui-même et des événements. Son goût pour l'exercice oratoire, que j'évoquais tout à l'heure, ne le conduit nulle part. Or, le propre de la parole publique tient dans le fait qu'elle doit être le commencement d'une action. Chez Emmanuel Macron, il y a une dissociation totale entre les deux.

Emmanuel Macron n’a pas su renouer le fil brisé avec le peuple français.

Quand Emmanuel Macron désavoue Édouard Philippe, que cela signifie-t-il ?
Ce que le président de la République reproche au Premier ministre, ce sont certaines de ses propres insuffisances. Même si j'ai de nombreuses critiques à lui faire, on voit bien qu'Édouard Philippe fait le job et que la meilleure protection du Premier ministre, c'est l'extrême difficulté d'Emmanuel Macron pour le remplacer.

Avec la création d'un nouveau groupe à l'Assemblée nationale, le quinquennat risque de basculer vers la gauche. N'est-ce pas un paradoxe, si l'on considère que la réserve de voix d'Emmanuel Macron se trouve encore à droite ?
L'assise du macronisme s'est rétrécie. Le président de la République avait, certes, donné des signaux à notre électorat, au début de son quinquennat, mais les Français de droite sont en train de se rendre compte de la tromperie. Que le macronisme est la rencontre d'une gauche convertie au capitalisme financier et d'une philosophie de l'hyperindividualisme. Qu'il est en quelque sorte la fusion du gauchisme culturel et du néolibéralisme économique.

Idéologiquement, géographiquement, où était la droite, ces trois derniers mois ?
Elle était au Parlement et dans les collectivités territoriales, malgré un gouvernement qui légifère par ordonnances et agit de manière très jacobine.

Le groupe Les Républicains de l'Assemblée nationale vote de manière disparate… Et il n'y a pas eu de contre-projet à proprement parler.
Si, nous avons fait de nombreuses contre-propositions. Sur l'autorisation pour les collectivités territoriales d'importer des masques, sur la massification des tests, sur le masque obligatoire, sur la clarification de la responsabilité des maires et des chefs d'entreprise… Mais, au-delà de la crise, la droite reste encore trop faible. Il n'est pas normal qu'avec une telle cote de défiance du gouvernement, dans un quinquennat fissuré, qui, en réalité, est presque terminé, la droite ne se soit pas reconstituée comme une force capable d'incarner une alternative.

La droite retombe dans ses vieux travers, à commencer par celui de sa grande attirance pour le “tout à l’ego”

L'inertie de groupe entrave-t-elle, dans votre famille politique, l'initiative individuelle ?
Le groupe LR au Sénat, c'est plutôt une dynamique qu'une inertie : nous sommes les premiers opposants de l'exécutif. Et la politique, c'est rassembler, sinon on termine dans une cabine téléphonique. Mon rôle est de coordonner ce travail d'équipe, mais cela ne me prive ni de ma liberté ni de ma singularité.

En novembre 2016, lors de l'écrasante victoire de François Fillon à la primaire, ou en décembre 2017, quand Laurent Wauquiez emporta haut la main la présidence du parti, la ligne fut à chaque fois tranchée fermement. Pourquoi, trois ans après, la droite en est-elle toujours à chercher sa définition ?
Car nous retombons dans nos vieux travers, à commencer par celui de notre grande attirance pour le “tout à l’ego ”. La droite est gauloise. Elle est querelleuse. Nous sommes des individualistes impénitents. Par ailleurs, la droite est prisonnière de l'identité miroir : ce sont les autres qui nous définissent. Or, nous n'avons pas à jouer le jeu que veulent nous imposer nos adversaires, qui tour à tour nous accusent d'être trop libéraux ou trop sociaux, trop souverainistes, trop étatistes, c'est selon. La droite, c'est d'abord la nation libre, c'est cette conscience qu'il y a quelque chose de supérieur, qui transcende les individus et les communautés, et qui permet de former un peuple, donc un destin, mais avec des citoyens qui gardent toute leur responsabilité. Le reste, ce sont des étiquettes que l'on colle ou décolle au gré des modes ou des événements.

Dans le degré d'urgence, quel est le ratio entre la crise économique et la crise de sens ?
Le matériel rejoint l'immatériel. Les ressorts du développement économique résident d'abord dans les facultés humaines. Dans la préservation d'une culture qui nous donne les ressorts pour nous projeter en avant. Or, le matérialisme nous a desséchés.

Le projet des Républicains semble plus évasif, moins marqué. Certains disent qu'il s'agit ainsi d'une manière de préparer un atterrissage sans encombre pour François Baroin.
Le pire risque pour la droite serait de ne pas prendre de risques. La droite, par paresse, s'est trop souvent alignée sur la pensée dominante, nous sommes rarement allés au bout de nos discours. Par conformisme et par peur du politiquement correct, nous avons revendiqué le pragmatisme sans nous rendre compte que le seul pragmatisme réduit la politique à de la gestion.

Les responsables politiques français doivent cesser de s’appuyer sur les mêmes mensonges qu’on nous inocule depuis 40 ans

Vous qualifieriez-vous de dissident ?
Oui. Il est temps de quitter le marais des idées molles. Et des idées fausses. La France est à la croisée des chemins. Les décisions que nous allons prendre à la sortie de cette crise dessineront sa trajectoire, le risque de sortir de l'histoire universelle est réel. Il faut que les responsables politiques français cessent de s'appuyer sur les mêmes mensonges qu'on nous inocule depuis quarante ans. Le moment n'est pas à l'eau tiède. Et je crois fermement que l'on peut défendre des convictions fortes - sur l'Europe, la démocratie, une nouvelle prospérité française - tout en rassemblant autour de ces idées.

Quelle est votre méthode pour fédérer ?
Les partis sont devenus extrêmement faibles, aujourd'hui. Il faut imposer sa ligne en se tournant directement vers les Français. Emmanuel Macron ne sera pas qu'une exception. Il y a une désarticulation des cadres collectifs, une “archipelisation” : on le voit dans la politique partisane, l'Église, le syndicalisme. Nous sommes dans un temps de grandes ruptures. La droite doit formuler une politique de civilisation, qui s'appuie sur sa conception anthropologique de l'homme. Ce qui nous distingue des progressistes, c'est que nous croyons que la condition humaine n'est pas sans conditions. Elle doit accepter des limites - tout n'est pas possible - : une écologie humaine et une éthique de la personne, comptable des autres et non pas simple individu désaffilié de tout… Sauf de l'État !
À droite, la question de la désignation du candidat n'est pas encore résolue, mais le pire serait l'entre-soi, la connivence, la petite cuisine entre quelques-uns. Les Français refusent de subir un scénario écrit à l'avance. Ils voudront s'extraire du duo Marine Le Pen-Emmanuel Macron. Mais c'est indécent de parler de ça en ce moment.

À quel stade en est votre relation avec les Français ?
Franchement, je ne m'en préoccupe pas. Tout vient à son heure. J'ai toujours construit ma relation politique aux autres dans l'action, avec les Vendéens au conseil départemental, avec les habitants des Pays de la Loire quand j'ai été président du conseil régional, aujourd'hui avec les parlementaires. Je ne suis pas dans le storytelling.

Peut-on diriger la droite sans être adoubé par Nicolas Sarkozy ?
Bien sûr. Si la droite était prisonnière de son passé, elle ne pourrait jamais se réinventer.

Valérie Pécresse ou Xavier Bertrand sont davantage que vous présentés comme présidentiables. Est-ce parce qu'ils assument plus leurs ambitions ?
Cela tient peut-être au fait qu'ils ont été ministres, qu'ils capitalisent sur la notoriété que cela leur a procurée. Notoriété que, par ailleurs, les médias font prospérer par panurgisme. L'ambition est nécessaire. Mais dans ces temps de crise… Si les Français ressentent l'ambition comme premier moteur, ils ne le supporteront plus. Le premier moteur, ce doit être la volonté de dire la vérité et d'en tirer vraiment les conséquences pour notre pays. Après, les Français choisiront… Et ils choisissent de plus en plus tard.

 


Accord de libre échange avec le Mexique : la France doit faire jouer son droit de veto.

La crise sanitaire a malheureusement révélé de nombreuses faiblesses dans notre pays. On peut citer notre dépendance à l’étranger concernant par exemple la fourniture de médicaments ou de matériel médical. La France et l’Europe ont perdu leur indépendance sanitaire.

Il y a un domaine dans lequel notre pays, grâce au travail des agriculteurs, a gardé une réelle capacité à produire, il s’agit de l’agriculture et de l’agroalimentaire. On ne peut que se féliciter d’avoir conservé notre souveraineté alimentaire. Pendant la crise il n’y a pas eu de pénurie alimentaire.

Dans ces conditions, comme si étions condamnés à perpétuellement refaire les erreurs du passé, la Commission européenne vient de proposer de baisser de 10% la superficie des terres cultivables en Europe et donc en France. Et parallèlement, elle propose un accord de libre échange avec le Mexique qui touche justement aux produits agricoles. Le Mexique pourra produire et exporter en Europe ce que les terres européennes ne seront plus autorisées à produire. Tout cela est absurde. Il y a urgence à stopper ces dérives.

Le Président de la République et le Gouvernement ne peuvent pas rester silencieux ; j’attends de leur part une condamnation ferme et sans équivoque, une dénonciation de l’absence de lucidité des instances européennes. Je demande à la France de faire jouer son droit de veto.

Bruno RETAILLEAU


« Cette épidémie risque d'accentuer le décrochement de la France » B. RETAILLEAU - Les Échos - 21/04/21

Le président du groupe LR au Sénat reproche à l'exécutif de ne pas avoir « d'autre stratégie que de gérer la pénurie ». Il se dit favorable à un geste supplémentaire pour « ceux qui sont au front » et à l'annulation de la dette fiscale et sociale des entreprises ou associations les plus impactées. Et il prône, demain, une hausse du temps de travail.

Le nouveau budget de crise arrive au Sénat ce mardi. Le voterez-vous ?

Globalement, il paraît à la hauteur de la difficulté. Mais il mérite d'être amélioré. Si la concorde nationale impose à l'opposition un esprit de responsabilité, elle exige aussi de l'exécutif qu'il entende l'opposition. Je serais stupéfait qu'il ne reprenne pas un certain nombre d'améliorations qui vont dans le sens d'une meilleure protection des Français.

Que proposez-vous ?

Pour montrer notre reconnaissance à ceux qui sont au front, les primes ne suffisent pas. Ce que nous proposons, nous, en plus de la prime exceptionnelle promise, c'est la défiscalisation et le déplafonnement des heures supplémentaires au-delà de 5.000 euros, avec exonération des charges sociales. Ensuite, pour un certain nombre d'entreprises ou d'associations qui vont perdre quasiment une année d'activité, comme dans le tourisme ou la culture, il faut envisager dès maintenant la transformation du report de dette fiscale et sociale en une annulation. Sacrifions les impôts d'aujourd'hui au profit de l'impôt de demain parce que si ces entreprises font faillite, elles ne contribueront plus.

Nous souhaitons aussi proposer la création d'un médiateur du crédit, interentreprises, qui est indispensable en temps de « guerre » : que des entreprises reportent le coût de la crise vers leurs fournisseurs n'est pas acceptable. Je l'ai proposé il y a plusieurs semaines déjà et nous avons perdu beaucoup trop de temps. Enfin, il faut aider les associations caritatives qui prennent soin des plus démunis : le plafond du taux de défiscalisation de 75 % pour les dons pourrait être porté de 546 à 2.000 euros pour les particuliers et de 10.000 à 20.000 euros pour les entreprises. Cette crise nous invite à dépasser l'individualisme contemporain habituel.

Comment gérer le déconfinement à partir du 11 mai ?

Sanitaire et économie vont de pair car l'état de l'économie influe aussi sur l'état sanitaire de nos sociétés. Ce sont les pays qui ont le moins bien contrôlé l'épidémie - la France en fait malheureusement partie - qui vont déconfiner le plus tard. Or le coût économique de la crise est d'autant plus important que le confinement est généralisé et qu'il dure. En France, il sera astronomique parce que nous n'avons pas anticipé le début de cette crise, alors que nous avions les moyens de le faire.

Ce qui me trouble, aujourd'hui, est que nous ne faisons pas davantage preuve d'anticipation pour le déconfinement. C'est tout de suite qu'il faut tester massivement, pour détecter, tracer les contacts et isoler. Au moins dans les zones où le virus est très actif, si nous n'avons pas les moyens de le faire partout. C'est tout de suite qu'il faut généraliser le port du masque. Quand Olivier Véran affirme que « le masque ne remplace pas le geste barrière », c'est une sottise. Le masque lui-même est un geste barrière. En réalité, la stratégie de la France, c'est la stratégie des pays qui n'ont pas d'autre stratégie que de gérer la pénurie.

Vous êtes sévère. Pour vous, l'exécutif serait à la traîne depuis le début…

Depuis le début. Je n'ai jamais dit qu'il ne fallait pas confiner. L'objectif était de désengorger les services de réanimation et, de ce point de vue, cela fonctionne. Cette stratégie permet de freiner l'épidémie mais en aucun cas de casser la chaîne de contamination. Aujourd'hui, on renvoie dans leurs familles des personnes qui sont encore contagieuses.

Par ailleurs, les inconvénients du confinement deviennent supérieurs aux bénéfices que l'on peut en attendre. Sur le plan humain, c'est loin d'être neutre : l'isolement tue, parce que des personnes âgées se laissent glisser et aussi parce que d'autres renoncent à consulter pour des maladies qui s'aggravent dangereusement. Sur le plan économique, l'arrêt de l'économie aura un impact énorme et durable. Parce que nous aurons déconfiné tardivement sans avoir anticipé les conditions du déconfinement, l'écart va se creuser avec d'autre pays, dont les entreprises seront prêtes à redémarrer avant les nôtres. Cette épidémie risque d'accentuer notre décrochement.

Pour Xavier Bertrand, « cette crise est un révélateur des inégalités et d'un capitalisme à bout de souffle ». Etes-vous d'accord ?

Elle est révélatrice d'abord de la bureaucratisation d'un Etat trop jacobin, à la fois omniprésent et impotent. Elle traduit aussi un blocage idéologique : l'exécutif a longtemps refusé d'envisager la fermeture des frontières alors que cette évidence s'était imposée partout. Rien non plus n'a été dit lors de la conférence de presse de dimanche sur le rôle, pourtant essentiel, de la médecine de ville. Tout se passe comme s'il n'y avait que l'hôpital.

Et puis, ne nous trompons pas de diagnostic. La France est loin d'appliquer les recettes du capitalisme mondial : c'est le pays où la fiscalité est la plus lourde, la plus progressive, la plus redistributive, et où la part des dépenses publiques est la plus élevée. Cette crise, ce doit être la mort du néolibéralisme, mais pas la mort de la liberté, bien au contraire. Moi je suis pour un capitalisme d'entrepreneurs, le capitalisme rhénan - ou vendéen -, mais ni pour le capitalisme financier anglo-saxon, ni pour le socialisme…

Est-ce aussi une réponse à ceux qui, à LR, veulent un grand aggiornamento sur des bases sociales ?

Au sortir de cette crise, la France va avoir le choix entre le relèvement et l'affaissement. Rien ne serait pire que de nous laisser aller aux mensonges qui ont trompé les Français depuis trente ans. On leur a fait croire qu'en travaillant moins, nous pouvions garder à la fois les standards sociaux auxquels nous sommes à juste titre attachés et notre niveau de vie. Depuis 2000, notre richesse par habitant par rapport aux Allemands a diminué de 13 %. Nous sommes sur le chemin de l'appauvrissement collectif.

Il faudra donc selon vous revenir sur la réduction du temps de travail ?

Oui, à la fois pour améliorer notre richesse nationale et le salaire des Français. Ce débat est encore prématuré parce qu'il ne faut pas se perdre dans des querelles qui détournent du combat contre l'épidémie, mais le moment viendra où, si nous voulons rebondir, nous n'aurons d'autre choix que le sursaut. Je ne connais pas dans l'Histoire de cas où on puisse traverser une épreuve et s'en relever sans un surcroît d'effort.

Faut-il aussi revenir sur les baisses d'impôts prévues ?

Non. Je pense qu'on terminera l'année avec une croissance de moins 10 %, un déficit de 10-12 % du PIB et une dette supérieure à 120 %. Mais on ne rembourse pas la dette en augmentant les impôts. On la rembourse en créant de la richesse. Notre croissance potentielle, nous pouvons la maîtriser par l'offre de travail et un surcroît d'investissement. C'est pourquoi il faudra aussi mettre le paquet, demain, sur l'allègement des contraintes qui pèsent sur l'investissement public et privé. Demain le grand chantier de la simplification , toujours évoqué, jamais réalisé, sera impérieux.

 

Propos recueillis par Pierre-Alain Furbury


Violences : L’Etat doit prendre en mains la situation avant qu’elle devienne explosive, avant qu’il soit trop tard.

Les épisodes de violence se sont multipliés ces derniers jours partout en France. D’Evreux à Bordeaux en passant par Mantes la Jolie, Villeneuve la Garenne ou Chanteloup les Vignes....Une voiture de SOS médecins a même été caillassée et des cocktails Molotov lancés sur la police au Havre.

Alors que la France connait une crise sanitaire qui mobilise tout le pays, alors qu’elle doit faire face à une crise économique sans précédent, nous ne pouvons pas nous permettre de laisser une nouvelle crise sécuritaire s’installer dans les banlieues.

Le gouvernement ne peut pas continuer à faire comme si rien ne se passait. Ce n’est certainement pas en mettant la poussière sous le tapis que l’on va enrayer cette menace. Si l’on ne veut pas connaître à nouveau des émeutes comme en 2005, il faut faire stopper rapidement les violences qui agitent certains quartiers  en demandant au Préfet d’instaurer un couvre-feu dans l’ensemble des communes concernées et en déployant rapidement les effectifs de police nécessaires pour procéder aux interpellations qui s’imposent.

Les Français ne comprennent pas qu’à l’heure où ils consentent à de grands efforts pour respecter le confinement, l’Etat ne parvient pas à empêcher que chaque soir des bandes de voyous sortent dans la rue pour bruler, casser ou caillasser les forces de l’ordre. La réponse de l’Etat doit être implacable : mettre en prison les émeutiers.

L’Etat doit prendre en mains la situation avant qu’elle devienne explosive, avant qu’il soit trop tard.


«La bureaucratie a cannibalisé la nation» B. RETAILLEAU - Libération - 15/04/20

A contre-courant de beaucoup de réactions à la crise, même dans son camp, le président des sénateurs LR appelle les siens à ne pas «retourner aux vieilles idées fausses».

Président des sénateurs Les Républicains (LR), Bruno Retailleau incarne à droite la fidélité au projet filloniste. Libéral, il juge que la crise sanitaire révèle moins un manque qu’un trop-plein d’Etat. Conservateur, il n’y voit pas le ferment d’un nouveau progressisme, mais l’annonce d’un grand «retour du tragique» et de la fin du «dogme de l’émancipation individuelle». Sceptique vis-à-vis des accents «sociaux» d’une partie de son camp, il appelle celui-ci à «quitter le marais des idées molles». Sauf à vouloir démontrer que «la droite moderne est vouée à être une ancienne gauche»
Emmanuel Macron a annoncé lundi soir que le 11 mai pourrait marquer le début du déconfinement. Avez-vous été convaincu par son intervention ?

Je l’ai trouvé plus concret. Nous avions besoin d’une lumière au bout du tunnel, car le confinement est un pis-aller : il fait lui aussi des morts et son coût social et économique sera astronomique. Mais il nous manque toujours une vraie stratégie. Le confinement désengorge les urgences, il ne casse pas les reins de l’épidémie. En matière de dépistage, le Président prévoit de ne tester que les personnes affectées de symptômes. Il faut aller bien au-delà, car les deux tiers des porteurs n’en présentent aucun ! Il faut un dépistage massif pour les diagnostiquer, retrouver leurs contacts et les placer en quarantaine, sans doute dans les hôtels qui se trouvent aujourd’hui vides. Je crains qu’en réalité, l’exécutif ne déguise en stratégie le manque de moyens.

Qu’a changé ce confinement pour vous ?

Je trouve qu’il remet notre modernité à sa place. Du matin au soir, je suis en lien avec l’extérieur grâce à quantité d’applications : je pourrais comparer les avantages et inconvénients d’une dizaine d’entre elles ! Pourtant, on ne travaille pas moins, au contraire. Nous sommes greffés à nos portables, collés à nos écrans, les journées s’écoulent sans qu’on distingue le temps du travail et celui du repos. Rien de cela n’est naturel. En même temps, on redécouvre le cercle familial et le besoin fondamental d’avoir une demeure. Le «restez chez vous» est un pied de nez à l’injonction du mouvement perpétuel.

L’Etat intervient massivement dans l’économie et la vie des citoyens, le libre-échange est remis en cause… On peut trouver que la crise contrarie la pensée de droite.

Je ne crois pas. J’ai toujours défendu un libéralisme qui conçoit des limites : l’extension de la sphère technico-marchande à toute l’existence est un drame, l’exaltation libertaire de la liberté est dangereuse. C’est le néolibéralisme qui est mort, pas la liberté. Ensuite, dans ce drame, les solutions ne viennent pas toujours de l’Etat. Au contraire, on le voit paralysé par la bureaucratie et ce sont souvent les Français et les collectivités qui apportent les réponses. Nous avons sur le territoire 75 grands laboratoires publics de très haut niveau. Il a fallu se battre trois semaines avant qu’ils ne soient autorisés à faire des tests. Et des jours pour permettre aux régions d’importer leurs masques. Donc je ne me sens pas démenti dans l’idée qu’un Etat bureaucratique s’est émancipé de la nation, et l’a cannibalisée à son profit.

Vous avez jugé que cette crise sonnait la fin du progressisme. En quoi ?

Cette pandémie signe le retour du tragique au cœur de nos existences. C’était le cas avec le terrorisme mais avec la maladie, chacun se sent menacé directement. L’illusion qu’aujourd’hui est nécessairement supérieur à autrefois s’écroule. Et avec elle la mondialisation heureuse, l’abolition des frontières et des nations, le dogme de l’émancipation individuelle à tout prix. La maximisation des possibles n’est plus possible, car le tragique nous ramène au réel.

L’avenir serait donc grand ouvert à votre sensibilité ?

On va voir. L’homme se caractérise par son exceptionnelle capacité à l’oubli… Mais j’espère qu’on en tirera quelques leçons, comme de renoncer à la transgression de toutes les limites. Notre condition humaine n’est pas sans conditions. Dans le cadre de la loi bioéthique, l’Assemblée a voté pour l’implantation de souches humaines dans des embryons animaux, car c’était «important pour la recherche». Or même le Conseil d’Etat a souligné un risque de brouillage des espèces. La zoonose [transmission de maladies entre humains et animaux, ndlr], on y est ! Donc doit naître un monde qui respecte des limites, fait d’individus non pas isolés, mais comptables les uns des autres.

Jugez-vous, comme le secrétaire général de LR, Aurélien Pradié, qu’il faut «interroger le libéralisme» et s’affranchir de certaines règles budgétaires ?

L’urgence, c’est de sauver notre appareil productif. Et l’Etat doit redevenir souverain dans les secteurs essentiels comme l’agriculture et la santé. Mais dire que la France souffre d’un excès de libéralisme, c’est une mauvaise plaisanterie. Nous sommes les champions de la dépense publique, notre fiscalité est la plus lourde du monde développé… J’entends dire : l’Etat paiera. Mais l’Etat, c’est nous ! L’Allemagne en fait la preuve : la différence est dans l’efficacité, pas seulement dans les moyens. Pourquoi pratique-t-elle six fois plus de tests, dispose-t-elle de masques et de 40 000 lits de réanimation si nous dépensons plus qu’elle ? Leurs infirmières sont mieux rémunérées, mais c’est pour 40 heures de travail avec un statut de droit privé. Nous, on maintient les 35 heures au prix d’heures supplémentaires qu’on ne paie même pas…

Pourtant, difficile aujourd’hui de dire quelle est la position de la droite sur ces sujets.

J’espère que nous serons assez sages et courageux pour distinguer les causes des conséquences. Ne retournons pas aux vieilles idées fausses, la droite moderne n’est pas vouée à être une ancienne gauche. Au fond, c’est la ligne de la très grande majorité de notre famille politique. Elle a longtemps subi l’hégémonie idéologique de la gauche. Elle s’est réfugiée dans l’économisme et la gestion. Désormais, j’espère que nous oserons quitter le marais des idées molles. J’ai été le premier à dire que nous avions mal abordé le sujet de la Sécurité sociale en 2017. Mais notre diagnostic était le bon : un Etat omniprésent est un Etat impotent.

Livreurs, caissières, soignants… On mesure durant cette crise l’importance de professions souvent peu considérées et mal rémunérées. La droite a-t-elle quelque chose à leur dire ?

C’est d’abord une leçon d’humilité à ceux qui pensaient que la «start-up nation» était l’horizon indépassable de notre économie. Il faut récompenser leur courage et leur travail de ces «derniers de cordée». La prime exceptionnelle proposée par le gouvernement n’est pas la bonne mesure : elle dépend de la volonté de l’employeur, des capacités de l’entreprise, et au départ elle était réservée au privé. Au Sénat, nous avons proposé dès le début la défiscalisation et l’exonération complète de charges pour les heures supplémentaires.

Pour l’après, nous devons la vérité aux Français, c’est la seule manière de vraiment les respecter. Nous avons vécu sur un mensonge : en affirmant qu’en travaillant moins, on améliorerait notre niveau de vie et maintiendrait nos standards sociaux. Au début, les gilets jaunes, ce sont ceux qui travaillent sans joindre les deux bouts. Comme le disait l’une d’eux, Jacline Mouraud : «Mais qu’est-ce qu’ils font de notre pognon ?» Pour payer de bons salaires, il faut des entreprises compétitives et un Etat qui confisque moins. La fin des 35 heures est une perspective. Enfin, l’insécurité des classes moyennes n’est pas que matérielle, mais aussi identitaire. La droite doit répondre à ces deux angoisses.

Vous avez pris parti en faveur de la chloroquine. Mais l’efficacité de ce traitement est toujours débattue par les médecins. Est-ce le rôle d’un politique d’intervenir dans de tels débats ?

Dans le débat sur la loi bioéthique, nous avons beaucoup entendu : «Les chercheurs veulent…» Moi, je crois que la vie et la mort concernent tous les Français, pas seulement les médecins. Ce virus est une saloperie qui tue des milliers de personnes. Nous n’avons ni traitement ni vaccin. Et voilà un professeur aux allures de barde celtique mais reconnu dans le monde entier, entouré d’une formidable équipe, qui a des résultats. Il semble qu’à Marseille, on meurt quatre fois moins qu’ailleurs. Alors qu’est-ce qu’on risque à utiliser ce traitement, bien sûr sous prescription médicale, alors que ses contre-indications et effets secondaires sont parfaitement connus ?

Mais ce sont les études qui diront si ces résultats sont attribuables ou non au traitement.

Bien sûr. Mais même dans ce cas, il y a un conflit entre la méthodologie habituelle et le nécessaire empirisme du moment. Le temps de l’étude «randomisée» n’est pas le temps de la crise sanitaire. Et en termes éthiques, peut-on donner un placebo à des gens tirés au sort dans le cas d’une maladie mortelle, alors que le traitement à base de chloroquine semble fonctionner ? Quand les autorités médicales sont divisées alors que l’incendie fait rage, c’est au politique de prendre ses responsabilités.

Propos recueillis par Dominique Albertini


«Cette crise sonne la défaite du progressisme» B. RETAILLEAU - Le Figaro - 09/04/20

Tous les jours, Le Figaro interroge une personnalité sur la façon dont elle envisage l'après coronavirus. Le président du groupe LR au Sénat espère qu'une «autre vision de l'homme, avec le respect de certaines limites et de certaines permanences» se dégagera de cette crise.

LE FIGARO. - Le premier ministre Édouard Philippe a dit que cette crise allait révéler ce que «l’humanité a de plus beau et de plus sombre». Qu’avez-vous vu pour l'heure ?

BRUNO RETAILLEAU. - Le plus sombre, ce sont les morts évidemment. Mais je voudrais retenir le plus lumineux : la générosité de nos compatriotes, la combativité de tous ces Français modestes qui, aujourd’hui, sont en première ligne. Aides-soignantes, caissières, chauffeurs routiers agriculteurs : ce sont eux aujourd’hui les premiers de cordée, ceux qui tiennent à bout de bras la corde de l’activité. Puisse cette leçon de dignité être aussi, pour certains, une leçon d’humilité.

Qu’allez-vous apprendre de cette épreuve de confinement ?

Le confinement nous apprend beaucoup de notre modernité. Depuis tôt le matin jusqu’à tard le soir, nous sommes reliés au monde grâce au numérique. Je suis devenu incollable sur les qualités et les défauts respectifs d’une dizaine d’applis de réunions à distance ! Ces technologies bouleversent les conditions de la conversation civique. Mais nous voyons bien que rien ne remplace un contact physique, une réunion «à l’ancienne». Certes nous communiquons, mais nous ne nous parlons pas vraiment. Et puis dans cette assignation à résidence, nous redécouvrons l’importance des nôtres, du cercle familial, de la demeure. Dans le «restez chez vous», il y a comme un pied de nez au mouvement perpétuel de notre époque.

Et la France ?

Comme à chaque fois qu’elle traverse une épreuve, la France se révèle à elle-même. Les expressions de solidarité, le désir d’unité, l’acceptation d’une amputation des libertés de chacun pour le bien de tous, sont autant de déclarations d’appartenance à un même peuple. Sauf dans certains territoires, où la sécession identitaire s’affirme désormais dans la sécession sanitaire. Il y a dans cette épreuve la redécouverte que nous ne sommes pas des individus isolés, déliés les uns des autres. Nous sommes au contraire comptables les uns des autres, liés par une même solidarité nationale. C’est cette conviction qui peut peut-être réunifier enfin notre archipel.

Voyez-vous des choses à changer dans le pays ?

Au sortir de ce drame collectif, le choix pour la France sera radical : se relever ou s’affaisser. Aurons-nous la lucidité et le courage de nous débarrasser définitivement des erreurs du passé ? Je vois bien déjà ceux qui sont tentés par les vieilles recettes : encore plus d’interventionnisme, toujours plus de dépense publique. Ce sont des raisonnements archaïques. Nous sommes les champions du monde de la dépense publique et de la dépense sociale et nous n’avons cependant eu d’autre choix que de gérer la pénurie. Notre État est omniprésent et pourtant il est impotent. Il nous faudra éliminer les réflexes bureaucratiques et reconstruire un État stratège et souverain, en libérant aussi l’initiative des forces vives.

Est-ce que cette période va changer des choses dans votre vie ?

J’ai relu Cinq méditations sur la mort, autrement dit sur la vie de l’académicien François Cheng. Mais ce qui me hante, c’est l’effroi de ceux qui meurent seuls, c’est la détresse de ces familles endeuillées, privées d’un véritable accompagnement de leurs défunts. N’oublions pas que le sacrifice d’Antigone, qui irrigue toute notre civilisation, naît de son exigence d’une sépulture pour son frère.

Quelles leçons pensez-vous que notre pays en tirera ?

J’espère que nous quitterons le marais des idées molles et que nous aurons la force de nous débarrasser des idées fausses. Pour les premières, cette épidémie signe le retour du tragique, dans notre vie collective comme pour le terrorisme, mais aussi dans nos existences individuelles. Chacun de nous perçoit au-dessus de lui l’ombre de l’épée de Damoclès, c’est cela qui est très nouveau. Cette crise sonne la défaite du progressisme avec sa croyance au progrès perpétuel, à l’émancipation individuelle, à l’abolition des frontières et des nations. Mais il faudra aussi dire la vérité aux Français : la qualité de nos services publics ne dépend pas du niveau de notre dépense publique. Et on ne pourra pas maintenir nos standards sociaux en travaillant moins que les autres nations.

À quoi ressemblera, selon vous, l’après ?

Je me garderai bien de me poser en prophète. Mais j’espère vraiment que la crise que nous endurons ne nous conduira pas à confondre les causes et les conséquences. Nous devrons apporter un antidote à l’impuissance publique. C’est l’oubli de nos intérêts vitaux qui nous a privés de protections. C’est le court-termisme d’une bureaucratie d’État qui nous a dépourvu de toute capacité d’anticipation de la menace. Une autre conception de la politique doit s’imposer, avec une autre vision de l’homme, avec le respect de certaines limites et de certaines permanences. La condition de l’homme, c’est justement qu’elle n’est pas sans conditions ! La politique ne peut pas être seulement l’instrument de la satisfaction des désirs individuels et de la gestion des moyens matériels. Il faudra renoncer à la croyance que l’on peut construire le bien commun par l’addition des droits individuels et réintroduire notre nation souveraine dans le cours de l’Histoire.

Propos recueillis par Marion Mourgue


Un discours qui essaie de ne choquer personne et de ménager tout le monde

Le discours d’Emmanuel Macron était confus sur le fond et très faible sur les mesures. C’est un discours très ambigu, qui essaie de ne choquer personne et de ménager tout le monde. En revendiquant l’existence d’identités multiples en France et en parlant de stigmatisation Emmanuel Macron est une fois de plus dans une posture multiculturaliste et victimaire. Il ne peut pas y avoir de En même temps dans la lutte contre l’islamisme.

Sur le fond, le président de la République a tort de dire qu’il ne s’agit pas d’un problème de laicité. C’est bien au nom de pratiques religieuses que les islamistes cherchent à constituer une contre-société, avec des symboles comme le voile ou des revendications comme les horaires différenciés dans les piscines. Quand le président fait un tel contre-sens sur la laicité, il se condamne à l’impuissance.

Sur les mesures, elles sont très faibles ou très floues et ne permettront pas de faire régresser l’islamisme territorial. Rien sur les expulsions des prêcheurs de haine, rien sur l’assimilation sans laquelle on ne pourra pas lutter contre le communautarisme. Je trouve très dangereux d’instituer le CFCM comme l’interlocuteur privilégié du dialogue avec l’Etat quand on sait que son délégué général, il y a quelques semaines, expliquait que Mila l’avait bien cherché... Le CFCM est une instance qui nourrit trop de liens avec les pays étrangers pour être totalement indépendante.

En réalité, Emmanuel Macron n’a ni le logiciel, ni les ministres, ni la majorité pour combattre efficacement l’islamisme.

Bruno RETAILLEAU

B. RETAILLEAU - BFMTV - 18/02/20

Islamisme : Bruno RETAILLEAU était l'invité d'Apolline de Malherbe mardi 18 février 2020.


[INTERVIEW] "Contre l'islamisme, il sera bientôt trop tard" B. RETAILLEAU - JDD - 16/02/20

INTERVIEW - Avant le discours d'Emmanuel Macron mardi sur le communautarisme, le chef des sénateurs Les Républicains Bruno Retailleau présente son plan pour "gagner la guerre contre l'islamisme". Centres de rétention pour djihadistes, déchéance de nationalité pour les binationaux, "peine d'indignité nationale" pour les Français... il détaille ses propositions et pointe la complaisance de certains élus.

Emmanuel Macron va dévoiler cette semaine ses premières pistes contre le « séparatisme ». Dites-vous « enfin » ?

Il a fallu trois ans à Emmanuel Macron pour savoir si on devait parler de « communautarisme » ou de « séparatisme ». Pendant ce temps, on est en train de perdre le combat contre l’islamisme, que nous devons mener sur trois fronts simultanément : celui du djihadisme et du terrorisme ; dans les enclaves territoriales islamistes ; contre le politiquement correct. Bientôt, il sera trop tard. Il faut réagir immédiatement. Ce qui manque surtout, c’est la lucidité et le courage, qu’il s’agisse de l’islam politique, de la laïcité ou de l’immigration. Car on ne doit plus dissocier, par conformisme, les dérives communautaristes du laisser-aller migratoire. La vérité, c’est qu’on ne peut assimiler des populations toujours plus nombreuses.

Y a-t-il des territoires aux mains des islamistes en France ?

Il y a des enclaves qui se referment, oui. On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas. Les doctrinaires islamistes le disent : leur stratégie est de créer des contre-sociétés salafistes, des mini-États islamiques sur le territoire français. Ce sont des bombes à retardement, les terreaux des vocations djihadistes de demain. La DGSI a dénombré 150 de ces enclaves. Il faut d’abord que l’État en établisse un diagnostic sur la base d’une cartographie.

Et ensuite ?

Dans ces enclaves, il faut créer et déployer une force d’intervention républicaine pour concentrer des moyens exceptionnels : police et gendarmerie, mais aussi magistrats, travailleurs sociaux, services fiscaux et douanes… Cette stratégie, proposée notamment par le général Soubelet, doit nous permettre de traiter ces quartiers un par un, en profondeur, en mobilisant des moyens massifs jusqu’à ce que nous ayons repris le contrôle. Il faut aussi faciliter la fermeture des mosquées islamistes. Seules deux l’ont été en 2019. Nous devons pouvoir les fermer quand des discours de haine y sont tenus. Il faudra modifier la loi Silt en ce sens.

Y a-t-il des élus complices des islamistes ?

Bien sûr. À droite comme à gauche. Je propose donc un contrôle de légalité renforcé pouvant aller jusqu’à une mise sous tutelle républicaine d’une collectivité par le préfet lorsqu’on constate des manquements graves.

Que faire des djihadistes souhaitant rentrer en France ?

Il ne doit pas y avoir de retour en France pour ceux qui ont trahi leur pays. Ils doivent être jugés sur place, par les États ou un tribunal international. Les binationaux doivent être déchus de leur nationalité française. Pour les Français, je propose une peine d’indignité nationale avec interdiction d’accès au territoire français. Nous devons interdire tout séjour en France pour ceux qui nous menacent, et mener une politique active d’expulsion des étrangers dangereux. C’est possible avec l’arsenal dont nous disposons.

Ne serait-il pas plus sûr de garder les djihadistes dans nos prisons plutôt qu’à l’étranger ?

Non, parce que notre système carcéral est en situation d’échec. Comme l’a résumé un jeune chercheur, Hugo Micheron, nos prisons sont en réalité « l’ENA du djihadisme ». Elles fonctionnent comme une machine à disséminer l’islamisme. Avec 522 individus concernés fin 2019, c’est le premier réservoir humain de djihadistes en Europe. Face à cela, il faut des moyens supplémentaires pour le renseignement pénitentiaire, mais aussi créer des centres de détention pour djihadistes garantissant une étanchéité totale.

Des personnes condamnées pour activités en lien avec une entreprise terroriste vont être libérées dans les mois qui viennent. Que faire ?

Dans les deux prochaines années vont sortir de prison plus d’une centaine de djihadistes condamnés avant la loi de 2016 renforçant la lutte contre le crime organisé et le terrorisme. Avec Philippe Bas et Marc-Philippe Daubresse, nous proposerons dans les tout prochains jours un dispositif qui permette d’étendre à ces individus les mesures de surveillance et de rétention de sûreté prévus par la loi de 2016.

Est-ce constitutionnel ?

Pour que cela soit constitutionnel, ces dispositions devront être limitées aux individus condamnés pour des crimes de terrorisme et représentant un degré élevé de dangerosité. Mais je le dis solennellement : si l’action publique est entravée, alors il faudra faire un référendum. Il s’agit de protéger la société française. C’est une question de vie ou de mort.

Vous dénoncez le « politiquement correct ». Est-ce vraiment le sujet ?

Une partie du combat se joue dans les esprits. Il faut nommer correctement les choses, et on ne le fait pas. On est passé de l’excuse sociale à l’excuse psychiatrique. Mais le djihadisme n’est pas une pathologie. C’est une idéologie. « Radicalisation » est aussi un mot piégé parce qu’il banalise. Posons le bon diagnostic et refusons le piège de l’islamophobisme.

Qu’entendez-vous par « islamophobisme » ?

On l’a encore vu à l’œuvre avec la jeune Mila. Il a un double objectif : empêcher toute critique de l’islam en réhabilitant le délit de blasphème et solidariser tous les musulmans en leur faisant croire qu’il y aurait une haine antimusulmane en France. Le 10 novembre, on a vu des hommes politiques de premier plan tomber dans ce piège et manifester aux côtés de gens criant « Allah Akbar ». Aucun de ceux qui y sont allés ne mérite le qualificatif de républicain. L’islam n’est pas intouchable et nos libertés ne sont pas négociables.

Propos recueillis par Christine Ollivier


Le Conseil d’État vient de donner une leçon au Gouvernement

La circulaire Castaner qui cherchait à tripatouiller le résultat des élections municipales s’apparentait à un coup de force contre la démocratie.

Le Gouvernement ne voulait pas que les Français aient une photographie juste du résultat des élections municipales. On retrouve avec cette manœuvre les travers du macronisme : une tendance à préférer le théâtre et l’ambiguïté à la vérité.

La manœuvre était double :

-      - Pas d’étiquette politique en dessous de 9000 habitants parce que LaREM n’est pas capable de gagner des mairies dans cette strate de population ;

-     - L’apparition d’une nouvelle catégorie politique « listes divers centre » qui regrouperait non seulement les listes investies par LaREM mais également les listes plus ou moins soutenues par laREM.

C’était une véritable manipulation qui permettait à LaREM de gonfler ses résultats et de revendiquer des victoires là où elle n’aurait même pas eu de candidat.

Le pot aux roses a été dénoncé par de nombreux juristes et le Conseil d’État vient d’infliger un véritable camouflet au Gouvernement. Il a relevé une erreur manifeste d’appréciation et une atteinte à l’égalité entre les nuances. Le Gouvernement est sévèrement désavoué.

C’est le deuxième désaveu après l’avis sur le projet de loi retraite en quelques jours. Le Conseil d’Etat vient de donner une leçon au Gouvernement et de lui rappeler que nous étions dans un état de droit. Le pouvoir ne peut pas s’assoir sur la démocratie et tout se permettre.

 

Bruno RETAILLEAU