Ne plus jamais laisser personne mourir seul : le meilleur moyen de rendre hommage à tous les morts du COVID.

Bruno Retailleau veut déposer une proposition de loi pour garantir aux personnes âgées et malades un droit de visite.
Le Parisien du 18 avril 2021.

Ne plus jamais laisser personne mourir seul, loin de ses proches. La crise sanitaire inédite dans laquelle est embourbée la France a accouché d'un drame sourd : l'incapacité pour des milliers de Français d'accompagner un parent dans ses derniers jours. Afin d'y remédier, la droite sénatoriale doit déposer cette semaine une proposition de loi « tendant à créer un droit de visite pour les malades, les personnes âgées et handicapées qui séjournent en établissements ». « On a laissé mourir des gens, coupés de la tendresse de leurs proches. C'est un manquement au devoir d'humanité », déplore le président du groupe (LR) au Sénat, Bruno Retailleau, qui va présenter la proposition de loi. S'il salue « le dévouement et l'abnégation des soignants », il dénonce « des manquements » auquel il veut s'attaquer.

Car si le droit de visite existe déjà, c'est le chef de l'établissement de santé qui conserve le pouvoir décisionnaire en la matière. Mais pour le sénateur, et les associations qui se mobilisent sur le sujet, la crise sanitaire ne peut plus justifier le refus de dernières visites. « Un établissement de santé ne peut s'opposer à une visite à laquelle consent un patient », sauf en cas de menace sur l'ordre public ou pour la santé du patient, prévoit le projet de texte que nous avons pu consulter. Le refus de ces visites devrait être également motivé et très encadré. Concernant les patients en phase terminale, il est prévu de leur garantir un droit de visite quotidien, que l'établissement dans lequel ils sont pris en charge se doit d'organiser.

« Mon père est décédé en novembre dernier. Pendant les 17 jours de son hospitalisation, on n'a pas pu lui rendre visite. Ni eu la possibilité de voir sa dépouille », raconte Laurent Frémont, qui dénonce la « violence » de la situation. Ce doctorant en droit public a cofondé une association, « Tenir ta main», le 17 mars dernier, pour sensibiliser les pouvoirs publics à la nécessité de légiférer afin que ces circonstances ne puissent pas se reproduire. Laurent Frémont assure que son association a reçu quelque 8000 témoignages de proches de défunts « partis seuls ».

Le 9 avril, c'est une tribune parue dans Libération, soutenue par l'association, qui a aussi tenté d'alerter le grand public. « Nous l'affirmons avec force, l'abandon de tant de nos patients, de nos mourants et de nos défunts depuis le début de cette pandémie constitue un recul de civilisation considérable dont nous commençons tout juste à mesurer les effets », écrivent les cosignataires, parmi lesquels le directeur de l'Espace de réflexion éthique d'Ile-de-France, Emmanuel Hirsch, l'urgentiste Patrick Pelloux ou la psychologue de renom Marie de Hennezel.

Inscrire ce droit dans la loi, cette dernière l'appelait déjà de ses voeux dans nos colonnes, jeudi dernier. « Oui, oui, oui, il le faut, maintient encore cette spécialiste de la fin de vie. Nous ne savons pas de quoi demain sera fait, avec leCovidou avec un autre virus. Le droit de visite doit être un acquis, et non une variable d'ajustement des établissements. Seule une inscription dans la loi peut le protéger. Je le redis, mourir dans la dignité, c'est avant tout mourir avec ses proches à côté. »

Interrogé le 16 février dernier à l'Assemblée nationale, le ministre de la Santé Olivier Véran avait redit « l'engagement du gouvernement » à défendre ce droit de visite. L'association « Tenir ta main » l'a sollicité mais n'a pas obtenu de réponse. Elle a pu rencontrer la conseillère santé d'Emmanuel Macron, et doit voir Marlène Schiappa, ministre déléguée à l'Intérieur, ce jeudi. Bruno Retailleau estime, lui, que sa proposition de loi « doit dépasser tous les clivages partisans », « c'est le meilleur moyen de rendre hommage à tous les morts du Covid».

 


3 questions à... Jean-Louis Thiériot sur la réforme de l'État

1. Comment et pourquoi la crise a-t-elle agit comme un révélateur de l’urgence à réformer notre État ?

La crise de la Covid révèle ce que nous disons depuis des années, que la France est paralysée par un Etat obèse et impotent, c’est-à-dire un état qui pèche doublement, par son inefficacité et par son coût.

L’inefficacité est patente : sans être cruel, il suffit de se rappeler le fiasco des masques, le fiasco des tests qui a empêché de mettre en œuvre le « dépister, tracer, isoler », le fiasco de la politique vaccinale qui nous laisse confinés quand la Grande Bretagne ou Israël reprennent une vie quasi normale et le fiasco, enfin, de la remontée en puissance des lits de réanimation. Ces échecs résultent de la perte de l’esprit de mission de notre exercice politique et de la dilution des responsabilités. Sans être exhaustif, les décisions de santé relèvent du ministre, de la haute autorité de santé, de Santé Publique France, de l’ANSM et au niveau régional des ARS sur lesquels les préfets de département ou de région n’ont pas directement autorité. Si l’on y ajoute le juridisme, le principe de précaution poussé à l’extrême, la suradministration (24% d’administratif dans les hôpitaux allemands / 34% en France), l’absence de culture de crise, c’est une véritable polysynodie qui paralyse l’Etat, l’empêche d’agir vite et fort et multiplie les injonctions contradictoires. Il faut revenir à une maxime simple « un chef, une mission, des moyens » en ayant en tête l’effet majeur souhaité et en mettant de côté les détails. De ce point de vue, les protocoles sanitaires de plusieurs dizaines de pages ont été des chefs d’œuvre de complexité bureaucratique. Je suis d’accord avec Bruno Retailleau quand il souligne que l’administration n’est pas le problème : le vrai responsable c’est le politique qui a sous-traité et dilué son pouvoir !

Outre son inefficacité, cette multiplication des échelons décisionnels est extrêmement coûteuse. Avant le Covid, la part des dépenses publiques (fiscales et sociales) dépasse 58% du PIB contre une moyenne européenne à 48%, l’Allemagne ou la Grande Bretagne étant à 44%. En soi, ce ne serait pas très grave si nous étions plus efficaces. Hélas, les faits prouvent le contraire. Depuis 1980, la population a augmenté de 22%, le nombre de fonctionnaires de 44%. Et il y a moins de services de proximité. L’importance démesurée de la dépense publique accroît la charge fiscale et donc réduit la compétitivité de nos entreprises et la croissance du pays qui depuis les années Jospin est constamment plus faible que celle de l’Allemagne, alors qu’elle était équivalente durant les décennies précédentes. Le chômage, la désindustrialisation, la perte de souveraineté économique sont les enfants dramatiques du surpoids de l’Etat. Pour rétablir notre compétitivité, il faut fixer une trajectoire : rejoindre la moyenne européenne à 48% en 5 ans ou 10 ans avant de fixer le principe d’une règle d’or, sauf situation de crise exceptionnelle. La croissance et la stabilisation de la dépense devraient permettre d’y parvenir tout en restaurant un Etat mince et agile.

 

2. De nombreux discours et propositions sont faites en matière de réforme de l’Etat. Pourtant la dépense publique française est toujours plus importante pour une efficacité qui laisse à désirer : l’Etat en France est-il réformable ?

Il n’y a aucune fatalité. Dans les années 70, on parlait de la Grande Bretagne, paralysée par l’étatisme comme l’homme malade de l’Europe. Dans les années 90, l’Allemagne s’interrogeait sur l’avenir du Standortsdeustchland. Le déclinisme de ces deux pays a été vaincu par les réformes énergiques de Margaret Thatcher et de Gerhard Schröder. Et le Royaume-Uni était encore plus bloqué par des syndicats marxistes que la France aujourd’hui. Le drame est que la plupart des pays européens ont mis un terme au glissement de leurs dépenses, dans les dernières décennies. La France a laissé filer ses déficits depuis 1974, dernière année un notre budget a été en équilibre. A nous de le faire aujourd’hui.

Pour y parvenir, il faudra une vision, une méthode, une espérance.

  • La vision, c’est une réforme cohérente pilotée par un chef d’orchestre qui propose un plan global sur le modèle du rapport Pinay-Rueff qui, sans aucun tabou, réexamine toutes les missions de l’Etat en en mesurant l’utilité et la nécessité. Il faudra au préalable mener une analyse mission par mission à partir du terrain, en évaluant chaque politique, chaque norme, chaque agence, chaque administration.
  • La mise en œuvre devra être rapide, probablement par ordonnances. Le temps politique est court. L’état de grâce qui cumule nouveauté et légitimité démocratique impose d’agir vite en se limitant à quelques réformes vitales. La distinction faite par le général de Gaulle entre service extraordinaire et service ordinaire est toujours opérative. Le service ordinaire peut être mené dans la durée. Le service extraordinaire dans les six mois ou dans l’année qui suit notre retour aux affaires, en évitant les réformettes.
  • L’espérance, c’est mettre en œuvre la réforme au nom de ce qui dépasse la stricte orthodoxie budgétaire qui n’est qu’un moyen, et pas une fin pour retrouver la grandeur française et la maîtrise de notre destin dans la mondialisation. Il s’agit de poser les bases du retour de la production française, de la souveraineté française, de la puissance française qui ne peuvent être redressées qu’à condition de redresser l’attractivité nationale. Concrètement, il ne s’agit surtout pas de promettre seulement du sang, de la sueur et des larmes et de jouer les Cassandre, mais de mener le redressement productif en améliorant rapidement le pouvoir d’achat du travail quitte à retarder de quelques années le retour à l’équilibre. Bref, une France puissante où il fait bon vivre.

Réformer le pays est un ardent impératif. Le fatalisme n’est pas une option. Nous pensons comme Julien Gracq que « lorsqu’on gouverne, rien n’est pire que le lâcher prise. »

 

3. Quelles seraient les 2 ou 3 priorités pour engager une réforme efficace ?

  • En termes constitutionnel, instauration d’une règle d’or à terme et interdiction de sur-transposer les normes européennes au-delà de la moyenne des transpositions pour rétablir une concurrence loyale.
  • En termes d’organisation de l’Etat, suppression de la plupart des agences indépendantes pour rendre à l’Etat, politiquement responsable, la plénitude de son autorité et restaurer le pouvoir des préfets départementaux avec autorité sur tous les services exerçant dans le département.
  • En termes budgétaire, avoir le courage politique de porter l’âge de la retraite à la moyenne européenne. Une année de cotisation en plus représente au moins 20 milliards par an. Cette réforme est la mère de toutes les réformes car c’est celle qui permet le plus de gains financiers et qui est parfaitement légitime avec l’allongement de l’espérance de vie. Elle redonnerait des marges de manœuvre.

Aujourd’hui le politique administre le peuple et gouverne les choses. Il est temps de faire l’inverse : gouverner le peuple avec autorité et administrer sagement les choses, en ayant à l’esprit, toujours, la boutade de Pompidou « Arrêtez d’emm… les Français » !

 

Jean-Louis THIÉRIOT
Député LR de la Seine-et-Marne
Avocat et essayiste, auteur de De Gaulle, le dernier réformateur (2018)


À SON AVIS... "Une aide active à mourir entraînerait un bouleversement majeur dans la relation au soin."

A MON AVIS, on ne peut oublier que depuis un an, personnel de santé et pompiers se battent et s’exposent pour sauver des vies. Depuis un an, nos concitoyens acceptent de voir leurs libertés mises entre parenthèses. Depuis un an, pour sortir au plus vite de cette ambiance mortifère, nous avons sacrifié nos activités économiques, sociales et culturelles. Nous déplorons la perte quotidienne de 250 personnes. C’est pourtant le moment qu'ont choisi des députés pour revendiquer la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté. Initiative étrange, incongrue, provocatrice et méprisante pour tous ceux qui se battent chaque jour pour sauver des vies et s’engager au service des plus vulnérables d’entre nous. Cette initiative copie la législation belge avec des règles qui, sur de nombreux points, vont même au-delà de la législation d’Outre-Quiévrain.

Ce texte, en recourant à l’expression d’« assistance médicalisée à mourir », se refuse à employer les mots d’euthanasie et de suicide assisté. Il est d’une grande imprécision sur les modalités de la procédure, alors que celles-ci sont les garanties constitutionnelles d’une liberté personnelle, le droit à la vie. Nous avons la chance d’avoir un modèle de protection sociale de la santé en France qui met le patient au centre de son projet. L’euthanasie casserait tout cet édifice. Au-delà des dérives observées en Belgique, la légalisation de l’euthanasie ne répond nullement au sentiment d’abandon des patients en fin de vie, ni à leur isolement. Une aide active à mourir entraînerait un bouleversement majeur dans la relation au soin.

Les partisans de l’euthanasie et du suicide assisté partent du postulat que la solution à la souffrance est la mort. Ils ont la vision théorique d’un être abstrait, maître de son destin, alors que la pandémie nous invite à l’humilité et que le patient par nature est vulnérable, ambivalent et influençable. Par ailleurs, les défenseurs de l’euthanasie avancent que les Etats n’ayant pas légalisé l’euthanasie seraient en retard par rapport à une avant-garde européenne incarnée par le Benelux. Le raisonnement est spécieux, chaque pays agissant avec ses convictions, sa culture et ses valeurs. Pour autant, il faut admettre la réalité du mal mourir dans notre société et offrir des réponses à ceux qui appréhendent une fin de vie dans la souffrance. S’il faut se réjouir de l’annonce d’un nouveau plan de soins palliatifs par le ministre de la santé, celle-ci survient après deux ans d’inaction. Les lois de 2005 et 2016 ont accru les droits des malades en fin de vie mais tout reste à faire pour mieux diffuser la culture palliative par un gros effort de formation afin d’adapter la culture médicale aux enjeux de la fin de vie. Par rapport à la médecine qui guérit, la médecine palliative est moins bien considérée, aussi faut-il revoir notre système de financement de la santé, en privilégiant la prise en charge globale du malade plutôt que le seul traitement de sa maladie. Assurer une égale répartition entre les structures hospitalières et les soins à domicile sur tout le territoire constitue enfin une priorité. C’est dans ces trois directions exigeantes qu’il faut s’engager, de préférence à une voie hasardeuse dont on connaît désormais tous les risques, aboutissant à 12 000 euthanasies par an, si on transpose à la France les pratiques suivies en Flandre. Pour toutes ces raisons, j'ai voté contre l'article 1 de ce texte qui propose de légaliser l’euthanasie.

Patrick HETZEL
Député du Bas-Rhin, secrétaire général de Force Républicaine


A son avis... L'agilité et l'imagination nous permettront de ne plus subir.

Pendant l'épidémie du COVID, la rigueur et le sérieux des professionnels de santé ont permis au système de soins de s'adapter et de tenir, même si les coûts humains ont été énormes.

Car l'épidémie a mis en évidence nos faiblesses. Parmi elles, l'hyperbureaucratisation et la centralisation auxquelles il faudra mettre un terme. C’est d'ailleurs ce que propose aussi Bruno Retailleau. Les solutions existent pour réformer véritablement l’hôpital et notre système de soin et il nous faudra collectivement relever les nombreux défis auxquels nous faisons face.

A MON AVIS, il faut d’abord régionaliser le système hospitalier et cibler les financements vers les soins plus que vers les administrations. Nous devons aussi former plus de médecins et de paramédicaux, et réfléchir à de nouveaux métiers ainsi qu'à des passerelles réelles entre professions pour mettre fin aux déserts médicaux et aux lits fermés par défaut de personnel.

Faire collaborer la médecine de ville, l'hôpital et les structures médico-sociales grâce à des "parcours patients" est aussi essentiel : à la médecine de ville, le suivi des pathologies chroniques ; à l'hôpital, la prise en charge des diagnostics complexes et des complications aiguës. Les informations médicales devraient être partagées entre la médecine de ville, l'hôpital et les EHPAD. Nous devons aussi profiter de la digitalisation de la médecine et des objets de santé connectés pour améliorer la qualité des soins. Le contexte l’a montré, nous manquons cruellement de lits de réanimation en temps de crise comme celle que nous traversons : augmentons nos capacités d'urgence et de réanimation pour que l'âge des patients ne soit plus une variable d'ajustement quand le système craque. La publication des résultats des hôpitaux pourrait à la fois guider les patients et inciter à améliorer la qualité des soins.

Enfin, la prévention est restée le parent pauvre du système : l'exercice, la santé environnementale et la qualité de l'alimentation doivent être des priorités nationales. Le recours en routine à l'intelligence artificielle et à des outils tels que la métagénomique doivent nous aider à bâtir les outils de surveillance épidémiologiques qui nous ont manqué. Enfin, la France a raté les avancées scientifiques de cette crise : les vaccins à ARN messagers et le séquençage. Nous devons rebâtir une recherche innovante et attractive. Au-delà, l'apprentissage de la démarche scientifique à l'école, salutaire pour notre recherche, aidera à former des citoyens à l'esprit critique éclairé et à l'intelligence ouverte.

Il faut que nous tirions collectivement les leçons de cette crise, que nous fassions preuve d'agilité et d'imagination pour ne plus subir.

Philippe Juvin, chef des urgences de l'hôpital européen Georges Pompidou à Paris et Maire LR de La Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine)


Il faut aller au-delà de l’attachement à la République, qui n’est qu’un régime de gouvernement.

Valeurs actuelles. Interview de Bruno Retailleau du 26 mars 2021.

 

Le projet de loi du gouvernement sur le séparatisme arrive au Sénat. Comment faut-il le comprendre ?

Bruno Retailleau. On attend le dernier moment pour se pencher sur un problème crucial. Emmanuel Macron n’a pas pu ne pas s’apercevoir de l’urgence à combattre l’islamisme : les attentats ont commencé avec Mohammed Merah en 2012, puis se sont accélérés avec Charlie Hebdo et le Bataclan en 2015 ! À l’époque, il est à l’Élysée, proche de François Hollande, puis ministre avant d’arriver à la tête de l’Élysée… et il attend la dernière année de son quinquennat !

C’est d’autant plus grave que cette loi manque sa cible, puisqu’elle n’ose pas nommer les choses. On voit bien la protestation des autres cultes qui ne posent aucun problème à la République. Mais puisque cette loi ne nomme pas ce qu’elle prétend combattre, qu’elle ne cible pas ce fléau qu’est l’islamisme, tout le monde en prend pour son grade de manière injuste.

Il y a enfin un manque évident dans ce texte : la question de l’immigration.

Pourquoi devrait-elle selon vous y figurer ?

Parce que nous avons renoncé à l’assimilation, parce que nous ne régulons pas les flux migratoires, parce que le pouvoir – avant même Emmanuel Macron – s’est refusé à contrôler l’immigration qui dans bien des quartiers, sur bien des territoires, s’est constituée en contre-société.

Les flux migratoires échappent désormais à tout contrôle. Emmanuel Macron est d’ailleurs le seul chef d’État, en Europe, qui semble ne pas avoir pris la mesure du problème. Les flux sont désormais supérieurs à toutes nos capacités d’accueil. Résultat, nous avons beaucoup trop de personnes qui arrivent avec leurs cultures et qui refusent toute assimilation. Je parle d’assimilation et non d’intégration, car les deux ne sont pas sur le même plan. S’intégrer relève de la vie économique et sociale ; s’assimiler s’inscrit dans une dimension civilisationnelle. La liberté de conscience, l’égalité des sexes, la fraternité française : ces exigences sont des éléments de civilisation.

Disons les choses : c’est parce que notre machine à assimiler est grippée et que les flux migratoires sont ininterrompus que l’islamisme a pu se développer. L’immigration incontrôlée a servi de terreau au djihadisme d’atmosphère. Comment s’étonner qu’aujourd’hui des territoires entiers échappent à la République ?

Que devrait faire Emmanuel Macron ?

Quasiment tous les pays d’Europe ont durci leurs conditions d’accueil. La France a fait l’inverse. En Allemagne, par exemple, il existe un accord depuis le 1er août 2018 qui limite le regroupement familial. Il me semble pourtant que nous vivons sous le même empire de la même Cour européenne des droits de l’homme ! Au contraire, nous avons permis, par la loi asile et immigration de MM. Macron et Collomb, d’étendre le regroupement familial aux frères et sœurs des mineurs isolés. Nous permettons par ailleurs le regroupement familial pour un conjoint sans délai, sans condition de ressources, sans condition de logement. Beaucoup de pays freinent : nous accélérons. Résultat : la France est le pays le plus accueillant d’Europe et les filières mafieuses de passeurs l’ont parfaitement compris.

Vous avez évoqué la CEDH. Nous pourrions aussi relever l’inefficacité de notre politique d’expulsion ou le canal d’immigration creusé par les mineurs étrangers…Par quoi commenceriez-vous pour mettre un terme à ces dysfonctionnements ?

Au Sénat, Gérard Collomb, alors ministre de l’Intérieur, avait reconnu que « les migrants font un peu de benchmarking pour regarder les législations les plus fragiles ». Aujourd’hui, la France est le pays d’Europe le plus généreux pour le droit d’asile, l’accès gratuit aux soins, le regroupement familial ou encore la naturalisation. La priorité, c’est de renverser la table pour adresser le signal aux passeurs qu’en France, ce n’est plus “open bar” !

Le Rassemblement national parle depuis longtemps du concept de préférence nationale. Le terme est devenu explosif, mais, dans l’esprit, faut-il favoriser les Français en ce qui concerne l’accès à l’emploi, les allocations, les aides… ?

Il faut assumer que ce soit la cotisation qui déclenche la prestation. À partir du moment où quelqu’un est intégré, en situation régulière, respecte la loi et participe à la richesse nationale en cotisant, il peut évidemment bénéficier des aides de l’État. Mais le modèle social français, particulièrement généreux, ne peut être en accès libre. C’est la condition de sa survie. Il faut par ailleurs réduire les naturalisations en réactivant la disposition qui permettait avant 1993 de s’opposer par décret à la naturalisation pour défaut d’assimilation.

Est-ce que vous diriez, d’un point de vue statistique, qu’Emmanuel Macron est un président immigrationniste ?

Bien sûr. Sous sa présidence, la France a battu des records : Emmanuel Macron, c’est 2 millions de personnes immigrées en plus.

Si le lien entre immigration et terrorisme semble compris, celui entre immigration et insécurité peine encore à être admis. Faites-vous ce lien ?

Évidemment. Regardez l’exemple des mineurs isolés : le parquet de Paris lui-même a relevé que 75 % des mineurs jugés l’an dernier étaient des mineurs étrangers. Le lien est évident. Du reste, nous savons qu’une partie d’entre eux sont des faux mineurs. Je propose que le refus de se prêter à un test osseux constitue une présomption de majorité, afin d’expulser les faux mineurs isolés. Prenez encore l’agression d’un photographe reimois par un Algérien en situation irrégulière, huit fois condamné. Souvenez-vous des rixes entre bandes maghrébines et tchétchènes à Dijon l’été dernier. Allons plus loin : qui s’est chargé de faire appliquer la loi dans cette affaire ? En l’occurrence, les juges de paix ont été deux imams, venus de chaque communauté. Ce ne fut ni la mairie ni le commissariat. Et combien d’expulsions ont été effectives à la suite de ces violences ? Il faut réécrire le droit des étrangers, pour faciliter les expulsions. La Cour des comptes elle-même avait indiqué que « le nombre d’éloignements se heurte à des impasses de procédure ». On devait déjà beaucoup à François Hollande et Manuel Valls, mais tout s’est aggravé avec Emmanuel Macron sur ces sujets.

Il y a une question sans doute plus délicate que celle des nouveaux flux : celle des personnes d’origine étrangère qui tiennent un discours, adoptent un comportement ou professent des valeurs très différentes de celles de la France… Est-ce soluble ?

En France, on a longtemps refusé de transmettre des valeurs, à commencer par l’amour de la France. Jean-Pierre Chevènement le dit parfaitement d’ailleurs : il faut aller au-delà de l’attachement à la République, qui n’est qu’un régime de gouvernement. Comme la laïcité, la République ne peut pas à elle seule créer un attachement suffisant. Je cite Chevènement à dessein, parce qu’il est issu de cette gauche républicaine que je respecte.

Comment des jeunes nés de l’immigration peuvent-ils s’identifier à un pays qui bat sa coulpe en permanence et criminalise son histoire ? Lorsque vous désignez la France comme éternellement coupable, comme un anti-modèle, comment s’étonner ensuite que cette jeunesse la juge peu attirante ? Ce discours victimaire la pousse à se percevoir comme un peuple à part. Et Emmanuel Macron souffle sur ces braises. Il avait commencé pendant sa campagne en accusant la France de crime contre l’humanité lors de la colonisation. Et il persiste en désignant l’historien Pascal Blanchard à la tête du comité chargé de proposer des noms issus de la diversité afin de nommer des rues ou des places. Or Pascal Blanchard est un marchand de mémoire, un militant du décolonialisme et lors des polémiques récentes, il a fait le parallèle douteux entre « l’islamo- gauchisme » et le « judéo-maçonisme » utilisé dans les années 1930. En oubliant au passage que la source principale de l’antisémitisme aujourd’hui, c’est l’islamisme ! Cette disposition des élites à l’autoflagellation, à la “disqualification radicale”, pour reprendre les mots de Pierre Nora, est terrible.

En voulez-vous à Gérald Darmanin d’avoir déposé une gerbe à Alger sur un monument célébrant les soldats du FLN ?

Ce n’est pas ce que les Français demandent à un ministre du gouvernement de la République. C’est aussi cautionner la stratégie d’un régime algérien qui depuis des années a appauvri son peuple et qui nourrit une haine mémorielle contre la France, pour masquer ses propres échecs.

Est-ce que Gérald Darmanin est un bon ministre de l’Intérieur ?

Non, parce que les résultats sont mauvais. Aujourd’hui, tous les voyants sont au rouge : les rixes entre les bandes ont augmenté de 24 %, les homicides et tentatives d’homicide de 15 % et la délinquance s’impose désormais en milieu rural. Chaque jour, nous assistons impuissants à la chronique ordinaire d’une barbarie quotidienne. Pour y mettre fin, il faudra faire une révolution pénale. Cela ne servira à rien d’avoir un peu plus de policiers si les juges remettent en liberté les délinquants ! Pour que la peur change de camp, il faudra changer la loi. Je propose un principe simple : une infraction doit être sanctionnée par une peine et la peine exécutée.

Pour les mineurs, il faut pouvoir proposer de courtes peines de prison dans des établissements spécialisés pour leur faire prendre conscience de leurs actes. Je suis par ailleurs pour la responsabilité des magistrats et contre leur syndicalisation. L’angle mort du macronisme, c’est le régalien. Sa présidence aura été marquée par le désordre parce que le progressisme est un angélisme, bon pour un monde de Bisounours. Il perd le sens du tragique. En matière d’insécurité, d’immigration ou d’islamisme, le bilan d’Emmanuel Macron sera mauvais. Ces thèmes seront au cœur de la prochaine élection présidentielle, et c’est pour cela qu’Emmanuel Macron aura du mal à franchir le premier tour.

Quelle est selon vous sa faute première ?

Sa faute originelle, c’est Notre-Dame-des-Landes. Quand il donne raison aux opposants, contre 180 décisions de justice et contre le résultat d’une consultation populaire, il enclenche une mécanique destructrice. À partir de là, il ruine toute possibilité d’autorité.

Pour 2022, tous les candidats de droite auront-ils les mêmes préoccupations que vous sur ce sujet ?

S’adresser à la France populaire, c’est d’abord répondre à son angoisse identitaire. Bien sûr, la question du pouvoir d’achat est essentielle et nous devons y apporter des réponses fortes et crédibles. Mais ma conviction, c’est que la seule promesse d’amélioration des conditions matérielles de nos existences ne peut suffire. La France est devenue un archipel fragmenté. Pour faire d’une population archipellisée à nouveau un peuple, une nation, il faudra parler des conditions immatérielles sans lesquelles il n’y aura pas de relèvement. Les Français sont attachés à leur niveau de vie, mais plus encore à leur mode de vie. Ils ne veulent pas se sentir étrangers chez eux. Ils veulent qu’on leur reparle de la France qu’ils aiment. Deux mille vingt-deux n’échappera pas à cette question de l’identité qui taraude nos démocraties.

L’identité, c’était déjà le thème de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Pourquoi faire confiance à votre famille politique ?

Je comprends les doutes de nos électeurs : la droite n’a pas tout mal fait, mais c’est vrai qu’elle n’a pas été au bout de ce qu’elle avait promis, qu’il s’agisse de la dépense publique, de l’immigration ou du travail. Simplement, je ne me sens comptable de rien. Je n’ai fait partie d’aucun gouvernement. Nous devons, nous aussi, faire un inventaire. Ma famille politique doit sortir des demi-mesures. J’assume dans mon projet une certaine radicalité car la France est radicalement en danger.


UN REGARD SUR... le nucléaire et la politique énergétique de la France

Il y a entre le discours d’Emmanuel Macron au Creusot sur l’excellence de notre filière nucléaire et le projet de loi climat examiné en ce moment à l’Assemblée un gouffre. Cette industrie qui fournit à la France plus de 70% de son électricité apparaît comme une des grandes absentes de l’agenda politique du gouvernement alors qu’Emmanuel Macron en tressait les louanges dans son discours du 8 décembre 2020.

Dans le contexte de transition énergétique et d’augmentation de la consommation d’électricité que nous connaissons, la France, avec le nucléaire, peut être le leader européen de la production énergétique décarbonée : les italiens qui ont refusé le nucléaire par référendum nous achètent notre électricité et nous construisons les centrales nucléaires anglaises. Les espagnols ont détruit leurs paysages et leurs sols avec d’immenses champs d’éoliennes ; et les allemands après avoir abandonné le nucléaire au profit de l’éolien et du solaire, rouvrent des centrales à charbon, faute d’une production d’électricité suffisante !

L’industrie nucléaire fait vivre aujourd’hui 220 000 personnes et près de 3 000 entreprises sur notre territoire. Nous devrions en être fiers : cinquante ans de travail et de recherche de nos meilleurs ingénieurs et techniciens permettent aujourd’hui de produire avec 7 grammes d’uranium autant d’énergie qu’une tonne de charbon, sans émettre la moindre particule de dioxyde de carbone ! Au lieu de cela, depuis près de dix ans, nous complexons sur l’une de nos plus grandes forces.

Quand nos gouvernants accepteront-ils de voir enfin cette industrie du nucléaire comme le moyen d’avoir une avance considérable dans la transition énergétique ? Alors que les autres pays doivent décarboner leur électricité à coups d’énormes investissements, nous avons atteint cet objectif depuis déjà quarante ans. Nous pourrions être leaders dans l’étape de décarbonisation de nos transports et notre industrie grâce à l’hydrogène que nous pouvons obtenir sans polluer grâce à l’électricité produite par le nucléaire.

Pour éviter que le nucléaire français ne meure, le temps est compté.

  • En premier lieu, le Président doit initier le remplacement des réacteurs nucléaires actuels par ceux de la troisième génération, les réacteurs EPR. Les ingénieurs français sont prêts mais nous avons déjà été doublés par la Chine qui en a deux en fonctionnement depuis plus d’un an. Si rien n’est fait nous risquons de perdre définitivement notre maîtrise et notre savoir-faire.
  • En parallèle, il faut lancer le projet Cigéo qui règlera la question des déchets nucléaires. Ce projet d’enfouissement ultra-sécurisé n’attend plus que l’aval du gouvernement qui se laisse intimidé par des organismes anti-nucléaires.

Ces deux décisions courageuses et nécessaires verront-elle le jour ? Oui veut-on répondre en écoutant Emmanuel Macron au Creusot. Sans doute jamais quand on connaît la position de la Ministre en charge de l’énergie sur le nucléaire.

Mais que pense et que veut vraiment Emmanuel Macron en matière de politique énergétique ?

Une transition énergétique efficace et intelligente impose de refuser l’écologie politique, idéologie responsable de la fermeture de Fessenheim. Alors que cette centrale pouvait fonctionner jusqu’en 2041, la France doit maintenant acheter à l’Allemagne de l’électricité produite au charbon pour compenser les pertes ! L’écologie n’appartient à aucun camp, la préservation de notre environnement est une réalité qui demande du pragmatisme et non des croyances.

Enfin, le nucléaire est aussi le seul choix qui permettrait notre souveraineté énergétique. Un modèle énergétique reposant sur le solaire et l’éolien présente des limites pour notre environnement et notre biodiversité mais il est aussi contraire à nos intérêts économiques : les panneaux solaires sont aujourd’hui produits en Chine et les fabricants d’éoliennes sont danois, espagnols ou allemands. Rester à la pointe de la modernité dans le domaine du nucléaire doit donc être une priorité pour les dirigeants français. Cela commence par le rachat des turbines présentes dans les centrales vendues au géant américain General Electric sous l’autorité de… Emmanuel Macron, alors ministre des finances de François Hollande.

Relancer la filière nucléaire française est aujourd’hui indispensable pour protéger l’environnement et conserver notre indépendance énergétique. La France a les cartes en main, mais pour combien de temps encore ?

 

Caroline, 25 ans.


« Si nous n’enclenchons pas une révolution pénale, nous aurons une insurrection électorale »

Interview parue dans le Figaro le 11 mars 2021

Président du groupe Les Républicains au Sénat, le sénateur de la Vendée propose une série de principes et de mesures pénales pour lutter contre les phénomènes d’hyperviolence, dont l’actualité fait état sur le territoire national de manière régulière.

 

LE FIGARO.- Jean Castex organise une réunion interministérielle sur le phénomène brûlant des bandes, vendredi. Le gouvernement a-t-il les moyens de relever ce défi ?

Bruno RETAILLEAU.- Ce n’est pas un énième plan contre les bandes qui peut colmater la brèche. La Duchère, Rilleux-La- Pape, Bron, Pantin, Beauvais, Poissy, deux adolescents grièvement blessés, une jeune fille de 14 ans jetée dans la Seine, une rixe dans le 16e arrondissement de Paris… Chaque jour apporte son lot d’émeutes, de guérillas urbaines, de batailles rangées. Le phénomène des bandes a progressé de 24 % depuis 2019. Nous assistons à la chronique quotidienne d’une barbarie ordinaire.

Pourquoi jugez-vous urgent de sonner l’alarme ?

Car nous sommes en train de nous habituer à cette barbarie ! S’abandonner à la fatalité, c’est faire preuve de lâcheté. Au contraire, nous devons réagir car ces troubles à l’ordre public créent un trouble à l’ordre civique : plus d’un Français sur deux n’a plus confiance en la justice. Ce dont nous avons besoin c’est d’une révolution pénale, pour remettre les choses à l’endroit.

Quel bilan faites-vous des années Macron en matière de lutte contre l’insécurité ?

Dans ce domaine, son échec est flagrant. Sa faute originelle est d’avoir donné raison aux ultra-violents de Notre-Dame-des-Landes contre les décisions de justice et la démocratie. Il a enclenché un mécanisme profondément destructeur. Un cap a été franchi pendant ce quinquennat, non seulement dans le degré des violences mais aussi dans leur périmètre : il y a désormais une violence rurale que nous n’avions jamais connue.

Quelles sont les causes profondes de cette hyperviolence ?

Il y a un délitement de l’autorité familiale, l’école ne transmet plus certaines valeurs cardinales. Et là où il n’y a plus d’éducation, ni de transmission, la barbarie apparaît. À force d’avoir dit pendant des années que tout se vaut, la frontière entre le bien et le mal s’est effacée chez certains jeunes. Ce nihilisme est absolument terrifiant. Nous pourrons multiplier éternellement les Beauvau de la sécurité mais si nous ne traitons pas les causes, nous n’y arriverons jamais.

Que proposez-vous pour lutter contre ce fléau ?

La sanction est la première mesure éducative, le seul moyen pour que ces jeunes délinquants prennent conscience de la gravité de leurs actes. Il faut rétablir une proportionnalité entre la gravité de l’acte et la sanction. C’est la raison pour laquelle il faut ne faut plus que la main de l’État tremble : il faut une révolution pénale avec deux principes forts. Le premier consiste à remettre la victime au centre de la décision judiciaire. La question n’est pas de savoir si le délinquant peut avoir ou non des circonstances atténuantes mais d’évaluer les dommages de la victime, notamment en matière d’intégrité physique. Le deuxième principe est de ne pas avoir en France d’infraction sans peine, ni de peine sans exécution. En Loire-Atlantique, après 34 vols et cambriolages, un mineur de quinze ans a simplement écopé d’un rappel à la loi. Il faut supprimer le rappel à la loi. La loi n’a pas à être rappelée, la loi doit être appliquée. Je propose aussi d’abaisser la majorité pénale à 16 ans, puisque les 16-17 ans représentent plus de la moitié des jeunes délinquants dont nos juridictions sont saisies. Il faut encore envisager la création de courtes peines de prison dans des centres dédiés car ces peines sont les seules sanctions réellement dissuasives. Cela a été fait à New York dans les années quatre-vingt-dix mais aussi aux Pays Bas où les premiers délits sont sanctionnés par la détention, où l’on incarcère deux fois plus qu’en France mais où l’on compte deux fois moins de détenus en prison. Si cela marche en Hollande, pourquoi la France ne le ferait-elle pas ? Malheureusement, le gouvernement a choisi la voie inverse : la loi de mars 2019 rend impossible de fixer une peine de prison inférieure à 1 mois. Et les peines comprises entre 1 et 6 mois sont exécutées, par principe, en dehors de la prison. En réalité, nous ne sommes pas sortis de l’ère Taubira et nous voyons, avec Éric Dupond-Moretti le prolongement d’une idéologie qui envisage la prison que comme un dernier recours. C’est la culture de l’excuse. Mais à force de ne pas sanctionner, on ne décourage pas la récidive et l’on instaure, de fait, un droit de tabassage. Cette hyperviolence est le fruit d’un hyperlaxisme qui déresponsabilise les coupables, démoralise les victimes et décrédibilise la justice.

Cette politique ne risque-t-elle pas de se heurter au problème de la surpopulation carcérale ?

Il faut créer plus de places de prison, ce devrait être une priorité. Pour les mineurs, il faudra prévoir au moins un centre par région.

Pourquoi jugez-vous indispensable d’agir à l’échelon parental ?

Car le premier lieu de responsabilité, c’est la famille. C’est pourquoi je propose de responsabiliser les parents démissionnaires en prévoyant la suspension des aides sociales et familiales. Je demande au garde des Sceaux de rédiger une circulaire aux parquets pour favoriser un usage plus grand de l’article 227-7 du Code pénal.

Quelles sont les conditions pour la mise en œuvre d’une telle « révolution pénale » ?

Il faut d’abord un courage politique, et ensuite il faut des moyens. Le poids des dépenses régaliennes justice, sécurité et défense était de 6,5 % en 1965 contre 2,5 % aujourd’hui. Un plan Marshall s’impose pour réarmer la police et la justice. Nous n’avons pas assez de greffiers et la France compte moitié moins de magistrats pour 100 000 habitants que la moyenne européenne. Cela représente très peu de choses par rapport au « quoi qu’il en coûte » présidentiel. Si nous n’enclenchons pas cette révolution pénale, nous aurons une insurrection électorale.

La question migratoire vous semble incontournable dans cette réflexion. Pour quelles raisons ?

La justice est aujourd’hui submergée par les vagues d’une immigration incontrôlée. Rien qu’en région parisienne, en novembre dernier, le parquet de Paris a fait savoir que près de 75 % des mineurs jugés étaient étrangers. Ces jeunes MNA (mineurs non accompagnés) occupent parfois plus de 50 % des places dans les centres où ils sont placés, sachant que certains sont de faux mineurs ! Je propose que le refus de se prêter à un test osseux soit considéré comme une présomption de majorité. Par ailleurs, il faut réécrire le droit des étrangers, pour pouvoir expulser, restreindre le nombre d’entrées mais aussi durcir les conditions d’obtention de la nationalité.


A son avis... Il faut aller chercher l'argent dans la poche de ceux qui pratiquent la fraude sociale - Charles Prats

Il faut aller chercher l'argent dans la poches de ceux qui pratiquent la fraude sociale plutôt que dans celles des contribuables !

Où passe l’argent des contribuables ? Telle est la question que beaucoup de Français se posent à l'heure de l'explosion des déficits publics, du manque de moyens de nos hôpitaux et de la gestion hasardeuse de la crise sanitaire liée au Covid, contrainte par l'état de nos finances publiques. À la veille de la pire crise économique et financière que la France risque de connaître depuis la guerre et avant de demander aux Français de se serrer la ceinture, il est grand temps de s'occuper des arnaques multiples qui coûtent très cher aux contribuables.

Grâce à la commission d'enquête de l'Assemblée Nationale créée à l'initiative de Jean-Christophe Lagarde, président de l'UDI, nous avons pu découvrir l'ampleur des dégâts. Le directeur de la Sécurité sociale a ainsi affirmé sous serment à l’Assemblée nationale que 73,7 millions de personnes bénéficiaient de prestations sociales en France. Or, le problème est qu’il y a 67 millions d’habitants en France selon l’Insee. Si l’on retire les 1,8 millions de personnes non résidentes bénéficiaires, essentiellement des personnes qui passent leur retraite à l’étranger, on obtient 4,9 millions d’individus fantômes qui touchent des prestations et ont des droits ouverts à la sécurité sociale française ! Et en réalité, il semble que ce nombre soit encore plus élevé. Selon la Cour des comptes, qui a rendu ses conclusions sur la fraude sociale le 8 septembre 2020, il y aurait 75,3 millions d'assurés sociaux, ayant consommé ou non des soins en 2018. Un écart qui concerne des assurés nés à l’étranger comme en France. Avec parmi eux, des assurés qui ne résident plus en France de manière stable et n’ont pas vu leurs droits clôturés. La Cour des comptes s'est inquiétée – enfin – à juste titre de ce “surplus” de 8,2 millions d'assurés sociaux par rapport au nombre de gens existant sur le territoire français. La fraude pourrait donc être pire que ce que j’ai annoncé dans mon livre Cartel des Fraudes.

La Cour des Comptes a lâché une bombe dans ce même rapport mais bizarrement peu de journalistes l’ont relevée : on paierait des retraites à 7,7 millions de personnes nées à l’étranger, alors qu’il y a au total 14,5 millions de retraités en France et que, d’après le recensement de l’Insee, nous avons, en 2020, 8,4 millions de personnes nées à l’étranger résidant dans l’Hexagone. On aurait donc 80 % des personnes nées à l’étranger résidant en France qui seraient retraitées ! C’est complètement délirant. Les faits sont têtus, les chiffres sont là et ils traduiraient manifestement une fraude massive à l’aide de fausses identités. Le sénateur LR Sébastien Meurant s'est saisi récemment de ce sujet gravissime.

Quant aux cartes Vitale actives en surnombre, le rapport de la Commission d’enquête de l’Assemblée nationale dirigée par les députés LR Patrick Hetzel et UDI Pascal Brindeau les estime en septembre 2020 à plus de 1,8 million, dont un peu plus de 75 000 centenaires (pour seulement 21 000 au recensement INSEE). On vit très vieux en France quand on bénéficie d'allocations ! Et les trois recordmen de longévité du « Cartel des Fraudes » ont 128 ans ! Jeanne Calment est battue... Sur cette question des cartes Vitale en surnombre, on notera que les alertes que j'ai pu lancer depuis 2018 ont permis, en toute discrétion, de retirer de la circulation plus de 2,6 millions de cartes actives entre septembre 2019 et juillet 2020. Comme quoi les lanceurs d'alerte ne versaient pas dans les "fake news"...

Cette question des fraudes aux prestations sociales n'est pas anecdotique. Et elle concerne parfois des individus fort peu recommandables. La question du détournement des aides sociales par les terroristes islamistes est connue depuis plusieurs années. La sénatrice Nathalie Goulet avait mis en lumière ce scandale dès 2014. De même que les escroqueries aux crédits (automobiles, crédits à la consommation, etc.). L’État islamique promeut d’ailleurs les vols d’argent aux « mécréants ». Concernant par exemple le terroriste Zakaria Asbai, il avait pu obtenir un numéro de sécu en France avec des faux papiers belges. Beaucoup d’immigrés illégaux réussissent ainsi à travailler chez nous en produisant des faux papiers provenant soi-disant de pays européens. Ils ont plus de facilités pour s’inscrire dans notre système social car on ne demande pas de titre de séjour à des ressortissants européens. Il faut comprendre que la fraude documentaire est la mère de toutes les fraudes. Un tiers des personnes nées à l’étranger et immatriculées à la Sécu pourraient l'avoir été sur la base de documents à l'authenticité douteuse selon le service spécialisé en faux papiers de la police de l'air et des frontières ! 33% de taux de fraude documentaire, c'est bien plus que ce qui ressortait du controversé rapport Vanlerenberghe de 2019...

Que faire pour lutter contre ces fraudes ? A MON AVIS, il faut d'abord en finir avec l'inertie administrative et la minimisation de l’importance des malversations commises. Le décloisonnement des données, qui permettrait de croiser des fichiers pour lutter efficacement contre la fraude, rencontre des oppositions très vives au sein de la haute administration et surtout de la CNIL, voire du Conseil constitutionnel. Cela renvoie aussi à la question de la validité des identités. Les personnes existent-elles réellement ou pas ? Ces gens sont-ils sur le territoire national et doivent-ils avoir des droits ouverts ou pas ? D’où l’idée de créer un système qui restreigne les possibilités de frauder. La France a le record du monde des dépenses sociales, avec près de 800 milliards chaque année. Celles-ci s’élevaient à 31,2 % du produit intérieur brut (PIB) en 2018, alors que la moyenne OCDE est de 20 %. Quand vous avez un système « open bar », il ne faut pas s’étonner qu'il soit le plus fraudé au monde.

La lutte contre les fraudes se concentre aujourd'hui sur la recherche a posteriori des irrégularités, alors que celles-ci pourraient souvent être empêchées a priori, dès la gestion courante des prestations. On doit pour cela évidemment passer à la certification biométrique du numéro de Sécurité Sociale.

Le Sénat est, comme souvent, à la pointe des réformes indispensables. Sur un sujet aussi important que celui de la protection de nos finances publiques, on ne peut que se réjouir que les sénateurs aient voté le 11 mars la proposition de loi de la sénatrice Nathalie Goulet et du groupe UDI, avec le concours actif de Bruno Retailleau et de son groupe, contre la fraude sociale.  

 

Charles PRATS, Secrétaire National de l'UDI en charge de la lutte contre la fraude aux finances publiques, auteur du Cartel des Fraudes (éditions Ring, 2020).


Le social, au-delà des besoins individuels, exprime le destin d’un peuple.

Tribune parue dans La Croix le 12 mars 2021

 

Mardi dernier, le Sénat a posé un acte de justice sociale en votant la déconjugalisation du calcul de l’allocation aux adultes handicapés, offrant plus d’autonomie et de reconnaissance à nos concitoyens porteurs d’un handicap.

Mais à travers cette mesure solidaire, c’est aussi une autre conception de la solidarité nationale que les sénateurs ont privilégiée. Moins comptable et plus humaine. Moins générale et plus personnelle. Car tel est l’un des tous premiers défis aujourd’hui : rendre notre modèle social plus humain en partant non pas des aides à distribuer, mais des personnes à aider. Défi immense tant le développement de notre Etat providence a étouffé, dans les multiples replis administratifs qu’il a créés, la nécessaire exigence d’humanité.

Car partir des personnes à aider, c’est d’abord reconnaître que notre système social atteint un tel degré de complexité qu’il blesse la dignité de ceux qu’il lui revient d’accompagner. Baladés de guichet en guichet, de formulaires à demander aux demandes à formuler, beaucoup de nos concitoyens ont parfois le sentiment de n’être que des dossiers. Personnaliser, c’est d’abord simplifier. Et en matière de simplification, les possibilités ne manquent pas ! Nous proposons de confier la gestion des caisses d’allocations familiales aux Départements, pour que les familles ou les plus précaires n’aient plus qu’un seul interlocuteur ; mais également d’associer Pole Emploi aux Régions afin que ceux vivant l’épreuve du chômage puissent être réellement accompagnés, de l’indemnisation jusqu’à la formation. Du reste, humaniser l’accompagnement des personnes privées d’emploi, c’est aussi faire en sorte que certaines aides puissent être renforcées quand la situation sociale l’exige. Pourquoi ne pas réfléchir à un système plus juste et efficace permettant d’augmenter les indemnités chômage quand surviennent des chocs économiques majeurs ?

Partir des personnes à aider, c’est également prendre en compte non pas seulement les ressources dont elles disposent mais celles, aussi, qu’elles apportent à la société, et qui justifient un soutien de la collectivité. Ainsi en allait-il de la politique familiale jusqu’à ce que les allocations aux familles soient placées sous conditions de ressources ou que le quotient familial soit raboté. Cette dérive, inaugurée par François Hollande et poursuivie sous le quinquennat d’Emmanuel Macron, est à l’origine de la chute récente de notre taux de natalité, seul indicateur français qui, jusqu’alors, n’étais pas passé au rouge ! Mais qui paiera les retraites des plus âgés si notre taux de natalité continue de s’effondrer ? Qui assurera ce renouvellement des générations qui est la marque des grandes nations ? Parce qu’il n’y aura pas de véritable redressement économique sans dynamisme démographique, nous proposons de rétablir l’universalité des allocations aux familles et de relever le quotient familial. Par ailleurs, et au-delà même de la politique familiale, cette logique comptable des plafonds de ressources produit des effets de seuil nocifs pour la reprise d’activité et contraires à l’exigence de justice. Est-il juste qu’un euro de plus de salaire puisse entrainer une perte de plusieurs centaines d’euros d’aides ? Substituons à ce système en escalier, avec des paliers de ressources à ne pas dépasser, un autre, plus linéaire et moins brutal, pour que le montant des aides versées soit réellement proportionnel aux revenus gagnés.

Partir des personnes à aider, c’est enfin assumer une part de fermeté à l’égard de ceux qui trichent. Car dans un pays où vivent désormais 10 millions d’individus sous le seuil de pauvreté, le scandale de la fraude sociale ne peut plus être tu. Disons les choses : c’est d’abord dans la poche des fraudeurs qu’il nous faut aller chercher l’argent nécessaire pour réformer notre modèle social. Des solutions existent, de la mise en place de la carte vitale biométrique à l’obligation que les prestations sociales soient versées sur un compte français ou européen, en passant par l'habilitation d'agents chargés de détecter la fraude. Seule manque la volonté.

Malgré les replis et les divisions, la solidarité nationale demeure au cœur de l’identité française. Car pour nous, Français, le social est bien plus que le social. Il est une part de ce « commun » qui au-delà des besoins individuels, exprime le destin d’un peuple, porte cette espérance si française proclamée par les hommes du CNR : « instaurer un ordre social plus juste ». Cet héritage d’une génération éprouvée, il nous revient désormais, face à l’épreuve, de le préserver.

 

Bruno Retailleau, sénateur de la Vendée, président du groupe Les Républicains au Sénat

Philippe Mouiller, sénateur des Deux-Sèvres, vice-président du groupe Les Républicains au Sénat

 

 


Islamo-gauchisme : la liberté académique existe-t-elle toujours dans les universités françaises ?

Une fois n’est pas coutume, il convient de saluer les personnalités politiques qui font preuve de courage dans l’exercice de leurs responsabilités, y compris quand elles émanent d’une autre formation politique.

C’est le cas de Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement Supérieur, qui souhaite ouvrir une enquête sur l’islamo-gauchisme après avoir déclaré : « L’islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble et l’université n’est pas imperméable. »

La polémique ne s’est pas faite attendre et il est amusant de constater que ceux qui ont fait du « privilège blanc » du « racisme systémique », de la « domination hétéro-patriarcale » des concepts scientifiques indéboulonnables sont ceux-là même qui refusent catégoriquement la réalité de l’islamo-gauchisme parce qu’elle manquerait de scientificité. L’hypocrisie intellectuelle n’est jamais loin.

Mais au fond, peu importe. L’islamo-gauchisme n’est pas une discipline scientifique mais une idéologie politique qui pénètre les milieux universitaires. Et la question sous-jacente à laquelle l’enquête devra répondre est la suivante : la liberté académique existe-t-elle toujours dans les universités françaises ?

Parce que, ce qui est à craindre, c’est la force dévastatrice de cette tyrannie de la pensée. Cette opinion unique, fondée sur les questions de race, de religion, d’identité et de genre, qui exclut toutes les études qui ne se fonderaient pas sur ses présupposés, est à la manœuvre : Bernard Rougier et son livre sur Les territoires conquis de l’islamisme, financé par la région Île-de-France faute d’avoir pu trouver un soutien intellectuel et financier dans une université, en est une preuve. Mohamed Sifaoui, écrivain-journaliste, empêché par l’université de la Sorbonne de dispenser une formation sur la « prévention du radicalisme, et sur la détection des signaux faibles », en est une autre. Des étudiants de Sciences Po Paris qui demandent la mise en place d’un module obligatoire pour rééduquer les « étudiants non-racisés qui continuent à perpétuer du racisme », c’est un exemple de plus !

Peu à peu, l’université devient l’otage de la pensée unique ; cette pensée héritée de mai 68 et devenue dogme qui présente des réalités revues et corrigées. Ses adeptes bruyants et nombreux parent leur agenda et leur idéologie de méthodes pseudo-scientifiques ; ils ne font en réalité que réciter leur catéchisme : celui de l’islamo-gauchisme.