« Les gilets jaunes ont été récupérés par des groupuscules violents » B. RETAILLEAU – La Croix – 15/02/193 min read

Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, était l’invité, jeudi 14 février, de l’émission « Face aux chrétiens », animée par Bernard Gorce et coproduite par KTO. Le sénateur de Vendée répondait aux questions de Romain Mazenod (RCF), Louis Daufresne (Radio Notre-Dame) et Laurent de Boissieu (La Croix).

Allez-vous voter la « loi anti-casseurs », dont vous êtes l’auteur initial, telle que modifiée par l’Assemblée nationale??

Bruno Retailleau?: Je l’ai rédigée en pensant aux saccages de Nantes et de Rennes par des zadistes?: les forces de l’ordre n’arrivaient plus à établir un lien entre la commission des délits et l’identité d’individus encagoulés. Elle a été votée au Sénat bien avant l’avènement des « gilets jaunes ». C’est donc un texte contre les « cagoules noires », pas contre les gilets jaunes. L’essentiel a été préservé, même si la version du Sénat était meilleure car mieux équilibrée entre liberté publique et sécurité. Il y a une dérive totale du mouvement des gilets jaunes, qui a été récupéré par des groupuscules très violents, notamment de l’ultragauche.

Les gilets jaunes demandent davantage de démocratie directe. Faut-il aller jusqu’au référendum d’initiative citoyenne (RIC)??

B. R.?: Il faut une démocratie représentative?: je ne m’excuse pas d’avoir été élu?! Mais il faut réactualiser les outils de démocratie directe. L’article 11 de la Constitution prévoit un référendum d’initiative partagée?: 185 parlementaires et 4,7 millions d’électeurs. Ce sont des seuils impossibles. Au Sénat, nous allons proposer de les diminuer de moitié. Il faut aussi réactiver le droit de pétition, qui est tombé en désuétude, afin de faire en sorte que des citoyens puissent imposer l’inscription de sujets à l’ordre du jour du Parlement. Enfin, la démocratie directe a du sens dans les territoires?: il faut assouplir les règles du référendum local.

La droite reproche à la majorité de ne pas réduire les dépenses publiques. Que proposez-vous??

B. R.?: La première des dépenses publiques, ce sont les retraites. Emmanuel Macron a paupérisé les retraités. Nous, nous voulons garantir leur pouvoir d’achat parce que la famille c’est une solidarité naturelle – avec les enfants, avec les petits-enfants – et parce qu’une civilisation se jauge à l’attention qu’elle porte aux plus fragiles. On peut le faire si on porte progressivement l’âge de la retraite de 62 à 65 ans. Il faut également redéfinir le périmètre de l’État sur le régalien et supprimer les doublons de compétence. On peut redresser la France très rapidement, mais il faut un langage de vérité. Si les Français n’en veulent pas et choisissent des démagogues, je préfère ne pas être élu. Où sont les grandes réformes d’Emmanuel Macron?? Les Français sont déçus, ce qui représente un danger aux prochaines élections.

François-Xavier Bellamy a-t-il été attaqué en raison de ses positions conservatrices ou parce que catholique??

B. R.?: Qu’il soit un catholique convaincu est rentré en ligne de compte dans ces attaques frontales. C’est inacceptable. C’est une vieille manie française de tenter de disqualifier quelqu’un pour ce qu’il est et non pour ce qu’il dit. On lui a cherché querelle parce qu’il était le représentant d’un courant de pensée systématiquement critiqué. François-Xavier Bellamy est un philosophe qui représente le renouvellement, la refondation et un retour au sens. Chez les gilets jaunes, il y a des préoccupations matérielles mais aussi existentielles.

 

Interview publiée dans La Croix le 15 février 2019

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