«L’islamo-fascisme est aussi le produit d’un Munich politique» B. RETAILLEAU – Le Figaro – 24/10/20

ENTRETIEN – Pour le sénateur de Vendée, l’immigration massive est «le terreau» de l’islam radical en France

LE FIGARO. – Sommes-nous en train de perdre la bataille contre l’islamisme?

Bruno RETAILLEAU. – Oui. Et les annonces gouvernementales de ce vendredi ne changeront pas grand-chose. Un professeur vient d’être décapité par un islamiste et on débat depuis plus de trois mois pour savoir s’il faut employer le mot de séparatisme! Le gouvernement se congratule d’évoquer «l’islamisme radical». Mais il n’y a pas d’islamistes «modérés». L’islamisme est toujours radical. Et le recul de la sécularisation de l’Islam est un fait. L’État doit agir avec fermeté, mais ce n’est pas à l’État de réformer l’islam ou de former des imams. C’est à nos compatriotes musulmans de réagir. Parmi eux, trop d’individus refusent de s’assimiler.

Jean-Pierre Obin, inspecteur de l’Éducation nationale, avait remis un rapport alarmant sur la radicalisation à l’école dès 2004… à François Fillon.
A-t-on fermé les yeux?

François Fillon a dénoncé le totalitarisme islamique quand beaucoup, y compris à droite, n’osaient pas. Car l’islamo-fascisme est aussi le produit d’un Munich politique. Beaucoup ont préféré acheter la paix avec les fréro-salafistes, voire d’acheter leurs votes. Beaucoup ont rendu les armes et désarmé la France. Ils l’ont fait en refusant d’agir: le Sénat a voté l’interdiction du voile pour les accompagnants scolaires, mais le gouvernement a dit non. Ils l’ont fait aussi en culpabilisant les Français. Avec l’islamophobisme, ce terrorisme intellectuel qui fait le jeu des terroristes islamistes parce qu’il victimise les salafistes et tétanise l’État. Avec la repentance, que pratique le chef de l’État quand il accuse la France de crime contre l’humanité en Algérie. Se rend-il compte qu’il donne des armes à ceux qui détestent la France? Quand on sème la haine de soi, on ne récolte que la haine des autres.

Pour vous, il y a une volonté d’appliquer la charia sur le sol français. Comment y met-on fin?

C’est tromper les Français que de prétendre que quelques mesures pourraient à elles seules venir à bout du totalitarisme islamique. Il faut mener un combat global, sur plusieurs fronts à la fois, avec courage et détermination. D’abord en refusant le retour des djihadistes français et en expulsant les 4 000 étrangers fichés pour radicalisation. Mais il faut aussi reprendre le contrôle des quartiers. Je propose qu’on envoie des task force républicaines pour nettoyer les enclaves islamistes, avec des policiers, des magistrats, des travailleurs sociaux, afin de traiter en profondeur les problèmes. Enfin, il faut mettre fin au désordre migratoire.

La loi sur le séparatisme proposée par Emmanuel Macron est-elle déjà obsolète?

Les trois derniers attentats sur notre sol ont été perpétrés par des étrangers: un réfugié soudanais qui a poignardé sept personnes à Romans-sur-Isère, un faux mineur pakistanais devant les anciens locaux de Charlie Hebdo et le Tchétchène de Conflans-Sainte- Honorine. S’attaquer aux conséquences sans traiter les causes, c’est se condamner à l’impuissance. L’immigration massive est le terreau dans lequel s’est enraciné l’islam politique, l’abandon de l’assimilation la sève qui l’a fait lever. Il est stupéfiant de constater que les conditions d’accueil en France sont les plus avantageuses d’Europe. Moins d’immigration et plus d’assimilation: ce sont les deux digues que nous devons élever contre la marée islamiste. Nous devons réduire au maximum le regroupement familial, durcir les conditions d’accès à la nationalité française et remettre totalement à plat le droit des étrangers pour nous donner les moyens d’expulser.

Avec Philippe Bas, vous proposez d’ajouter un article dans la Constitution pour rappeler la prééminence des lois de la République. Est-ce suffisant?

Ce que nous voulons, c’est combler les failles dans notre droit par lesquelles s’introduisent les islamistes. Avec cette règle, les soignants pourraient se fonder sur un principe clair pour refuser que certaines patientes exigent uniquement des médecins hommes. De même que les présidents d’associations, les chefs d’entreprise, les directeurs d’école pourraient refuser toute revendication communautariste. Le garde des Sceaux a invoqué des arguties juridiques pour repousser cette proposition. J’y vois une ambiguïté, sinon une lâcheté. Pareil pour la prolongation des mesures antiterroristes que nous devions adopter jeudi au Parlement. Les députés de la majorité ont refusé les propositions du Sénat pour fermer les écoles coraniques radicalisées ou étendre les possibilités de saisies informatiques. Le lendemain même de l’hommage national à Samuel Paty! C’est incompréhensible. Dans cette guerre, chacun doit prendre ses responsabilités. J’ai été élu pour faire la loi, pas pour me cacher derrière.

Vous prônez le recours au référendum. Si vous étiez président de la République, que demanderiez-vous aux Français?

Les juges internationaux et nationaux ont ligoté l’État régalien. Au nom de l’exaltation des droits individuels, dès règles ont peu à peu été établies contre l’intérêt général et sans qu’on demande leur avis ni aux Français ni à leurs représentants. Le Sénat avait proposé des mesures de sécurité contre les 150 détenus radicalisés prochainement libérés. Le Conseil constitutionnel a censuré ce texte. Neuf juges n’ont pas le droit de désarmer un peuple. Je propose d’élargir le champ du référendum pour que les Français puissent être consultés sur des sujets comme l’immigration. Je propose aussi d’édicter le principe que la loi française est supérieure à toute norme ou tout traité quand il y va de nos intérêts vitaux. Enfin, je demande qu’en cas de désaccord entre le Parlement et le juge, le dernier mot revienne aux représentants du peuple. Je veux qu’on restaure les droits du peuple français, à commencer par le premier, son droit à la sécurité. Il faut une revue générale de tous les obstacles juridiques qui nous empêchent de protéger les Français.