Sénatoriales: le marathon vendéen de Bruno Retailleau – Le Figaro – 16/09/20

REPORTAGE – Le sénateur LR aura parcouru 258 communes en trois mois sur un terrain favorable où ses soutiens l’attendent pour la présidentielle.

Un rituel de campagne réglé comme du papier à musique. Quand la C4 Picasso blanche se gare à proximité de la mairie, Bruno Retailleau s’empresse d’en sortir, se dirige vers le coffre de la voiture, ouvre un carton et saisit une pile de tracts «Union pour la Vendée». Dans ce document de 16 pages distribué aux grands électeurs, on retrouve ses combats, le rôle du Sénat et même un mot élogieux signé Gérard Larcher que les partisans du sénateur, candidat pour la troisième fois, dégustent avec gourmandise. «Bruno Retailleau est une chance pour la Vendée, pour le Sénat et pour la France», écrit le président du Sénat.

Détendu, sans cravate mais concentré, Retailleau enchaîne les rencontres avec une régularité de métronome. Jard-sur-Mer, Saint-Vincent-sur-Jard, Talmont-Saint-Hilaire, Les Sables-d’Olonne… Une seule journée illustre le tempo qu’il s’impose depuis trois mois avec les deux autres sénateurs de la Vendée pour décrocher un nouveau mandat le 27 septembre. «On ne change pas une équipe gagnante!»,explique-t-il tout sourire dans la voiture, en présence de ses collègues parlementaires Annick Billon (UDI) et Didier Mandelli (LR).

L’équipage se livre durant une heure aux questions très variées des élus. Chacun a en mémoire les scores très encourageants de 2014. Face à six listes concurrentes, dont deux divers droite dissidentes, la liste Retailleau avait raflé 68,48 % des suffrages. «Nous avions largement été élus sur l’image de Bruno et ce qu’il représentait en tant que président du département. Aujourd’hui, nous pouvons rassembler plus largement mais je dois reconnaître humblement que j’ai profité du TGV Retailleau», confie la centriste Annick Billon, 2e de liste. Cette année, la droite affronte cinq listes (PS, LREM, RN, PC, Verts) et il n’y a plus de dissidence.

Le juriste Armel Pécheul (il fut responsable d’un groupe de travail sur les valeurs auprès de Jacques Chirac en 1995) se rallie à l’Union pour la Vendée après une aventure concurrente il y a cinq ans. «Nous avons plutôt intérêt aujourd’hui à nous rassembler autour d’une personnalité comme Bruno. Beaucoup se retrouvent derrière son discours et le personnage a pris une dimension nationale qu’il n’avait pas à l’époque», considère le premier adjoint des Sables-d’Olonne, la cité tenue par Yannick Moreau (LR).

Nombreux mandats locaux

En Vendée, Bruno Retailleau se sent comme un poisson dans l’eau. «Il est apprécié pour sa constance et la sincérité de ses convictions. Même ceux qui ne partagent pas ses opinions reconnaissent son travail», assure la sénatrice Billon. Moins hostiles que certains membres des Républicains, qui lui reprochent d’incarner une «droite dure incapable de rassembler», ses partisans vantent au contraire son aptitude à travailler avec toutes les sensibilités de la droite et du centre. Il le fait au Sénat comme il l’a fait au cours de ses nombreux mandats locaux, plaident-ils. De 1988 à 2017, Retailleau fut conseiller général, député, président du département et président de la région Pays de la Loire.

Qui sera le candidat retenu à droite?? Il est encore trop tôt pour le dire mais dans les valeurs qu’il exprime, Bruno Retailleau peut rassembler

Armel Pécheul, juriste et membre de l’Union pour la Vendée

Pour justifier son «marathon» de 258 communes, le sénateur parle de «respect» envers les électeurs mais aussi de la nécessité de prendre le pouls du territoire. Par exemple, pour Retailleau, cette campagne de terrain révèle le poids croissant du sentiment d’insécurité en zones rurales. Un phénomène dont il n’avait pas mesuré l’ampleur. «Notre société se délite et devient de plus en plus violente. Qu’est-ce que vous comptez faire?», lui lance un élu d’opposition à Saint-Vincent-sur-Jard. Le sénateur reconnaît la justesse du constat puis déroule sa réponse en trois mesures portées au Parlement: des sanctions pour chaque infraction sans rappel à la loi, pas de réaménagement de peines pour les multirécidivistes et des centres de courtes peines, comme aux Pays-Bas.

Depuis son discours de La Baule, fin août, Bruno Retailleau a réveillé une impatience chez ses soutiens de Vendée. Beaucoup voient en lui un présidentiable et le poussent à relever le défi. «Qui sera le candidat retenu à droite? Il est encore trop tôt pour le dire mais dans les valeurs qu’il exprime, Bruno Retailleau peut rassembler», estime Armel Pécheul. Parmi les partisans fervents, le maire de Talmont-Saint-Hilaire, Maxence de Rugy, s’affiche en première ligne. L’élu, cousin éloigné du député LREM François de Rugy, fut surtout le chef de cabinet de Retailleau au département. «Évidemment, je vois pour lui un autre destin, un destin national. J’aimerais qu’il devienne président de la République. S’il se lance, nous serons derrière lui car nous avons besoin de gens qui disent la vérité. Il y a la place pour un réconciliateur. Et Bruno peut être l’électrochoc dont la France a besoin», s’enthousiasme le jeune maire vendéen.