“L’ambiguïté du président finira par le rattraper” B. RETAILLEAU – Le Figaro – 26/09/196 min read

INTERVIEW – Le sénateur LR de la Vendée et président du groupe Les Républicains au Sénat attend «des actes» de la part d’Emmanuel Macron concernant sa politique migratoire.

LE FIGARO. – Emmanuel Macron affiche sa volonté de durcir sa politique migratoire. Il va dans votre sens?

Bruno RETAILLEAU. – Je suis perplexe, parce qu’il me semble qu’au lieu d’une rupture il s’agit seulement d’une posture. Sa loi asile et immigration a été promulguée il y a un an et il a lui-même admis que la France est devenue le premier pays de rebond pour les déboutés des autres pays européens, avec une explosion de 22 % des demandes d’asile. C’est donc un échec. Pourtant, nous lui avions proposé de durcir le regroupement familial, comme d’autres pays européens l’ont fait. Mais il a fait l’inverse: Emmanuel Macron a ouvert aux mineurs étrangers la possibilité d’un regroupement familial pour les frères et sœurs.

Pourquoi un premier échec empêcherait-il d’éventuelles avancées?

J’attends des actes. Or nous n’avons pour l’instant que la promesse d’un débat. C’est peu. La question de l’immigration a été posée à l’écart de la délibération du peuple français, puis instrumentalisée politiquement. Certains ont fait de l’immigré la nouvelle figure du prolétaire, d’autres un bouc émissaire. Sans fermeté, le peuple se révoltera et tout cela peut très mal finir.

Sur ce sujet de l’immigration, les questions de l’attractivité du pays ou des reconduites à la frontière ne sont-elles pas posées par le pouvoir?

Dans les mots peut-être, mais certainement pas dans les faits. Par les décisions prises à l’Élysée, la France est le pays le plus attractif d’Europe en matière d’immigration, de regroupement familial, de visas accordés pour des étrangers malades ou d’aide médicale d’État (AME). L’appel d’air fonctionne au maximum. C’est un fait, constaté d’ailleurs par Didier Leschi, directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration. Cet expert venu de la gauche tire la sonnette d’alarme dans un rapport de la Fondapol. Je propose plusieurs mesures: transformer l’AME en aide d’urgence, recentrée uniquement sur les maladies contagieuses et infectieuses ; durcir les conditions du regroupement familial et supprimer toutes les aides sociales aux clandestins ou déboutés du droit d’asile. 

Quant aux reconduites, nous devons revenir sur la durée de rétention en passant de 48 heures à 5 jours. De même, l’aide humanitaire française et européenne doit être conditionnée à la maîtrise des flux migratoires. Je propose aussi une modification de la Constitution pour permettre au Parlement de voter, chaque année, des plafonds d’immigration. Il est également urgent de détruire les réseaux de passeurs. En passant par une délibération du Conseil de sécurité à l’ONU, des opérations de type militaire peuvent anéantir les moyens de ces filières esclavagistes, mieux rémunérées aujourd’hui que les cartels de la drogue.

«Il faut interdire les ­listes communautaires à toutes les élections et inscrire dans la Constitution un principe simple»

Stratégiquement, Macron n’a-t-il pas raison d’occuper l’espace sur des thématiques réputées de droite?

Son ambiguïté finira par le rattraper. Je me souviens de son discours communautariste à Marseille, quand il était candidat, et de son éloge du multiculturalisme à Washington, quand il est devenu président. Mais nous allons bien voir: dans quelques jours au Sénat, nous débattrons d’une proposition de loi pour interdire aux accompagnatrices d’être voilées dans les sorties scolaires. Sur la burqa, il est temps de passer de la contravention au délit, en supprimant les aides sociales pour les récidivistes. De même, il faut interdire les listes communautaires à toutes les élections et inscrire dans la Constitution un principe simple: «nul ne peut se prévaloir de sa religion pour se soustraire à la règle commune». J’attends d’ailleurs le discours promis depuis deux ans par Emmanuel Macron sur la laïcité. L’islam politique teste la société française en permanence. Arrêtons d’êtres dupes!

Vous reconnaissez les renoncements de la droite sur l’immigration mais vous ne souhaitez pas en assumer la responsabilité. Quel est votre message?

Le passé de la droite est aussi un passif. C’est ce que nous disent en permanence nos électeurs. La droite est responsable de trois grandes erreurs. Une erreur démographique, d’abord, avec le regroupement familial: on est passé d’une immigration de travail à une immigration de peuplement. Une erreur démocratique, ensuite, avec le traité de Lisbonne: on est passé outre la décision souveraine des Français. Une erreur technocratique enfin: du collège unique aux ARS (agences régionales de santé) en passant par la suradministration, on a cédé à l’étatisme qu’il a fallu financer par une fiscalité écrasante. En commettant ces trois erreurs, la droite s’est coupée d’une part de son électorat. N’ayant fait partie d’aucun gouvernement, je ne me sens ni comptable ni responsable de ces erreurs-là.

Êtes-vous prêt à incarner le nouveau projet politique de la droite en 2022?

Je ne l’écarterai pas si je considère que c’est mon devoir. Pour une certaine droite, totalement recyclée dans le macronisme, l’idée du pouvoir comptera toujours plus que le pouvoir des idées. Moi, j’ai toujours pensé que les convictions étaient l’honneur de la politique. Donc, en 2022, soit mes convictions seront portées et j’aiderai celui ou celle qui les incarnera. Sinon, je prendrai mes responsabilités.

Mais au-delà des idées, en avez-vous envie?

Ce n’est pas une affaire d’envie égocentrée. Les déceptions sont toujours venues d’un écart trop grand entre l’envie d’avoir le pouvoir et la capacité de l’exercer avec audace et courage. En revanche, j’ai envie que mes convictions soient défendues. J’en ai deux: la souveraineté pour la France et la liberté pour chaque Français. Il s’agit de permettre au peuple français de reprendre en main son destin.

Que pensez-vous de la primaire?

La primaire est le plus mauvais système, à l’exception de tous les autres! Sans doute doit-on l’améliorer, par exemple avec une primaire à un tour pour éviter les déchirements que nous avons connus dans l’entre-deux-tours. Mais j’attends qu’on m’explique comment, sans primaire, éviter les candidatures multiples à la présidentielle. Prendre le risque de plusieurs candidats de droite au premier tour, c’est l’assurance d’un nouveau duel Macron-Le Pen au deuxième tour. La droite serait irresponsable de prendre ce risque.

Par Emmanuel Galiero
Publié le 26/09/2019