«Le traité Mercosur-UE est d’un autre temps» B. RETAILLEAU – Le Figaro – 11/07/195 min read

TRIBUNE – Le président du groupe LR au Sénat dénonce la «tartufferie écologique» du président de la République. S’il se dit favorable à la liberté d’entreprendre, il déplore un accord désastreux pour notre agriculture et la santé des consommateurs.

«Make our planet great again.» C’était en juin 2017. La formule macronienne avait fait mouche, piquant au vif un Donald Trump parti en guerre contre l’accord de Paris. Un an plus tard, Emmanuel Macron était sacré par les Nations unies «champion de la Terre». Rien que cela! Mais au lieu d’un titre de champion, c’est un Molière qui aurait dû lui être décerné. Car à travers son soutien au traité avec le Mercosur, la tartufferie écologique s’étale au grand jour, sur fond d’un drame économique, celui de l’agriculture française, et dont le roman de HouellebecqSérotonineconstitue la fable malheureuse.

Les mêmes qui font le procès du glyphosate ouvrent nos marchés à ceux qui chez eux l’utilisent massivement

De quoi s’agit-il avec cet accord? De doper la croissance, nous explique-t-on. Mais à coup d’antibiotiques et de molécules interdites sur le sol européen, comme l’atrazine par exemple. Nos concitoyens savent-ils qu’au Brésil 74 % des produits phytosanitaires utilisés sont prohibés en Europe? Qu’on se rassure: des contrôles drastiques seront établis. Compte tenu de l’insuffisance des contrôles existants, il est permis d’en douter. Ainsi, en 2017, un rapport de l’IGF soulignait que, sur un poste d’inspection frontalier français, «aucune recherche d’hormones n’était réalisée sur la base des viandes importées ; la recherche d’antibiotiques n’était réalisée que pour la viande d’agneau et de cheval». Soyons honnêtes avec les consommateurs: la traçabilité n’était pas garantie, le risque sanitaire existe. Cette honnêteté est d’autant plus nécessaire que l’hypocrisie à laquelle on assiste est insupportable: les mêmes qui font le procès du glyphosate ouvrent nos marchés à ceux qui chez eux l’utilisent massivement ; les mêmes qui s’émeuvent de la condition animale délivrent des laissez-passer aux gigantesques fermes usines sud-américaines. «L’en même temps», encore et toujours. Beaucoup redoutent aujourd’hui que, d’une science, l’écologie ne devienne une religion

Ces accords commerciaux sont d’un autre temps

Une chose est sûre: elle a désormais ses faux dévots, vrais hypocrites exigeant des autres les vertus environnementales qu’ils piétinent eux-mêmes, distribuant des indulgences à ceux prêts à en payer le prix. Certes, tout accord commercial implique des compromis réciproques. Mais justement: de quelle réciprocité a bénéficié une agriculture française qui, prise entre le marteau de la concurrence déloyale et l’enclume des contraintes environnementales ou sociales, a perdu deux points de parts de marché depuis dix ans, soit le plus fort recul mondial sur les marchés agricoles? Notre puissance agricole s’érode et voilà que la Commission européenne, avec la complicité sinon la passivité du gouvernement français, se propose de l’affaiblir davantage. Ce renoncement de plus, c’est la trahison de trop. Comment les éleveurs de bovins, étrillés par une succession de crises, pourront-ils résister à l’arrivée sur le marché européen de 99.000 tonnes de viande bovine produite à bas coût? Comment notre filière volaille pourra-t-elle s’en sortir alors que déjà 43 % des poulets consommés en France sont importés et que cet accord prévoit 180 000 tonnes supplémentaires en provenance d’Amérique du Sud? Un gigantesque plan social menace de se produire, avec son cortège d’exploitations fermées, son lot de familles précarisées et de vies brisées. Quel prix faudra-t-il encore payer pour satisfaire aux folles exigences d’un libre-échange dévoyé et dépassé?

La liberté est d’abord ce que nous en faisons

Car ces accords commerciaux sont d’un autre temps. Construits sur l’illusion de la mondialisation heureuse, pensés dans un monde où les limites n’avaient pas droit de cité – à commencer par nos ressources limitées -, négociés dans le dos des peuples alors que nos concitoyens exigent désormais la transparence, ils représentent tout ce qui a échoué, tout ce qui nous a emmenés au bord du précipice économique, écologique et politique. Lors des dernières élections européennes, tous les partis sans exclusive ont défendu le principe d’une protection accrue face aux dérives de la globalisation. Mais à peine les isoloirs démontés, les engagements pris sont immédiatement trahis! Il n’aura pas fallu deux mois pour qu’Emmanuel Macron abandonne son rôle de composition, celui de champion de la protection européenne, et qu’il revienne à son répertoire original: le libre-échange sans conditions. Je crois aux vertus de l’échange. Toutes les nations qui, dans l’histoire, ont fait le choix du repli économique, étouffé l’aspiration naturelle des hommes à la liberté, placé des barrières infranchissables aux échanges, toutes ont perdu en croissance comme en grandeur. Mais il en va dans la vie économique comme dans la vie tout court: la liberté est d’abord ce que nous en faisons.

Qu’à l’intérieur de nos frontières on libère nos entreprises du carcan réglementaire et fiscal qui les étouffent, c’est une nécessité. Mais qu’au nom d’un néolibéralisme daté on fasse sauter toutes les protections extérieures, nous plaçant en situation de dépendance au mépris notamment de notre souveraineté alimentaire, voilà qui défigure et empêche toute authentique politique de liberté. On voudrait souffler sur le feu illibéral qu’on ne s’y prendrait pas mieux. Ouvrons les yeux: c’est à travers de telles décisions que se préparent les futures insurrections électorales.