Sénatoriales: le marathon vendéen de Bruno Retailleau - Le Figaro - 16/09/20

REPORTAGE - Le sénateur LR aura parcouru 258 communes en trois mois sur un terrain favorable où ses soutiens l’attendent pour la présidentielle.

Un rituel de campagne réglé comme du papier à musique. Quand la C4 Picasso blanche se gare à proximité de la mairie, Bruno Retailleau s’empresse d’en sortir, se dirige vers le coffre de la voiture, ouvre un carton et saisit une pile de tracts «Union pour la Vendée». Dans ce document de 16 pages distribué aux grands électeurs, on retrouve ses combats, le rôle du Sénat et même un mot élogieux signé Gérard Larcher que les partisans du sénateur, candidat pour la troisième fois, dégustent avec gourmandise. «Bruno Retailleau est une chance pour la Vendée, pour le Sénat et pour la France», écrit le président du Sénat.

Détendu, sans cravate mais concentré, Retailleau enchaîne les rencontres avec une régularité de métronome. Jard-sur-Mer, Saint-Vincent-sur-Jard, Talmont-Saint-Hilaire, Les Sables-d’Olonne… Une seule journée illustre le tempo qu’il s’impose depuis trois mois avec les deux autres sénateurs de la Vendée pour décrocher un nouveau mandat le 27 septembre. «On ne change pas une équipe gagnante!»,explique-t-il tout sourire dans la voiture, en présence de ses collègues parlementaires Annick Billon (UDI) et Didier Mandelli (LR).

L’équipage se livre durant une heure aux questions très variées des élus. Chacun a en mémoire les scores très encourageants de 2014. Face à six listes concurrentes, dont deux divers droite dissidentes, la liste Retailleau avait raflé 68,48 % des suffrages. «Nous avions largement été élus sur l’image de Bruno et ce qu’il représentait en tant que président du département. Aujourd’hui, nous pouvons rassembler plus largement mais je dois reconnaître humblement que j’ai profité du TGV Retailleau», confie la centriste Annick Billon, 2e de liste. Cette année, la droite affronte cinq listes (PS, LREM, RN, PC, Verts) et il n’y a plus de dissidence.

Le juriste Armel Pécheul (il fut responsable d’un groupe de travail sur les valeurs auprès de Jacques Chirac en 1995) se rallie à l’Union pour la Vendée après une aventure concurrente il y a cinq ans. «Nous avons plutôt intérêt aujourd’hui à nous rassembler autour d’une personnalité comme Bruno. Beaucoup se retrouvent derrière son discours et le personnage a pris une dimension nationale qu’il n’avait pas à l’époque», considère le premier adjoint des Sables-d’Olonne, la cité tenue par Yannick Moreau (LR).

Nombreux mandats locaux

En Vendée, Bruno Retailleau se sent comme un poisson dans l’eau. «Il est apprécié pour sa constance et la sincérité de ses convictions. Même ceux qui ne partagent pas ses opinions reconnaissent son travail», assure la sénatrice Billon. Moins hostiles que certains membres des Républicains, qui lui reprochent d’incarner une «droite dure incapable de rassembler», ses partisans vantent au contraire son aptitude à travailler avec toutes les sensibilités de la droite et du centre. Il le fait au Sénat comme il l’a fait au cours de ses nombreux mandats locaux, plaident-ils. De 1988 à 2017, Retailleau fut conseiller général, député, président du département et président de la région Pays de la Loire.

Qui sera le candidat retenu à droite?? Il est encore trop tôt pour le dire mais dans les valeurs qu’il exprime, Bruno Retailleau peut rassembler

Armel Pécheul, juriste et membre de l’Union pour la Vendée

Pour justifier son «marathon» de 258 communes, le sénateur parle de «respect» envers les électeurs mais aussi de la nécessité de prendre le pouls du territoire. Par exemple, pour Retailleau, cette campagne de terrain révèle le poids croissant du sentiment d’insécurité en zones rurales. Un phénomène dont il n’avait pas mesuré l’ampleur. «Notre société se délite et devient de plus en plus violente. Qu’est-ce que vous comptez faire?», lui lance un élu d’opposition à Saint-Vincent-sur-Jard. Le sénateur reconnaît la justesse du constat puis déroule sa réponse en trois mesures portées au Parlement: des sanctions pour chaque infraction sans rappel à la loi, pas de réaménagement de peines pour les multirécidivistes et des centres de courtes peines, comme aux Pays-Bas.

Depuis son discours de La Baule, fin août, Bruno Retailleau a réveillé une impatience chez ses soutiens de Vendée. Beaucoup voient en lui un présidentiable et le poussent à relever le défi. «Qui sera le candidat retenu à droite? Il est encore trop tôt pour le dire mais dans les valeurs qu’il exprime, Bruno Retailleau peut rassembler», estime Armel Pécheul. Parmi les partisans fervents, le maire de Talmont-Saint-Hilaire, Maxence de Rugy, s’affiche en première ligne. L’élu, cousin éloigné du député LREM François de Rugy, fut surtout le chef de cabinet de Retailleau au département. «Évidemment, je vois pour lui un autre destin, un destin national. J’aimerais qu’il devienne président de la République. S’il se lance, nous serons derrière lui car nous avons besoin de gens qui disent la vérité. Il y a la place pour un réconciliateur. Et Bruno peut être l’électrochoc dont la France a besoin», s’enthousiasme le jeune maire vendéen.


La délinquance et la violence prennent des proportions inquiétantes

L’été aura été meurtrier pour les forces de l’ordre. Encore une fois un délinquant deja condamné pour rébellion a tué un policier père de famille. C’est la même logique, celle du refus de toute l’autorité et celle d’une absence de réponse pénale adaptée qui a conduit à la mort d’un chauffeur de bus il y a quelques semaines où à celle de la jeune gendarme près d’Agen.
Mes pensées vont aux familles de ces victimes qui ne faisaient que leur travail.
Le gouvernement ne peut plus se contenter de la seule fermeté d’un communiqué. La fermeté doit être la règle. Il est grand temps que la politique pénale en France fasse un virage à 180 degré et que ceux qui commettent des délits contre les biens et les personnes ne bénéficient d’aucune indulgence dès le premier délit. C’est à la police de faire peur aux délinquants ; les peines doivent être prononcées rapidement et réellement exécutées.
La délinquance et la violence prennent des proportions inquiétantes .
Une remise en question générale des politiques pénales suivies depuis Mme Taubira devient urgente parce qu’elles ne fonctionnent pas et qu’elles conduisent à une insécurité qui ne cesse de croître. J’appelle Emmanuel Macron à sortir de l’angélisme et du laxisme qui a caractérisé son action depuis le début du quinquennat.


[REPLAY] B. RETAILLEAU invité de BFMTV - 16/07/20

Bruno RETAILLEAU était l'invité d'Apolline de Malherbe sur BFMTV le jeudi 16 juillet 2020


"Je dénonce les tartuffes qui vantent la souveraineté française alors qu'ils l'ont bradée" B. RETAILLEAU dans le JDD

Patriotisme économique, ministère de la Réindustrialisation et relocalisations : Bruno Retailleau, sénateur de la Vendée, détaille au JDD le "plan de rebond" des sénateurs LR. 

Patriotisme économique, ministère de la Réindustrialisation et relocalisations : Bruno Retailleau, sénateur de la Vendée détaille le "plan de rebond" des sénateurs Les Républicains, après la crise du Covid-19. Il plaide également pour "une fiscalité 'bleu, blanc, rouge'" pour relancer la compétitivité des entreprises françaises. "Le repli n'est pas français, assure le président des sénateurs LR. Il faut avoir l'esprit de conquête et affronter la ­concurrence". Bruno Retailleau fustige les "tartuffes qui ­vantent la souveraineté française alors qu'ils l'ont bradée".

Vous proposez, avec les sénateurs LR, un "plan de rebond", dans lequel vous plaidez pour une "nouvelle souveraineté". Est-ce la priorité?
La souveraineté est un antidote au décrochage économique qui nous ­menace, ­comme à ­notre fatigue démocratique. Les ­Français ne croient plus ceux qui les gouvernent, parce qu'ils pensent qu'ils ne les écoutent pas ou qu'ils ne ­contrôlent plus rien. La ­crise sanitaire l'a montré : nous ne maîtrisons plus ­notre destin ­parce que nous ­sommes dépendants ­d'autres ­nations. Si on ­n'aborde pas ce ­sujet, les centaines de milliards d'euros dépensés dans les plans de ­relance français et européen seront des coups ­d'épée dans l'eau. Ils serviront à relancer l'emploi non pas en France, mais en ­Chine. C'est pour ça qu'un plan de ­rebond doit comporter des ­mesures de ­relance et un choc de compétitivité, mais aussi des instruments pour mieux nous protéger.

Aujourd'hui, le souverainisme est à la ­mode

En ­avril, ­Macron avait justement affirmé sa volonté de "rebâtir une indépendance agricole, sanitaire, industrielle et technologique"…
Je ­dénonce les tartuffes qui ­vantent la souveraineté française alors qu'ils l'ont bradée. Qui peut ­croire que ceux qui ont vendu ­Alstom aux ­Américains, les Chantiers de l'Atlantique aux ­Italiens, qui ont voté le ­Ceta [traité de libre-échange entre l'UE et le Canada] à l'Assemblée vont incarner le patriotisme économique et la relocalisation en ­France? Que ceux qui ont refusé de fermer les frontières au plus fort de l'épidémie vont restaurer la souveraineté française? Ces ­tête-à-queue idéologiques ­donnent le tournis! Le ­monde qui est en train de s'écrouler, c'est le leur, ­celui de la mondialisation heureuse, où on nous a demandé de nous ­démettre de notre souveraineté pour s'en ­remettre au seul marché. Aujourd'hui, le souverainisme est à la ­mode. Il l'était moins quand je me suis battu contre la ­vente des Chantiers de l'Atlantique, la privatisation d'ADP, ou quand j'ai ­voté ­contre le traité de Lisbonne.

Vous voulez relocaliser des activités. Comment?
Pour réarmer la ­France, il lui faut un ­glaive et un bouclier. Le ­glaive, c'est la compétitivité. C'est pour ça qu'il faut augmenter le temps de travail, ­réduire les ­impôts de production, supprimer la C3S [contribution ­sociale de solidarité des sociétés] et les ­charges patronales au-­delà de 1,6 fois le smic. Je propose aussi une fiscalité "bleu, blanc, ­rouge" : une entreprise qui relocaliserait bénéficierait pendant cinq ans de 50% de dégrèvement de ses cotisations et de 100% s'il ­s'agit d'un secteur stratégique. Nous ­avons aussi ­besoin d'un ministre de la Réindustrialisation économique à plein temps, distinct du ministre des Finances ou des ­Comptes publics.

Patriotisme économique, ministre de la Réindustrialisation… On croirait ­entendre ­Arnaud ­Montebourg! Vous ­n'êtes plus libéral?
La liberté et la compétition sont nécessaires. Mais je veux que ­cette dernière soit ­loyale. Le ­repli n'est pas français. Il faut avoir l'esprit de ­conquête et affronter la ­concurrence. On ne relocalisera pas avec la fiscalité la plus élevée ­d'Europe, car c'est donner des ­semelles de plomb à nos entreprises. Dès lors, plutôt que de distribuer de l'argent ­public, baissons les ­impôts et les ­charges. Et ­parce que la compétitivité, c'est aussi l'innovation, créons un crédit d'impôt sur l'investissement industriel et la transformation numérique.

Il faut de ­toute ­urgence changer le logiciel européen

Quid du "bouclier"?
Nous ­devons protéger nos entreprises stratégiques ­contre les prédateurs. Il faut renforcer le ­contrôle des investissements étrangers, en abaissant de ­façon permanente à 10% le seuil de détention des droits de ­vote dans une entreprise française déclenchant la procédure de leur autorisation préalable pour les secteurs stratégiques. Créons aussi un fonds souverain consacré à la protection de nos entreprises stratégiques, qui ­serait ­abondé par l'épargne des Français. Et il faut de toute ­urgence changer le logiciel européen.

Pourquoi?
Que faisait ­l'Europe pendant la ­crise sanitaire? Elle négociait un accord agricole avec le ­Mexique… Et la Commission va proposer de ­réduire de 10% la surface agricole en Europe. Dans un secteur stratégique – l'alimentation –, on va délocaliser ­notre surface de production pour importer davantage de produits étrangers, à grand renfort d'empreinte carbone et en désespérant nos agriculteurs. On ­marche sur la ­tête! Je ­demande un sommet européen extraordinaire. On ­aura beau multiplier les milliards pour la ­relance, si on ne ­change pas la ­doxa de la ­concurrence ­pure et parfaite, ce sera le tonneau des Danaïdes. Nous ­devons nous appuyer désormais sur un principe fondateur, la préférence européenne, et exiger la réciprocité dans nos ­échanges. La nouvelle doctrine de la ­concurrence ­devra aussi ­être favorable à la constitution de champions européens. Et instaurons un "Buy European Act", pour que les commandes ­publiques profitent aux entreprises européennes, sur le ­modèle de ce qui ­existe ­déjà aux Etats-Unis, au ­Canada ou au ­Japon.

Comment reconstruire une "souveraineté sanitaire"?
En 2018, l'­Agence nationale du médicament a signalé vingt fois plus de situations de pénurie de médicaments que dix ans auparavant. C'était bien avant la ­crise. Qu'avons-nous fait? Rien. Nous proposons une relocalisation de la production de médicaments à ­l'échelle européenne. Pour ça, dès lors qu'un produit figurerait sur une liste de médicaments d'intérêt sanitaire et stratégique (Miss) et qu'il pourrait ­être fabriqué en ­Europe, les produits équivalents fabriqués hors de l'UE ne ­seraient plus remboursés par la Sécurité sociale. Cette préférence européenne l'emporterait aussi dans les ­appels ­d'offres des hôpitaux.

Préférence européenne et réciprocité, est-ce réaliste?
Aujourd'hui, oui, ­parce que la mondialisation est en train de se reconfigurer. La réciprocité, c'est ­dire aux ­nations du ­monde que désormais ­l'Europe ­refuse de se faire plumer. Et puisque nous défendons l'excellence écologique, appuyons-nous sur notre puissance commerciale : 450 millions de ­consommateurs au pouvoir d'achat élevé. Je propose de créer une frontière ­verte en reprenant l'idée du Prix Nobel d'économie ­William ­Nordhaus d'un "club climatique" : il faut dire aux ­autres pays que, s'ils ­veulent ­vendre des marchandises sur ce marché exceptionnel, ils ­doivent respecter l'accord de Paris. Sinon, nous les taxerons.

 

Propos recueillis par Christine Ollivier.

Journal du Dimanche, 14 juin 2020.


[REPLAY] B. RETAILLEAU - CNEWS - 03/06/20

Bruno Retailleau était l'invité de Gérard Leclerc sur CNEWS le mercredi 3 juin 2020. L'occasion de revenir sur les sujets qui font l'actualité.


“La droite reste encore trop faible” B. RETAILLEAU dans Valeurs Actuelles

Il a été le premier et le dernier des lieutenants de François Fillon et, aujourd'hui, le président du groupe Les Républicains au Sénat avance parfois seul face au gouvernement, se démarquant de la prudence de son parti. Réputé pour sa technicité et son fond, l'homme s'épanche rarement sur la politique en tant que telle. Exception est faite ici.

Valeurs actuelles. De la polémique sur le manque de masques à la préservation de la responsabilité pénale des élus en passant par l'obtention des tests pour les laboratoires départementaux, on vous a personnellement vu en première ligne, durant cette crise. Comment définiriez-vous votre stratégie ?
Bruno Retailleau. La politique relève pour moi, non pas d'une mystique, comme dirait Charles Péguy, mais à tout le moins d'un engagement total. Je ne veux pas qu'habiter le ciel des idées, je souhaite avoir prise sur le réel. Le décalage entre les déclarations d'autosatisfaction de l'exécutif et la réalité m'a souvent fait bouillir.

En période de crise, comment dissocier la notion d'opposition et celle de récupération ?
J'estime que, dans les crises, le devoir des responsables publics de tout bord, c'est d'être aux avant-postes. C'est notre job de prendre des risques pour le bien des Français. On s'expose. Cependant, le temps de crise provoque mécaniquement une surcommunication de l'exécutif. L'espace médiatique pour l'opposition se rétracte, quand celui de l'exécutif se dilate. Cela se vérifie d'autant plus avec Emmanuel Macron, puisqu'il adore l'exercice oratoire, les mots détachés de leurs conséquences. Que signifie la souveraineté nationale quand on refuse de fermer les frontières et qu'on dilapide nos fleurons industriels ?

Que signifie la souveraineté nationale quand on refuse de fermer les frontières et qu'on dilapide nos fleurons industriels ?

Êtes-vous tenté, par légitimisme, de retenir vos coups ?
Non. La ligne que je me suis fixée depuis le début de la crise n'a pas dévié : bienveillance et exigence. Bienveillance, car notre rôle de parlementaire n'est pas de mettre des bâtons dans les roues du gouvernement en faisant de l'obstruction un réflexe pavlovien. Je vote sans état d'âme les collectifs budgétaires pour lutter contre le désastre économique. Mais l'exigence demeure notre mission première. Celle qu'on doit aux Français. Cette crise a été très mal gérée. De manière à la fois chaotique et cacophonique. Je ne vois pas pourquoi il ne faudrait pas le dire. La démocratie, ce n'est pas : “Silence dans les rangs !”

Cela étant posé, quelle méthode vous fixez-vous ?
(Silence.) Je n'émets jamais de critiques sans avoir vérifié mes sources. Je n'émets jamais de critiques qui relèvent de l'agression personnelle. Je m'efforce d'être sans concession sans tomber dans la facilité : je ne me réveille pas chaque matin en réclamant la démission d'un ministre.

Sortez-vous du printemps plus adversaire d'Emmanuel Macron que vous n'y étiez entré ?
Cette crise a révélé deux faillites. Celle du progressisme et celle de l'étatisme. La première avec l'effondrement de la croyance dans un progrès perpétuel, l'émancipation individuelle et la mondialisation heureuse. Rappelez-vous : le 10 mars encore, Emmanuel Macron morigénait le chancelier autrichien pour avoir osé fermer les frontières de son pays avec l'Italie. Pour l'étatisme : la sclérose bureaucratique nous a privés de masques et de tests malgré un endettement et un taux de prélèvements obligatoires records.

Voyez-vous en Emmanuel Macron un personnage dogmatique plutôt que pragmatique ?
Je vois surtout en lui quelqu'un qui n'a pas su renouer le fil brisé avec le peuple français. Il n'y est pas parvenu au cours de ses interventions, souvent trop longues, où sa parole relevait plus de l'interprétation que de l'incarnation. On sentait un manque d'authenticité. Je dirais presque une forme de distance, comme s'il était spectateur de lui-même et des événements. Son goût pour l'exercice oratoire, que j'évoquais tout à l'heure, ne le conduit nulle part. Or, le propre de la parole publique tient dans le fait qu'elle doit être le commencement d'une action. Chez Emmanuel Macron, il y a une dissociation totale entre les deux.

Emmanuel Macron n’a pas su renouer le fil brisé avec le peuple français.

Quand Emmanuel Macron désavoue Édouard Philippe, que cela signifie-t-il ?
Ce que le président de la République reproche au Premier ministre, ce sont certaines de ses propres insuffisances. Même si j'ai de nombreuses critiques à lui faire, on voit bien qu'Édouard Philippe fait le job et que la meilleure protection du Premier ministre, c'est l'extrême difficulté d'Emmanuel Macron pour le remplacer.

Avec la création d'un nouveau groupe à l'Assemblée nationale, le quinquennat risque de basculer vers la gauche. N'est-ce pas un paradoxe, si l'on considère que la réserve de voix d'Emmanuel Macron se trouve encore à droite ?
L'assise du macronisme s'est rétrécie. Le président de la République avait, certes, donné des signaux à notre électorat, au début de son quinquennat, mais les Français de droite sont en train de se rendre compte de la tromperie. Que le macronisme est la rencontre d'une gauche convertie au capitalisme financier et d'une philosophie de l'hyperindividualisme. Qu'il est en quelque sorte la fusion du gauchisme culturel et du néolibéralisme économique.

Idéologiquement, géographiquement, où était la droite, ces trois derniers mois ?
Elle était au Parlement et dans les collectivités territoriales, malgré un gouvernement qui légifère par ordonnances et agit de manière très jacobine.

Le groupe Les Républicains de l'Assemblée nationale vote de manière disparate… Et il n'y a pas eu de contre-projet à proprement parler.
Si, nous avons fait de nombreuses contre-propositions. Sur l'autorisation pour les collectivités territoriales d'importer des masques, sur la massification des tests, sur le masque obligatoire, sur la clarification de la responsabilité des maires et des chefs d'entreprise… Mais, au-delà de la crise, la droite reste encore trop faible. Il n'est pas normal qu'avec une telle cote de défiance du gouvernement, dans un quinquennat fissuré, qui, en réalité, est presque terminé, la droite ne se soit pas reconstituée comme une force capable d'incarner une alternative.

La droite retombe dans ses vieux travers, à commencer par celui de sa grande attirance pour le “tout à l’ego”

L'inertie de groupe entrave-t-elle, dans votre famille politique, l'initiative individuelle ?
Le groupe LR au Sénat, c'est plutôt une dynamique qu'une inertie : nous sommes les premiers opposants de l'exécutif. Et la politique, c'est rassembler, sinon on termine dans une cabine téléphonique. Mon rôle est de coordonner ce travail d'équipe, mais cela ne me prive ni de ma liberté ni de ma singularité.

En novembre 2016, lors de l'écrasante victoire de François Fillon à la primaire, ou en décembre 2017, quand Laurent Wauquiez emporta haut la main la présidence du parti, la ligne fut à chaque fois tranchée fermement. Pourquoi, trois ans après, la droite en est-elle toujours à chercher sa définition ?
Car nous retombons dans nos vieux travers, à commencer par celui de notre grande attirance pour le “tout à l’ego ”. La droite est gauloise. Elle est querelleuse. Nous sommes des individualistes impénitents. Par ailleurs, la droite est prisonnière de l'identité miroir : ce sont les autres qui nous définissent. Or, nous n'avons pas à jouer le jeu que veulent nous imposer nos adversaires, qui tour à tour nous accusent d'être trop libéraux ou trop sociaux, trop souverainistes, trop étatistes, c'est selon. La droite, c'est d'abord la nation libre, c'est cette conscience qu'il y a quelque chose de supérieur, qui transcende les individus et les communautés, et qui permet de former un peuple, donc un destin, mais avec des citoyens qui gardent toute leur responsabilité. Le reste, ce sont des étiquettes que l'on colle ou décolle au gré des modes ou des événements.

Dans le degré d'urgence, quel est le ratio entre la crise économique et la crise de sens ?
Le matériel rejoint l'immatériel. Les ressorts du développement économique résident d'abord dans les facultés humaines. Dans la préservation d'une culture qui nous donne les ressorts pour nous projeter en avant. Or, le matérialisme nous a desséchés.

Le projet des Républicains semble plus évasif, moins marqué. Certains disent qu'il s'agit ainsi d'une manière de préparer un atterrissage sans encombre pour François Baroin.
Le pire risque pour la droite serait de ne pas prendre de risques. La droite, par paresse, s'est trop souvent alignée sur la pensée dominante, nous sommes rarement allés au bout de nos discours. Par conformisme et par peur du politiquement correct, nous avons revendiqué le pragmatisme sans nous rendre compte que le seul pragmatisme réduit la politique à de la gestion.

Les responsables politiques français doivent cesser de s’appuyer sur les mêmes mensonges qu’on nous inocule depuis 40 ans

Vous qualifieriez-vous de dissident ?
Oui. Il est temps de quitter le marais des idées molles. Et des idées fausses. La France est à la croisée des chemins. Les décisions que nous allons prendre à la sortie de cette crise dessineront sa trajectoire, le risque de sortir de l'histoire universelle est réel. Il faut que les responsables politiques français cessent de s'appuyer sur les mêmes mensonges qu'on nous inocule depuis quarante ans. Le moment n'est pas à l'eau tiède. Et je crois fermement que l'on peut défendre des convictions fortes - sur l'Europe, la démocratie, une nouvelle prospérité française - tout en rassemblant autour de ces idées.

Quelle est votre méthode pour fédérer ?
Les partis sont devenus extrêmement faibles, aujourd'hui. Il faut imposer sa ligne en se tournant directement vers les Français. Emmanuel Macron ne sera pas qu'une exception. Il y a une désarticulation des cadres collectifs, une “archipelisation” : on le voit dans la politique partisane, l'Église, le syndicalisme. Nous sommes dans un temps de grandes ruptures. La droite doit formuler une politique de civilisation, qui s'appuie sur sa conception anthropologique de l'homme. Ce qui nous distingue des progressistes, c'est que nous croyons que la condition humaine n'est pas sans conditions. Elle doit accepter des limites - tout n'est pas possible - : une écologie humaine et une éthique de la personne, comptable des autres et non pas simple individu désaffilié de tout… Sauf de l'État !
À droite, la question de la désignation du candidat n'est pas encore résolue, mais le pire serait l'entre-soi, la connivence, la petite cuisine entre quelques-uns. Les Français refusent de subir un scénario écrit à l'avance. Ils voudront s'extraire du duo Marine Le Pen-Emmanuel Macron. Mais c'est indécent de parler de ça en ce moment.

À quel stade en est votre relation avec les Français ?
Franchement, je ne m'en préoccupe pas. Tout vient à son heure. J'ai toujours construit ma relation politique aux autres dans l'action, avec les Vendéens au conseil départemental, avec les habitants des Pays de la Loire quand j'ai été président du conseil régional, aujourd'hui avec les parlementaires. Je ne suis pas dans le storytelling.

Peut-on diriger la droite sans être adoubé par Nicolas Sarkozy ?
Bien sûr. Si la droite était prisonnière de son passé, elle ne pourrait jamais se réinventer.

Valérie Pécresse ou Xavier Bertrand sont davantage que vous présentés comme présidentiables. Est-ce parce qu'ils assument plus leurs ambitions ?
Cela tient peut-être au fait qu'ils ont été ministres, qu'ils capitalisent sur la notoriété que cela leur a procurée. Notoriété que, par ailleurs, les médias font prospérer par panurgisme. L'ambition est nécessaire. Mais dans ces temps de crise… Si les Français ressentent l'ambition comme premier moteur, ils ne le supporteront plus. Le premier moteur, ce doit être la volonté de dire la vérité et d'en tirer vraiment les conséquences pour notre pays. Après, les Français choisiront… Et ils choisissent de plus en plus tard.

 


Accord de libre échange avec le Mexique : la France doit faire jouer son droit de veto.

La crise sanitaire a malheureusement révélé de nombreuses faiblesses dans notre pays. On peut citer notre dépendance à l’étranger concernant par exemple la fourniture de médicaments ou de matériel médical. La France et l’Europe ont perdu leur indépendance sanitaire.

Il y a un domaine dans lequel notre pays, grâce au travail des agriculteurs, a gardé une réelle capacité à produire, il s’agit de l’agriculture et de l’agroalimentaire. On ne peut que se féliciter d’avoir conservé notre souveraineté alimentaire. Pendant la crise il n’y a pas eu de pénurie alimentaire.

Dans ces conditions, comme si étions condamnés à perpétuellement refaire les erreurs du passé, la Commission européenne vient de proposer de baisser de 10% la superficie des terres cultivables en Europe et donc en France. Et parallèlement, elle propose un accord de libre échange avec le Mexique qui touche justement aux produits agricoles. Le Mexique pourra produire et exporter en Europe ce que les terres européennes ne seront plus autorisées à produire. Tout cela est absurde. Il y a urgence à stopper ces dérives.

Le Président de la République et le Gouvernement ne peuvent pas rester silencieux ; j’attends de leur part une condamnation ferme et sans équivoque, une dénonciation de l’absence de lucidité des instances européennes. Je demande à la France de faire jouer son droit de veto.

Bruno RETAILLEAU


« Cette épidémie risque d'accentuer le décrochement de la France » B. RETAILLEAU - Les Échos - 21/04/21

Le président du groupe LR au Sénat reproche à l'exécutif de ne pas avoir « d'autre stratégie que de gérer la pénurie ». Il se dit favorable à un geste supplémentaire pour « ceux qui sont au front » et à l'annulation de la dette fiscale et sociale des entreprises ou associations les plus impactées. Et il prône, demain, une hausse du temps de travail.

Le nouveau budget de crise arrive au Sénat ce mardi. Le voterez-vous ?

Globalement, il paraît à la hauteur de la difficulté. Mais il mérite d'être amélioré. Si la concorde nationale impose à l'opposition un esprit de responsabilité, elle exige aussi de l'exécutif qu'il entende l'opposition. Je serais stupéfait qu'il ne reprenne pas un certain nombre d'améliorations qui vont dans le sens d'une meilleure protection des Français.

Que proposez-vous ?

Pour montrer notre reconnaissance à ceux qui sont au front, les primes ne suffisent pas. Ce que nous proposons, nous, en plus de la prime exceptionnelle promise, c'est la défiscalisation et le déplafonnement des heures supplémentaires au-delà de 5.000 euros, avec exonération des charges sociales. Ensuite, pour un certain nombre d'entreprises ou d'associations qui vont perdre quasiment une année d'activité, comme dans le tourisme ou la culture, il faut envisager dès maintenant la transformation du report de dette fiscale et sociale en une annulation. Sacrifions les impôts d'aujourd'hui au profit de l'impôt de demain parce que si ces entreprises font faillite, elles ne contribueront plus.

Nous souhaitons aussi proposer la création d'un médiateur du crédit, interentreprises, qui est indispensable en temps de « guerre » : que des entreprises reportent le coût de la crise vers leurs fournisseurs n'est pas acceptable. Je l'ai proposé il y a plusieurs semaines déjà et nous avons perdu beaucoup trop de temps. Enfin, il faut aider les associations caritatives qui prennent soin des plus démunis : le plafond du taux de défiscalisation de 75 % pour les dons pourrait être porté de 546 à 2.000 euros pour les particuliers et de 10.000 à 20.000 euros pour les entreprises. Cette crise nous invite à dépasser l'individualisme contemporain habituel.

Comment gérer le déconfinement à partir du 11 mai ?

Sanitaire et économie vont de pair car l'état de l'économie influe aussi sur l'état sanitaire de nos sociétés. Ce sont les pays qui ont le moins bien contrôlé l'épidémie - la France en fait malheureusement partie - qui vont déconfiner le plus tard. Or le coût économique de la crise est d'autant plus important que le confinement est généralisé et qu'il dure. En France, il sera astronomique parce que nous n'avons pas anticipé le début de cette crise, alors que nous avions les moyens de le faire.

Ce qui me trouble, aujourd'hui, est que nous ne faisons pas davantage preuve d'anticipation pour le déconfinement. C'est tout de suite qu'il faut tester massivement, pour détecter, tracer les contacts et isoler. Au moins dans les zones où le virus est très actif, si nous n'avons pas les moyens de le faire partout. C'est tout de suite qu'il faut généraliser le port du masque. Quand Olivier Véran affirme que « le masque ne remplace pas le geste barrière », c'est une sottise. Le masque lui-même est un geste barrière. En réalité, la stratégie de la France, c'est la stratégie des pays qui n'ont pas d'autre stratégie que de gérer la pénurie.

Vous êtes sévère. Pour vous, l'exécutif serait à la traîne depuis le début…

Depuis le début. Je n'ai jamais dit qu'il ne fallait pas confiner. L'objectif était de désengorger les services de réanimation et, de ce point de vue, cela fonctionne. Cette stratégie permet de freiner l'épidémie mais en aucun cas de casser la chaîne de contamination. Aujourd'hui, on renvoie dans leurs familles des personnes qui sont encore contagieuses.

Par ailleurs, les inconvénients du confinement deviennent supérieurs aux bénéfices que l'on peut en attendre. Sur le plan humain, c'est loin d'être neutre : l'isolement tue, parce que des personnes âgées se laissent glisser et aussi parce que d'autres renoncent à consulter pour des maladies qui s'aggravent dangereusement. Sur le plan économique, l'arrêt de l'économie aura un impact énorme et durable. Parce que nous aurons déconfiné tardivement sans avoir anticipé les conditions du déconfinement, l'écart va se creuser avec d'autre pays, dont les entreprises seront prêtes à redémarrer avant les nôtres. Cette épidémie risque d'accentuer notre décrochement.

Pour Xavier Bertrand, « cette crise est un révélateur des inégalités et d'un capitalisme à bout de souffle ». Etes-vous d'accord ?

Elle est révélatrice d'abord de la bureaucratisation d'un Etat trop jacobin, à la fois omniprésent et impotent. Elle traduit aussi un blocage idéologique : l'exécutif a longtemps refusé d'envisager la fermeture des frontières alors que cette évidence s'était imposée partout. Rien non plus n'a été dit lors de la conférence de presse de dimanche sur le rôle, pourtant essentiel, de la médecine de ville. Tout se passe comme s'il n'y avait que l'hôpital.

Et puis, ne nous trompons pas de diagnostic. La France est loin d'appliquer les recettes du capitalisme mondial : c'est le pays où la fiscalité est la plus lourde, la plus progressive, la plus redistributive, et où la part des dépenses publiques est la plus élevée. Cette crise, ce doit être la mort du néolibéralisme, mais pas la mort de la liberté, bien au contraire. Moi je suis pour un capitalisme d'entrepreneurs, le capitalisme rhénan - ou vendéen -, mais ni pour le capitalisme financier anglo-saxon, ni pour le socialisme…

Est-ce aussi une réponse à ceux qui, à LR, veulent un grand aggiornamento sur des bases sociales ?

Au sortir de cette crise, la France va avoir le choix entre le relèvement et l'affaissement. Rien ne serait pire que de nous laisser aller aux mensonges qui ont trompé les Français depuis trente ans. On leur a fait croire qu'en travaillant moins, nous pouvions garder à la fois les standards sociaux auxquels nous sommes à juste titre attachés et notre niveau de vie. Depuis 2000, notre richesse par habitant par rapport aux Allemands a diminué de 13 %. Nous sommes sur le chemin de l'appauvrissement collectif.

Il faudra donc selon vous revenir sur la réduction du temps de travail ?

Oui, à la fois pour améliorer notre richesse nationale et le salaire des Français. Ce débat est encore prématuré parce qu'il ne faut pas se perdre dans des querelles qui détournent du combat contre l'épidémie, mais le moment viendra où, si nous voulons rebondir, nous n'aurons d'autre choix que le sursaut. Je ne connais pas dans l'Histoire de cas où on puisse traverser une épreuve et s'en relever sans un surcroît d'effort.

Faut-il aussi revenir sur les baisses d'impôts prévues ?

Non. Je pense qu'on terminera l'année avec une croissance de moins 10 %, un déficit de 10-12 % du PIB et une dette supérieure à 120 %. Mais on ne rembourse pas la dette en augmentant les impôts. On la rembourse en créant de la richesse. Notre croissance potentielle, nous pouvons la maîtriser par l'offre de travail et un surcroît d'investissement. C'est pourquoi il faudra aussi mettre le paquet, demain, sur l'allègement des contraintes qui pèsent sur l'investissement public et privé. Demain le grand chantier de la simplification , toujours évoqué, jamais réalisé, sera impérieux.

 

Propos recueillis par Pierre-Alain Furbury