« Il faut sortir des solutions à la poudre de Perlimpinpin » B. RETAILLEAU – Les Echos – 19/01/21

Le président du groupe LR au Sénat, qui ne cache pas ses ambitions pour la présidentielle de 2022, s’inquiète de la « paupérisation » et fustige un « Etat bureaucratique aussi vorace qu’inefficace ». Prônant une « vraie rupture », il dévoile ses propositions pour que le « travail paie plus » et pour réduire la « voracité de l’Etat ». Et prend ses distances avec les « coups de baguette magique » de son parti.

Que dit, selon vous, la crise du Covid de l’état du pays ?

Une course contre la montre est engagée contre le virus, et pour la reprise économique, qui va redessiner une hiérarchie entre les nations. Or la France a accumulé les retards et les ratés. La crise a mis à jour deux drames français. Le premier, c’est l’Etat bureaucratique, aussi vorace qu’inefficace. Nous sommes les champions du monde de la dépense publique, mais nous n’avions pas de masques, trop peu de lits en réanimation, et nos infirmiers ou nos enseignants sont mal payés. Au tout début des « gilets jaunes » , Jacqueline Mouraud avait lancé : « Que font-ils de notre pognon ? » C’est terrifiant, mais c’est exactement ça. Les Français n’en ont pas pour leur argent.

Le modèle social français permet tout de même d’amortir le choc…

A quel prix ! Il faut, bien sûr, un Etat amortisseur de crise . Mais tout cela n’a pas empêché la paupérisation d’exploser. C’est le deuxième drame français. Nous sommes désormais considérés comme un « pays du Sud » par Bruxelles. En trente ans, la France est passée du 13e au 31e rang pour la richesse produite par habitant, qui est de 5.000 euros inférieure à celle de l’Allemagne, et de 11.000 dollars à celle des Etats-Unis. Pourtant, les causes de cet appauvrissement, les responsables publics les connaissent ! Emmanuel Macron les connaît !

Est-ce seulement la faute d’Emmanuel Macron ?

Non, mais il a accéléré le mouvement en ne faisant pas de réforme, ou si peu. Aujourd’hui, le niveau des salaires dépend de la production de richesses. Or la France crée moins de richesses, parce qu’elle est le pays de l’OCDE où, dans une année, on travaille le moins. Non pas que nous serions paresseux, mais parce que la proportion de la population en âge de travailler, et qui travaille, est très faible. Pour le dire autrement, les actifs doivent supporter à eux seuls une charge sociale et fiscale extrêmement lourde, qu’on soustrait de leur fiche de paie et d’impôts.

Cette crise place la France à la croisée des chemins. Je ne crois pas à la fatalité : nous avons des atouts exceptionnels et d’autres pays qui ont connu des difficultés, comme la Suède , les Pays-Bas ou l’Allemagne, ont redressé la barre. Mais il ne faut surtout pas que le jour d’après ressemble au jour d’avant. On n’a pas le droit de continuer à gâcher les talents et l’argent des Français.

Que proposez-vous pour y remédier ?

Il faut d’abord que le travail paie plus. Une vraie politique sociale, c’est une politique salariale. Je propose l’équivalent d’un treizième mois de salaire supplémentaire pour ceux qui sont autour du SMIC, grâce à trois dispositifs : un passage du temps de travail de 35 à 37 heures avec des heures supplémentaires totalement défiscalisées, avec le cumul de la prime d’activité ; la fusion de la participation et de l’intéressement avec un déblocage immédiat pour les versements inférieurs à 500 euros ; et un possible rachat des jours de congé et RTT par les entreprises, sans prélèvements sociaux autres que le forfait social.

Accroître la quantité de travail, c’est aussi relever l’âge de la retraite , d’un trimestre par mois jusqu’à 64 ans, en sachant que l’âge moyen de départ dans le privé est aujourd’hui proche de 63 ans. Par ailleurs, il faut remettre à plat notre système de formation en mettant notamment sur pied une grande filière professionnelle par alternance et refaire de la France un grand pays scientifique, en se fixant un objectif de 60.000 ingénieurs et doctorants scientifiques par an à la fin du prochain quinquennat.

Enfin, il faut aussi protéger le travail, en revoyant les règles européennes de la concurrence, en créant une barrière écologique aux frontières de l’Union, en refusant les accords commerciaux qui – comme le Ceta – menacent nos emplois, en donnant la préférence de la commande publique aux entreprises locales.

Votre parti, lui, veut augmenter de 5 % tous les salaires nets…

Il faut sortir des solutions à la poudre de Perlimpinpin. Arrêtons de faire croire aux Français que, par un simple coup de baguette magique, on peut augmenter les salaires. On peut y parvenir, oui, mais uniquement avec plus de compétitivité, plus de richesses produites et plus d’efficacité de la dépense publique.

Le revenu universel, qui séduit aussi à droite, relève-t-il à vos yeux de la « poudre de Perlimpinpin » ?

Bien sûr. Il y a dans le revenu universel une fatalité que je n’accepte pas : celle de la fin du travail. C’est la nouvelle version du « on a tout essayé » de François Mitterrand. Du reste, respecter les plus fragiles, c’est leur garantir un travail pour vivre, pas un chèque pour survivre. Je préfère la dignité à la charité.

Comment réformer cet Etat qualifié de « bedonnant et malvoyant » par Emmanuel Macron ?

Réintroduire au coeur de l’action de l’Etat la culture du résultat, c’est la seconde rupture que je préconise. L’Etat coûte trop cher aux Français. Et pourtant, ses personnels, les soignants, sont sous-payés. Si le travail ne paie pas, c’est parce qu’il est amputé par la voracité d’un Etat incapable de se réformer.

Je fais trois propositions. D’abord, augmenter le temps de travail des fonctionnaires. En leur demandant deux heures de service de plus, on pourrait rétrocéder une partie de cette économie sous la forme de salaires. Ensuite, la simplification : il faut mettre un grand coup de balai à toutes ces agences et comités Théodule, supprimer les trop nombreux doublons et arrêter de légiférer dans un foisonnement ininterrompu. Ce travail n’exige aucun financement, juste du courage. Les Britanniques ont su passer en revue toutes leurs normes, ce qui leur a permis de restituer près de 13 milliards en cinq ans aux entreprises. Enfin, il faut inverser les logiques, notamment celle du statut et du contrat.

C’est-à-dire ?

Le statut de la fonction publique doit être réservé à des missions régaliennes. Le statut doit être l’exception, et le contrat plutôt la règle. Et il faut aussi arrêter de penser que l’Etat doit avoir le monopole de la gestion des missions de service public. La crise a montré que les collectivités, les entreprises, les associations peuvent être plus performantes. Cet Etat qui fait tout et n’assume rien, ça ne marche plus.

Que faire de la dette Covid ?

Parler d’annulation de la dette serait le dernier clou sur le cercueil de notre crédibilité budgétaire. Qui voudrait prêter demain à un Etat qui ne paie pas ses dettes ? Nous avons la chance d’avoir la monétisation de la dette à travers la BCE, mais ça ne sera pas éternel. Parce que sinon, c’est l’euro qui sera demain menacé. Et parce qu’en face d’une dette, il y a toujours une taxe. La taxe qu’on est en train de créer, c’est une taxe sur les jeunes.

La « rupture », c’est ce que Nicolas Sarkozy prônait en 2007. Il n’a donc pas fait le travail à vos yeux ?

Le bilan est loin d’être négatif. C’est, par exemple, le seul gouvernement qui est parvenu à réduire le nombre d’agents publics. Mais nos électeurs n’ont jamais pensé que nous en avions trop fait. Il faut désormais une vraie rupture. Il faut bâtir une nouvelle prospérité française, basée sur la maîtrise de notre souveraineté économique et la libération des trésors d’énergie et de créativité des Français.

Publié le 18 janv. 2021 à 12:00