Interview de David Lisnard

Depuis le début de cette crise vous êtes dans l’action et vous dénoncez le décalage permanent entre annonces et les actes au sommet de l’Etat, comment expliquez-vous cette impuissance qui désespère les français ?

Dans une crise seuls comptent les résultats. Comme beaucoup de Maires, j’ai tenté de prendre localement les mesures qui permettaient de contribuer efficacement à la lutte contre l’épidémie et de défendre notre économie. Or, nous avons constaté, non seulement l’absence totale d’esprit de partenariat de la part du gouvernement, une grande lenteur dans les prises de décisions et beaucoup de contradictions et d’injonctions contradictoires.

Mais il nous faut bien distinguer ce qui résulte des conséquences de la pandémie, et ce qui relève des handicaps structurels du pays.

Le point commun est bien le poids de la bureaucratie et de l’étatisme dans notre pays.

Notre défaillance, et parfois notre impuissance, est là dans cette folie bureaucratique qui affaiblit l’autorité de l’Etat et donc son efficacité, son efficience. Couplée à un exécutif qui pense plus à la communication qu’à la fiabilité de l’action, elle s’est traduite dramatiquement dans la gestion de l’épidémie par des décisions erratiques, un manque d’effectivité dans l’application sur le terrain, une absence totale d’anticipation.

C’est factuel : nous faisons partie des pays développés les moins performants sur le plan sanitaire, économique et social.

Après le retard des masques, des tests, l’absence de méthode rigoureuse pour dépister, diagnostiquer, isoler, aujourd’hui, nous devons faire face à une pénurie de doses de vaccins.

Les faits et les chiffres sont là, têtus, et viennent contredire les déclarations gouvernementales sur le calendrier de la campagne de vaccination et sur le nombre de français vaccinés.

Les mairies ont pourtant apporté la logistique avec des centaines de centres de vaccinations qui sinon n’auraient jamais existé, le gouvernement n’ayant pas activé l’armée ou le ministère de l’intérieur.

Or, le  schéma centralisateur totalement fou dans lequel nous évoluons, nous utilise mais ne nous  autorise pas à stocker les doses, et donc à optimiser la prise de rendez-vous, et surtout ne respecte les livraisons annoncées.

Nous sommes ainsi entre 5 à 12 fois en dessous des chiffres matériellement possibles des vaccinations dans nos centres.

Dans le pays où nous comptabilisons le plus de dépenses publiques, nous déplorons les plus grosses pénuries (masques, gel, test, respirateurs,…) sauf en ce qui concerne les nouvelles règles et les normes absconses édictées par la haute administration.

Cela a conduit notamment à des absurdités dont des « interdits généraux », les auto-attestations dignes de Kafka, l’avancement du couvre-feu à 18h dont j’ai dénoncé la faible efficacité et même la contre productivité sur le taux d’incidence et la propagation de la COVID 19.

Tout ceci est révélateur de ce qui ne va pas dans notre pays. Nous alimentons la spirale infernale de la bureaucratisation, des dépenses publiques, de la fiscalité, du surendettement et de l’infantilisation de la société. Sans compter un droit du travail extrêmement enkystant pour ceux qui entreprennent et des contraintes administratives paralysantes.

Cela aboutit inévitablement à un double effet négatif puisque d’une part, cela nuit à l’efficacité de l’Etat sur ses missions régaliennes (sécurité, justice, armée) et d’autre part, l’Etat asphyxie la créativité, l’économie et la société civile.

Pour vous, qui est vraiment Emmanuel Macron ? Qu’incarne-t-il ?

J’ai envie de vous répondre par une série de questions.

Quelles sont les valeurs incarnées par E Macron, quelles sont ses idées concrètes, quelle est sa vision de la France ?

Il y a eu de l’intelligence tactique dans son « en même temps ». Mais celle-ci ne peut que se retourner contre lui une fois confronté au pouvoir, aux réalités et aux décisions à prendre. Vouloir satisfaire tout le monde ne constitue ni un projet ni une façon de diriger une communauté humaine.

Le Président de la République parle beaucoup et agit très peu.

La droite peut-elle gagner en 2022, à quelles conditions ?

Nous avons une responsabilité, celle d’offrir une alternative crédible pour sortir d’une dialectique mortifère entre le conformisme technocratique des pouvoirs qui se sont succédés jusqu’à celui en place actuellement, et la démagogie des extrêmes.

Les deux se nourrissent mutuellement puisque le conformisme nourrit la démagogie, et la démagogie est l’assurance du conformisme.

Un des enjeux principaux est de revitaliser, d’oxygéner notre démocratie. Un autre est de restaurer la cohésion nationale.

La droite, en admettant que le concept « gauche-droite » persiste, doit également se positionner sur les grands défis planétaires de notre époque comme le numérique, l’environnement, la démographie avec des idées et l’assurance de les appliquer.

Pour gagner, nous devrons incarner le mouvement de ceux qui veulent conserver ce qui est bien et changer ce qui va mal, de ceux qui croient en l’enracinement pour se projeter vers une société prospère et porteuse de sens, d’égalité des chances, dans un pays dynamisé et qui se réindustrialise, le mouvement de ceux qui veulent entreprendre tout simplement. Nous devons porter une espérance qui permette à notre pays de retrouver la liberté individuelle, l’ordre public et la cohésion nationale.

Nous devrons inspirer le retour de la société de la confiance, d’une société civique basée sur la responsabilité et la liberté avec des femmes et des hommes au sommet de l’exécutif, plus à même de s’occuper de l’exécution des choses et de réformer l’Etat en profondeur avec le sens de la performance publique.

Ce sont ces convictions que j’apprécie chez Bruno Ratailleau et cette vision de la France que nous partageons.

Pour gagner, nous devrons aussi être rassemblés et positifs.

 

David LISNARD
Maire de Cannes