Politique agricole européenne : le coronavirus a bon dos !

Gil Rivière-Wekstein, rédacteur de la revue «Agriculture & Environnement» était notre invité lors d’un atelier de Force Républicaine le 5 février 2020 consacrée à l’agriculture. Il analyse dans cette tribune  parue dans “Les Echos” la nouvelle stratégie «de la ferme à la fourchette» (Farm to Fork) récemment rendue publique par la Commission européenne. Sous prétexte de Covid-19, celle-ci impose un nouveau modèle à notre agriculture qui la précipitera inéluctablement vers la décroissance.

Pendant le confinement, la France n’a eu de cesse d’applaudir les agriculteurs et de s’émerveiller de leur capacité à nourrir la population. La chaîne alimentaire ne devait pas céder. Elle ne céda point. L’agriculture était, à nouveau, reconnue comme une activité stratégique pour la survie de la nation.

Le déconfinement devrait tout naturellement amener les pouvoirs publics à soutenir nos filières agricoles. Étonnamment, les choses ne se révèlent pas aussi simples. Un mauvais signal vient ainsi d’être envoyé par la Commission européenne qui, avec son Pacte vert, souhaite tracer un nouvel horizon pour l’agriculture européenne. Ses grandes lignes figurent dans un document intitulé «Stratégie de l’UE en faveur de la biodiversité à l’horizon 2030».

Nouveau prétexte

Il est saisissant de noter que ce texte fait à de nombreuses reprises référence à l’épidémie de Covid-19 afin de justifier des mesures qui, auparavant, s’inscrivaient dans le contexte de la lutte contre le changement climatique ! C’est le cas de la protection de la biodiversité, avancée sous le prétexte fallacieux qu’elle serait censée nous protéger contre l’apparition de nouvelles épidémies, alors que l’on sait pertinemment que toutes les zoonoses proviennent de régions plutôt tropicales riches en biodiversité et qu’aucune épidémie, ni en Europe ni nulle part ailleurs dans le monde, n’est jamais apparue à partir d’un champ de blé ou de maïs.

C’est pourtant dans cet esprit, que la Commission souhaite protéger «au moins 30 % de la superficie terrestre et 30 % de la superficie marine de l’Union». Ce qui nécessite, selon la Commission, de «ramener la nature sur les terres agricoles». Dans sa nouvelle stratégie «De la ferme à la fourchette» (Farm to Fork), la Commission se fixe ainsi quelques objectifs censés encourager la transition vers des pratiques agricoles qu’elle caractérise comme «complètement durables».

Or, toutes les mesures proposées – 25% des surfaces consacrées à l’agriculture biologique, réduction de 50% des pesticides «les plus dangereux», transformation de terres agricoles en jachères, et augmentation des surfaces forestières – n’auront strictement aucune incidence sur l’émergence potentielle de nouvelles épidémies, ni d’ailleurs sur le changement climatique.

Décroissance agricole

En revanche – comme l’ont noté avec raison les organisations agricoles professionnelles, dont l’Association générale des producteurs de blé (AGPB), l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM) et la Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux (FOP), ces mesures «pourraient se traduire par une baisse de 30 % en moyenne des volumes de céréales,d’oléo-protéagineux et de betteraves sucrières». Et en valeur, la baisse serait probablement plus forte du fait des pertes de qualité et des risques sanitaires accrus.

Par conséquent, ce déclin programmé de la production agricole européenne entraînera automatiquement un accroissement des importations de denrées alimentaires, produites, quant à elles, dans des conditions bien moins respectueuses de l’environnement et de la biodiversité. Le prétexte de soutenir une «croissance durable» précipitera donc inéluctablement l’agriculture européenne vers la décroissance.

Alors, que faut-il faire ? De toute évidence, éviter la confusion des genres. Utiliser le prétexte du Covid-19 pour imposer un nouveau modèle agricole n’a aucun sens. Il faut assumer durablement le fait de produire !  Et pour cela, assurer aux agriculteurs et aux filières agricoles le maintien des facteurs de production (semences et produits phytopharmaceutiques notamment). La recherche et le développement doivent être encouragés. Il en va du succès de l’innovation. Autant d’ambitions terriblement absentes du document de la Commission européenne.

Gil Rivière-Wekstein, rédacteur de la revue «Agriculture & Environnement».